AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrismeL'aveu dissimulé à la vue de tous : ce que révèle réellement...

L’aveu dissimulé à la vue de tous : ce que révèle réellement l’interview d’Araghchi

L'aveu dissimulé à la vue de tous : ce que révèle réellement l'interview d'Araghchi
Le ministre des Affaires étrangères du régime iranien, Abbas Araghchi (à gauche), s’entretient avec le documentariste Javad Mogouee, proche des services de sécurité de l’État, lors d’une interview le 19 juillet 2026.

Lorsque le ministre des Affaires étrangères du régime iranien, Abbas Araghchi, s’est entretenu avec le documentariste Javad Mogouee — proche des services de sécurité de l’État — pour une interview télévisée approfondie diffusée le 19 juillet 2026, le choix du moment n’avait rien d’un hasard. Cette conversation en plusieurs volets — enregistrée avant la récente reprise des hostilités avec les États-Unis — est intervenue au moment précis où les fissures internes du régime clérical sont devenues impossibles à dissimuler. Des « va-t-en-guerre » ont ouvertement accusé les négociateurs du régime de fomenter un « coup d’État en douceur » contre « les idéaux révolutionnaires de la République islamique ».

L’interview d’Araghchi ne relevait pas du journalisme ; il s’agissait d’une riposte partisane déguisée en entretien. L’argumentaire de façade était connu : l’Iran est entré en guerre parce qu’il a refusé l’exigence de Washington d’un enrichissement d’uranium à zéro pour cent, et ce sont les Américains qui ont « mal évalué l’état de préparation de l’Iran ». Araghchi a soutenu que le régime avait « résisté à leur exigence irrationnelle » et que « les négociations n’avaient pas provoqué la guerre ». Il a présenté le conflit de 12 jours de juin 2025 comme un match nul stratégique, affirmant que les deux camps avaient fini par « agir comme des superpuissances ».

Mais, au-delà de cette bravade, transparaissait un aveu révélateur. Lorsque Mogouï l’a interrogé sur les raisons pour lesquelles l’Iran avait refusé toute suspension — même temporaire ou pluriannuelle — de l’enrichissement durant les négociations, Araghchi a répondu qu’une telle acceptation aurait causé « plus de dégâts que la guerre », car « cela aurait équivalu à sacrifier la dignité du pays ».

Si l’on écarte le vernis diplomatique, il ne reste qu’un aveu : le régime clérical ne peut faire le moindre pas en arrière sans risquer sa propre désintégration. Il ne s’agit pas d’une posture stratégique, mais d’une condition structurelle. Toute concession risque de mettre au jour le vide au cœur d’un système qui, depuis longtemps, a substitué la coercition au consentement.

Depuis des décennies, le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) soutient que la bellicosité du régime ne relève pas d’une tactique de négociation, mais d’un mécanisme de survie. Khamenei a fondé sa doctrine sur le principe selon lequel tout recul encourage l’ennemi à avancer davantage et conduit, étape par étape, à la capitulation. Araghchi a effectivement confirmé ce calcul devant les caméras. Pour le régime, la défaite ne signifie pas la destruction de l’Iran ; le recul est synonyme de sa propre perte, et Khamenei est mort en le prouvant.

Ce schéma n’est pas nouveau. Après la révolution de 1979, le régime a orchestré la confrontation avec l’Irak, qualifiant de « bénédiction divine » la guerre de huit ans qui en a résulté. Lorsque l’Irak s’est retiré du sol iranien et que les Nations unies ont proposé des résolutions de cessez-le-feu, Téhéran a refusé pendant six années supplémentaires — jusqu’à ce que les opérations de l’Armée de libération nationale d’Iran en 1988 démontrent à Khomeini que la poursuite de la guerre risquait d’entraîner sa propre chute, constituant une menace plus grave que l’arrêt des hostilités. L’ALN a contraint Khomeini à accepter ce qu’il a qualifié, dans une formule célèbre, de « boire le poison ». Ce choc psychologique a contribué à son rapide déclin physique ; il est décédé dans les onze mois qui ont suivi, prouvant ainsi que mettre fin à la guerre lui était effectivement fatal.

Aujourd’hui, le calcul reste identique ; seul le coût est plus élevé. Le budget de la défense de l’Iran (selon les chiffres officiels) a absorbé environ 27 % des dépenses nationales au cours du dernier exercice financier — soit près de 16 milliards de dollars sur un total de 59 milliards, selon les estimations. Téhéran a doublé le financement du Hezbollah, le portant à 2 milliards de dollars, tout en acheminant des centaines de millions supplémentaires vers les Houthis, les Hachd al-Chaabi irakiens et d’autres milices à sa solde. Le coût cumulé estimé du programme nucléaire — rien qu’en termes d’investissements manqués et de pertes de revenus pétroliers — dépasse largement les 2 000 milliards de dollars, un chiffre qui s’alourdit encore si l’on inclut les dommages liés à la guerre.

Ces dépenses se sont faites au détriment direct d’une économie en chute libre. Fin 2025, le rial avait perdu environ 84 % de sa valeur en une seule année, chutant à 1,4 million pour un dollar — contre 70 au moment de la révolution. L’inflation atteignait 42 % ; …les prix des denrées de base ont bondi de 70 %. Les manifestations qui ont éclaté furent les plus importantes depuis 1979, et la réponse du régime — massacres, arrestations massives, coupure quasi totale d’Internet — a confirmé ce que *The Conversation* a qualifié de « crise idéologique de grande ampleur », et non d’une simple crise économique.

C’est dans ce contexte que l’interview d’Araghchi se révèle si révélatrice. Un régime qui engloutit ses ressources — déjà en baisse — dans des missiles, des groupes supplétifs et un programme nucléaire alors que sa population souffre de la faim ne projette pas une image de force. Il expose au grand jour la seule chose qu’il ne peut avouer : qu’il ne possède aucun capital social et sait qu’il ne pourra en acquérir aucun. Privilégier la guerre à la construction de la nation revient à admettre que la survie du régime dépend entièrement d’un conflit extérieur, car sa légitimité interne s’est évaporée depuis longtemps.

Araghchi a déclaré à Mogouei : « Nous ne combattons pas à moins que le coût du combat ne soit inférieur à celui de l’inaction. » Bien comprise, cette affirmation ne relève pas d’une doctrine de retenue. C’est l’aveu que la paix constitue la menace la plus grave, car elle contraindrait les factions du régime à s’affronter entre elles, faute d’un ennemi commun pour assurer leur cohésion. La guerre est le seul ciment qui les lie ; sans elle, l’édifice factionnel s’effondre. Ce n’est pas là le propre d’un État. C’est la marque d’un système dont l’unique unité réside désormais dans la peur — peur de lui-même et de son propre peuple.