AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrismeNouvelle démonstration de force du régime à Téhéran qui reconnait que le...

Nouvelle démonstration de force du régime à Téhéran qui reconnait que le danger vient de l’intérieur

Nouvelle démonstration de force du régime à Téhéran qui reconnait que le danger vient de l’intérieur
Défilé militaire à Rasht, dans le nord de l’Iran, lors de l’événement intitulé « Défilé des filles dévouées », vendredi 24 avril 2026

Alors que le pouvoir iranien se prépare à organiser une mobilisation massive dans les rues de Téhéran sous la bannière de l’opération « Jan-Fadayan-e Iran » (Dévotes de l’Iran), les autorités présentent l’événement comme une démonstration d’unité nationale et de force populaire. Pourtant, l’ampleur, la rhétorique et le calendrier de cette campagne révèlent une inquiétude plus profonde au sein du clergé : la crainte que le prochain grand défi à sa survie n’émerge non pas sur des champs de bataille lointains, mais dans les rues mêmes d’Iran.

Prévue pour le 18 septembre, date anniversaire du début du soulèvement de 2022, cette manœuvre, selon les médias d’État, devrait rassembler 313 000 participants issus des milices Bassidj, des Gardiens de la révolution, des forces de l’ordre et d’autres réseaux affiliés au régime. Hassan Hassanzadeh, commandant de la branche téhéranaise des Gardiens de la révolution, a déclaré que le nombre d’inscriptions avait déjà dépassé les 400 000 et pourrait atteindre les 500 000. Il a décrit l’événement comme une démonstration de solidarité nationale et annoncé que les participants défileraient de la place Imam Hossein vers la place Enghelab, au centre de Téhéran.

Mais le discours officiel entourant cet exercice révèle bien plus qu’une simple manifestation de loyauté. Dans ce même discours, Hassanzadeh a célébré à plusieurs reprises ce qu’il a appelé les « 200 nuits » de présence inébranlable du peuple iranien, affirmant que cette mobilisation de rue était devenue « la composante la plus importante de la puissance nationale ».

Cette insistance est frappante. Pendant des décennies, la dictature cléricale a défini son influence stratégique à travers trois piliers constamment cités par les responsables du régime : son programme nucléaire, ses capacités balistiques et son réseau régional de supplétifs s’étendant au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Aujourd’hui, cependant, les hauts responsables parlent de plus en plus du « terrain » à l’intérieur même de l’Iran. Ce changement reflète la transformation radicale de l’environnement stratégique du régime.

Pendant des années, le Guide suprême Ali Khamenei a justifié les interventions régionales de l’Iran en arguant que Téhéran devait faire face aux menaces extérieures à ses frontières afin de prévenir l’instabilité intérieure. Cette doctrine était résumée dans l’une de ses déclarations les plus souvent citées : « Si nous ne combattons pas en Syrie ou au Liban, nous devrons combattre à Téhéran et dans les provinces. » L’implication était claire : le périmètre de sécurité du régime s’étendait bien au-delà des frontières iraniennes.

L’exercice Jan-Fada reflète cette réalité. Selon les annonces officielles, les participants seront organisés en bataillons de 72 hommes et déployés le long de l’un des axes les plus symboliques de Téhéran sur le plan politique. Les autorités insistent sur le fait que l’événement vise à démontrer la « préparation », la « cohésion » et la « sécurité ». Pourtant, le langage utilisé par les médias d’État fait constamment référence à la lutte contre les « menaces » et au maintien de l’ordre dans la capitale, une terminologie généralement associée aux opérations de sécurité intérieure.

Tout aussi révélateur est le débat politique qui se déroule au sein même du régime.

Ces derniers mois, les factions rivales se sont de plus en plus affrontées sur la question de la présence visible et permanente des forces de sécurité dans l’espace public. Les éléments les plus radicaux estiment qu’un déploiement continu dans les rues est essentiel pour dissuader les troubles et maintenir le contrôle idéologique. D’autres avertissent qu’une présence policière excessive exacerbe le ressentiment populaire, met en lumière les faiblesses de l’État et expose les limites de sa légitimité.

Cette inquiétude transparaît de plus en plus dans la communication officielle. Hassanzadeh a présenté l’exercice à venir comme la preuve que la nation reste unie et que les ennemis n’ont pas réussi à affaiblir le régime. « L’ennemi cherchait à saper la cohésion et l’unité », a-t-il déclaré, arguant au contraire que la société s’était renforcée. Il a insisté sur le fait que les participants étaient prêts à se battre « jusqu’à la dernière goutte de sang ».

Pourtant, historiquement, les gouvernements confiants dans leur base populaire ont rarement besoin d’organiser des manifestations de loyauté d’une telle ampleur. L’insistance répétée sur les chiffres de participation, qu’il s’agisse de 313 000 participants, 400 000 inscriptions ou des projections de 500 000 volontaires, semble autant viser à influencer les perceptions qu’à rapporter des faits.

Le symbolisme du lieu est également significatif. La rue Enghelab est depuis longtemps associée à l’activisme politique, aux mouvements étudiants et aux périodes de contestation sociale. En y déployant des forces loyalistes organisées, les autorités semblent vouloir adresser un message non seulement à leurs adversaires étrangers, mais aussi à l’opinion publique nationale.

Cette évolution reflète une réalité plus profonde à laquelle sont confrontés les dirigeants de Téhéran. Le débat ne porte plus seulement sur la diplomatie contre puissance militaire, voire missiles contre négociations : de plus en plus, la question stratégique centrale du régime se situe sur le terrain intérieur : les rues, l’opinion publique et la possibilité d’un nouveau soulèvement populaire national.

En ce sens, la mobilisation prévue n’est pas une simple démonstration de force. Elle reconnaît que la ligne de front que le régime prétendait tenir à distance se situe désormais en Iran même.