
Alors que Mojtaba Khamenei et les hautes sphères du pouvoir iranien exhortent les membres du régime à éviter les querelles publiques, les factions rivales font exactement le contraire. Ces dernières semaines, les camps opposés ont intensifié leurs attaques mutuelles sur les négociations, la politique économique, le détroit d’Ormuz, les médias d’État et même la conduite des hauts responsables, révélant des fractures croissantes au sein de la dictature cléricale.
La guerre intestine est particulièrement frappante car elle contredit frontalement les appels répétés des dirigeants aux responsables et aux médias de ne pas présenter l’État comme faible, de ne pas encourager les ennemis du régime et de ne pas exacerber les divisions sur la question de la guerre ou de la négociation. Pourtant, les déclarations diffusées par les médias d’État montrent des camps rivaux s’accusant mutuellement de capitulation, de porter atteinte aux intérêts nationaux, d’induire le public en erreur et de saper la position stratégique du pays.
Les extrémistes s’en prennent au gouvernement.
L’un des exemples les plus flagrants est apparu dans les critiques adressées à l’ancien ministre de l’Économie, Abdolnasser Hemmati. Rahim Zare, membre de la commission du budget du Parlement, a publiquement réprimandé Hemmati le 15 septembre 2026, déclarant : « Je demande à M. Hemmati de donner moins d’interviews. » Il a fait valoir que de telles remarques étaient interprétées comme un signe de faiblesse face aux ennemis de l’Iran et contribuaient à l’instabilité monétaire.
Ces attaques s’inscrivent dans un mouvement de critiques plus large visant l’administration de Massoud Pezeshkian, de la part de factions radicales insatisfaites de sa politique diplomatique et économique.
Tabnak, un site web proche du régime, a mis en lumière la controverse grandissante autour du parlementaire extrémiste Mahmoud Nabavian. Dans un article publié le 15 septembre 2026, il accusait les soi-disant « super-révolutionnaires » d’attaquer systématiquement les gouvernements successifs, d’Hassan Rouhani à Ebrahim Raisi, et maintenant Pezeshkian.
Disputes diplomatiques et pourparlers avec Oman
La politique étrangère est devenue Un champ de bataille majeur. Hossein Shariatmadari, représentant du Guide suprême Ali Khamenei au sein du journal Kayhan, a vivement critiqué les accords conclus par l’intermédiaire d’Oman concernant le détroit d’Ormuz. Il a déclaré que « l’accord avec Oman offre un répit aux États-Unis » et a soutenu que les négociations sur l’ouverture de voies maritimes constituaient une erreur stratégique.
Le journal conservateur Nobonyad a également condamné la diplomatie actuelle, la qualifiant de « cercle vicieux », et a accusé Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf de poursuivre systématiquement des accords qui, en fin de compte, profitent à Washington.
Kayhan est allé plus loin, décrivant le processus omanais comme un « piège diplomatique », reflétant de profondes divisions sur la manière de gérer les pressions régionales et internationales croissantes.
Les conflits de factions sont également visibles dans les querelles autour de la télévision d’État iranienne.
L’agence ILNA a rapporté le 15 septembre que les propos d’Abdolhossein Khosropanah, reconnaissant que 60 à 70 % de la population n’utilise pas la télévision d’État, ont relancé le débat sur la performance de cette dernière. L’agence a averti que le problème ne résidait pas seulement dans la baisse d’audience, mais aussi dans la perte de confiance.
Le directeur de la télévision d’État, Peyman Jebelli, a réagi avec défi, déclarant : « Si quelqu’un s’attend à ce que la télévision d’État renonce à la voie de l’identité irano-islamique après toute cette résistance, il se trompe. »
Ses propos faisaient suite aux déclarations du président du régime, qui aurait affirmé ne pas regarder la télévision d’État car « elle « Ça me rend dingue. »
Un pouvoir de plus en plus divisé
Par ailleurs, les médias rivaux s’attaquent ouvertement les uns aux autres. Kayhan a récemment dénoncé le journal dit réformiste. Le général Shargh a été pris à partie pour avoir critiqué les mobilisations de rue des radicaux, les accusant d’insulter des millions d’Iraniens. Cette rhétorique inhabituellement virulente reflétait un climat politique de plus en plus polarisé.
L’importance de ces luttes intestines ne réside pas seulement dans des rivalités personnelles, mais aussi dans ce qu’elles révèlent de la situation critique du régime. La pression économique croissante, l’isolement international et les troubles sociaux ont exacerbé les désaccords quant à la manière de gérer la crise existentielle que traverse le régime.
Alors que le Guide suprême, Mojtaba Khamenei, s’efforce de maintenir une image de cohésion, les médias d’État révèlent de plus en plus de factions rivales qui s’accusent mutuellement d’échecs politiques. Les différends concernant les négociations, la stratégie médiatique, la gestion économique et la mobilisation populaire suggèrent que les divisions internes du régime deviennent de plus en plus difficiles à dissimuler, précisément au moment où les pressions extérieures s’intensifient.

