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Le régime iranien entreprend la démolition de la prison de Gohardasht, lieu clé du massacre de 1988

Les autorités iraniennes ont entamé la démolition de la prison de Gohardasht à Karaj, l’un des principaux sites du massacre de prisonniers politiques de 1988. Cette opération suscite de vives inquiétudes quant à la destruction définitive de preuves potentiellement cruciales pour les enquêtes et poursuites judiciaires futures. La démolition a débuté le 13 septembre. Les autorités ont annoncé que le site de l’ancienne prison serait déblayé en vue de la construction de nouveaux logements et que ses murs d’enceinte seraient démolis d’ici un mois.

Gohardasht occupe une place centrale dans les documents relatifs aux massacres de 1988. Des survivants ont décrit ses cellules, ses couloirs, ses salles de torture et sa tristement célèbre « salle de la mort ». Par ailleurs, des témoignages et des reconstitutions détaillées de la prison ont constitué des éléments de preuve importants lors du procès intenté par la Suède contre l’ancien responsable des prisons iraniennes, Hamid Noury. La destruction de la prison fait suite à des allégations d’ingérence dans des sépultures liées à des exécutions politiques perpétrées ailleurs en Iran, un problème déjà soulevé par un rapporteur spécial de l’ONU.

Dans le commentaire qui suit, J. Kenneth Blackwell, ancien ambassadeur des États-Unis auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, affirme que l’ONU doit agir avant que des preuves matérielles et documentaires potentiellement importantes ne disparaissent. Cet article a été initialement publié par le Washington Examiner le 17 septembre 2026 et est reproduit ci-dessous, traduit de l’anglais.

L’Iran rase une scène de crime et l’ONU reste les bras croisés

Par Ken Blackwell

Il existe des lieux dont l’importance ne se mesure pas en briques et en béton. Ils sont témoins de l’histoire, et parfois de crimes. Pour l’Iran, la prison de Gohardasht est de ceux-là.

Le 13 septembre, les autorités iraniennes ont entamé une nouvelle phase de la démolition de cette prison tristement célèbre de Karaj, à l’ouest de Téhéran. Les médias d’État ont diffusé des images des murs s’écroulant, tandis que les responsables annonçaient que le site serait libéré pour des projets de développement résidentiel ou commercial. Le directeur de l’administration pénitentiaire iranienne a déclaré que la démolition était menée sur ordre direct du chef du pouvoir judiciaire et que tous les murs d’enceinte de la prison seraient détruits d’ici un mois.

Mais Gohardasht n’est pas qu’une simple prison obsolète occupant un terrain urbain précieux. C’est un lieu de crime potentiel, l’un des principaux sites du massacre de prisonniers politiques de 1988 en Iran.

Le contexte actuel rend cette action particulièrement urgente. Alors que les dirigeants du monde entier se réunissent à New York pour l’Assemblée générale des Nations Unies, des milliers d’Iraniens manifesteront devant l’ONU pour protester contre les exécutions en Iran et exiger que les responsables des atrocités passées et présentes rendent des comptes. Leur message relie deux chapitres d’une même histoire : l’impunité qui entoure les exécutions de masse du passé et celles perpétrées aujourd’hui.

Gohardasht fut l’un des principaux lieux d’extermination de 1988. Des survivants ont décrit ses couloirs, ses cellules d’isolement, ses salles de torture et la tristement célèbre « salle de la mort », où les prisonniers politiques étaient conduits pendant le massacre.

L’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a documenté le plan de la prison et les témoignages des survivants il y a plusieurs décennies. Ces documents ont par la suite acquis une importance probante capitale lors du procès en Suède de l’ancien responsable des prisons iraniennes, Hamid Noury. Des témoins ont fourni des témoignages, des croquis et des reconstitutions en trois dimensions détaillant Gohardasht et ce qui s’y passait.

L’affaire Noury a démontré que même des décennies après une atrocité, des preuves peuvent subsister, des témoins peuvent témoigner et les personnes accusées peuvent être traduites en justice. C’est précisément pourquoi la destruction de Gohardasht est si importante.

Les éléments architecturaux peuvent corroborer les témoignages des survivants et aider à établir comment les prisonniers étaient déplacés de leurs cellules aux salles d’interrogatoire et aux lieux d’exécution. Les documents ou les objets matériels peuvent également conserver une valeur probante. Une fois que les bulldozers ont réduit le site en ruines, ces éléments disparaissent.

Les preuves risquent de disparaître à jamais. Et Gohardasht n’est pas un cas isolé.

Depuis des années, les autorités iraniennes sont accusées de profaner des sites funéraires liés aux exécutions massives de prisonniers politiques, notamment à Khavaran, Tabriz, Mashhad et Ahvaz. En août 2025, la parcelle 41 du cimetière Behesht-e Zahra de Téhéran, qui abritait les tombes de milliers de membres de l’OMPI exécutés en 1981, a été détruite et rasée à l’aide d’engins de chantier.

La communauté internationale a déjà été mise en garde contre ce phénomène. Dans son rapport de juillet 2024, Javaid Rehman, alors rapporteur spécial des Nations Unies sur l’Iran, a déclaré que les autorités iraniennes avaient lancé ce qu’il a qualifié de campagne systématique de destruction des charniers liés aux milliers de prisonniers politiques exécutés en 1988. Il a averti que cela aggravait les souffrances des familles des victimes tout en entravant les efforts visant à établir la vérité et à traduire les responsables en justice.

Il y a plus de trente ans, j’ai eu le privilège de représenter les États-Unis à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies à Genève et de diriger la délégation américaine. À cette époque, la communauté internationale était déjà confrontée au bilan du gouvernement iranien en matière de droits humains.

Cette expérience m’a laissé un enseignement précieux : le contrôle international est important, mais un contrôle sans responsabilisation est insuffisant.

Les résolutions, les enquêtes et les témoignages des survivants sont importants. Mais la préservation des preuves susceptibles d’établir les responsabilités individuelles l’est tout autant. Si les preuves disparaissent et que les auteurs de ces crimes croient que le temps les protégera de la justice, la documentation seule ne peut mettre fin à l’impunité.

Les autorités iraniennes peuvent affirmer que la prison a fermé ses portes il y a des années, que Karaj s’est étendue autour et que le réaménagement urbain répond à des objectifs économiques légitimes. Mais aucun de ces arguments ne répond à la question essentielle : pourquoi détruire un site associé à des crimes contre l’humanité présumés avant même que des enquêteurs indépendants n’aient été autorisés à l’examiner et à le documenter ?

L’ONU devrait appeler Téhéran de toute urgence à stopper toute nouvelle démolition susceptible de détruire des preuves historiques ou médico-légales importantes à Gohardasht, jusqu’à ce que des experts indépendants puissent documenter le site. Les gouvernements devraient exiger la préservation des registres de la prison, des plans architecturaux, des procès-verbaux d’exécution, des photographies, des dossiers du personnel et des autres archives relatives à la prison.

Ce même principe doit s’appliquer aux charniers présumés présents sur l’ensemble du territoire iranien. Ces sites doivent être protégés de toute ingérence jusqu’à ce que des expertises médico-légales indépendantes puissent être menées.

Il ne s’agit pas de préserver une prison comme un monument. Il s’agit de préserver une scène de crime pour que justice soit faite.

Les familles des victimes de 1988 endurent déjà près de quatre décennies d’impunité. Nombre d’entre elles ont été privées des corps de leurs proches, voire de l’information sur leur lieu de sépulture. Elles ne devraient pas être contraintes d’assister à la disparition des preuves matérielles.
C’est pourquoi les voix de milliers d’Iraniens rassemblés devant les Nations Unies ce mois-ci revêtent une importance particulière. Leur demande d’arrêt des exécutions est indissociable de leur demande de justice. L’impunité dont jouissent les auteurs des atrocités d’hier crée un terreau fertile pour la répétition de tels abus.

Ayant représenté les États-Unis auprès du principal organe des droits de l’homme des Nations Unies, je suis convaincu que le moment est venu pour les institutions internationales de défense des droits humains de démontrer leur rôle. La communauté internationale ne doit pas attendre la disparition de Gohardasht pour déplorer ensuite la destruction des preuves.

Près de quarante ans après le massacre de 1988, les familles des victimes attendent toujours la vérité et la justice. On peut réduire le béton en miettes. On peut abattre les murs des prisons. On peut raser les cimetières.

L’histoire, elle, ne peut être effacée. L’ONU doit contribuer à préserver les preuves nécessaires pour traduire les responsables en justice. Les bulldozers sont déjà à l’œuvre à Gohardasht. Il est temps d’agir.

* L’ambassadeur J. Kenneth Blackwell est chercheur principal en droits de l’homme et gouvernance constitutionnelle au Family Research Council. Ambassadeur des États-Unis auprès de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies. Il est sur X @kenblackwell