AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrisme«Il faut empêcher l'Iran de faire de l'Irak un Etat islamique»

«Il faut empêcher l’Iran de faire de l’Irak un Etat islamique»

ImagePar Benito Perez

Le Courrier, Genève – Le sort des opposants iraniens réfugiés en Irak suscite la mobilisation. Sous la pression de Téhéran, Bagdad veut les expulser début 2007.

Cent jours. Cela fait maintenant plus de trois mois que des sympathisants des Moudjahidine du peuple manifestent quotidiennement sous les fenêtres du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), à Genève. Venus de toute l’Europe, ces militants du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) protestent contre la menace d’expulsion qui pèse sur leurs camarades basés en Irak.

Sous la pression de Téhéran, le gouvernement irakien à majorité chiite leur a donné jusqu’au début de 2007 pour quitter le pays. Bagdad accuse les Moudjahidine du peuple d’ingérence et rappelle que ceux-ci sont inscrits sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne et des Etats-Unis. Hier, plusieurs députés suisses, britanniques et des personnalités françaises ont exigé de la communauté internationale qu’elle confirme le statut de réfugiés des 3500Iraniens installés sur l’ancienne base militaire d’Achraf.

Le long sit-in des militants du CNRI –une coalition regroupant des mouvements laïcs et démocratiques, dont l’Organisation des Moudjahidine du peuple– n’a pas laissé insensible les Genevois. Selon des chiffres communiqués hier, plus de 20000 signatures de soutien auraient été récoltées depuis le mois d’août.

Lors d’une conférence au Club suisse de la presse, les députés genevois Antonio Hodgers (Verts) et Luc Barthassat (PDC), ainsi que l’ancienne élue de l’Alliance de gauche Erika Deuber-Ziegler ont apporté le soutien des milieux politiques locaux aux demandes des opposants iraniens. «Il faut que les institutions internationales donnent des garanties avant que des exactions ne soient commises», a insisté MmeDeuber-Ziegler.

Un autre islam

Une demande relayée hier auprès du CICR et du HCR par deux députés anglais, Lord Corbett de Castle Vale et Andrew MacKinley, porteurs d’un message signé par quelque 200élus britanniques. «En soutenant les Moudjahidine, nous appuyons tous les démocrates irakiens qui s’opposent à ce que leur pays devienne un Etat islamique sur le modèle de l’Iran», a estimé M.MacKinley.

Pour Téhéran, «la ville d’Achraf constitue un obstacle important, puisqu’il montre que l’on peut vivre l’islam de façon ouverte, démocratique et tolérante», a poursuivi Mohammad Mohaddessin, l’un des porte-parole du CNRI.

Qui sont les terroristes?

De son côté, l’avocat français Gilles Paruel a réfuté le caractère «terroriste» accolé aux Moudjahidine du peuple. En 2003, a-t-il rappelé, un interrogatoire systématique des habitants d’Achraf, mené par les autorités étasuniennes n’avait permis de trouver aucune preuve d’activités illégales. «C’est au contraire Téhéran qui mène des activités terroristes en Irak», a accusé Lord Corbett.

En juillet 2004, les Etats-Unis ont reconnu que les réfugiés iraniens, certains présents en Irak depuis 1986, sont des personnes protégées par la IVeConvention de Genève. «Washington a donc l’obligation légale et morale d’assurer leur protection», a tonné Andrew MacKinley.

«Réponse insatisfaisante»

Quant au HCR, regrette M.Mohaddessin, malgré trois mois d’intense lobbying du CNRI, il n’a pas apporté de «réponse satisfaisante à notre demande». «Nous ne voulons pourtant qu’une chose très simple: qu’il réaffirme le droit au refuge des gens d’Achraf. Le HCR a été créé pour cela, pour garantir le droit d’asile. Il ne peut se dérober à ses responsabilités.» I