
Alors que les tensions s’intensifient, tant au niveau national qu’international, le régime iranien se trouve de plus en plus divisé sur la manière de répondre à la pression croissante. Les déclarations de hauts responsables, qu’elles soient faites lors de la prière du vendredi ou dans les médias d’État, révèlent des fractures croissantes au sein de l’establishment. Aujourd’hui, la crainte de défections en son sein accentue l’instabilité du régime.
Les divisions s’accentuent face aux crises
Si Hossein Salami, commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a publiquement balayé les craintes d’une guerre, le 5 avril, son discours semblait davantage viser à rassurer les fidèles du régime qu’à répondre aux réalités stratégiques. « Nous ne sommes absolument pas inquiets par la guerre. Nous ne la déclencherons pas, mais nous sommes prêts à toute guerre », a déclaré Salami, ajoutant que les défenses américaines sont moins robustes que celles d’Israël.
Mais derrière cette ostentation apparente se cachent la panique et la dissidence. L’escalade des crises iraniennes – effondrement économique, isolement régional et mécontentement populaire – a suscité des désaccords entre les responsables de l’État. Lors de la prière du vendredi à Qom, Alireza Arafi a mis en garde contre toute négociation avec les États-Unis, la qualifiant de trahison de la dignité nationale. Il a cité les échecs diplomatiques passés, notamment le coup d’État de 1953 et le JCPOA, comme preuve que l’Occident ne cherche qu’à saper la souveraineté de l’Iran.
À Téhéran, Heshmatollah Ghanbari, un érudit proche de l’État, a fait écho à ces sentiments, mais en condamnant plus sévèrement ceux qui, au sein même du régime, prônent le dialogue. « Il y a toujours eu des factions lâches dans le pays. Certains pensent pouvoir négocier avec quelqu’un comme Trump et protéger les intérêts de l’Iran. C’est un calcul erroné et stratégiquement erroné », a déclaré Ghanbari.
À Ilam, Allahnour Karimitabar, un autre imam du vendredi, a tenté de rallier les forces démoralisées du régime en déclarant : « N’ayez pas peur, ne vous laissez pas intimider ! » – un message apparemment adressé aux forces du CGRI et du Basij, de plus en plus désillusionnées, terrifiées par la perspective d’une intervention militaire américaine et de soulèvements populaires. Son affirmation selon laquelle Trump n’entrerait jamais en guerre avec l’Iran pour des raisons économiques a été contredite par ses précédentes insultes le qualifiant de fou et de joueur.
Récits contradictoires au sein du régime
Les dignitaires religieux du régime présentent de plus en plus l’effondrement économique du pays comme un acte de sabotage extérieur. À Zanjan, Mostafa Hosseini a insisté sur le fait que l’Iran est déjà engagé dans une guerre prolongée, principalement économique, et que « le véritable front de bataille réside dans la lutte contre les sanctions et le sabotage économique ». Ses propos suggèrent une tentative de détourner la responsabilité de l’effondrement de l’économie iranienne de la mauvaise gestion et de la corruption intérieures.
Cependant, la crise ne se limite pas aux difficultés économiques. Les médias du régime reflètent un désespoir et des divisions croissants. Le journal Kayhan, porte-parole de Khamenei, a écarté toute possibilité de négociations fructueuses avec les États-Unis, les qualifiant de piège trompeur.
D’autres médias affiliés au régime ont admis l’escalade des divisions. Le quotidien du CGRI, Javan, a concédé que des négociations directes avec les États-Unis étaient peu susceptibles d’aboutir à des résultats significatifs, reconnaissant que les appels de Trump aux pourparlers ne sont rien de plus que des tentatives de contraindre Téhéran à se soumettre.
Hamshahri, autre publication contrôlée par l’État, a vivement critiqué les partisans des négociations : « Nous devons montrer à la faction terrifiée et encline à la négociation que parler de suicide pour échapper à la mort n’est ni intelligent, ni honorable, ni rationnel, et que cela n’a rien à voir avec les convictions politiques ou religieuses.»
Par ailleurs, Arman-e-Melli a fait allusion à des pourparlers en coulisses, sous la médiation de tiers, reflétant l’indécision et la désunion internes de Téhéran.
Peur et fractures
Au-delà des attaques rhétoriques, des fractures plus profondes apparaissent, alors que diverses factions tentent de consolider leur pouvoir. L’ancien parlementaire Jalal Mirzaei a admis que « les discussions constantes sur la possibilité d’une guerre et d’un conflit ne font qu’effrayer les investisseurs nationaux. Elles poussent les gens à accumuler de l’or et des devises étrangères, ce qui, à terme, ronge l’économie de l’intérieur.»
Le régime est désormais confronté à la crainte supplémentaire de défections au sein de ses propres rangs. Mohammad Manan-Raisi, député de Qom au Parlement iranien, a averti le 2 avril que si la loi controversée sur le hijab n’était pas appliquée, le « noyau dur » du régime deviendrait inactif et refuserait de défendre le système.
En réponse, le site web Asre-Iran, affilié au régime, a écrit : « Si votre budget est réduit, si vos qualifications pour le parlement ne sont pas approuvées, si vous êtes sérieusement tenu responsable de votre position, si un jour vous constatez que pour préserver l’État, il faut payer plutôt que recevoir des faveurs, alors, vous, soi-disant révolutionnaires incendiaires, vous retournerez vos épées contre cet État même ou vous disparaîtrez comme si vous n’aviez jamais existé. »
Le compte à rebours
Les divisions internes du régime iranien sont de plus en plus mises à nu par la convergence des pressions extérieures et intérieures. Si certains responsables, comme Salami, tentent d’afficher force et défiance, d’autres reconnaissent ouvertement l’incapacité du régime à faire face à l’escalade des crises économique et politique. Les derniers avertissements de défection de fidèles du régime ne font que souligner la profondeur de la crise.
Les luttes intestines persistantes et les messages contradictoires des différentes factions révèlent que le régime ne subit pas seulement des pressions extérieures ; il se désintègre de l’intérieur. Alors que les initiés du régime mettent en garde contre des luttes intestines, il devient de plus en plus évident que la plus grande menace pour Téhéran ne vient pas de l’étranger, mais de son propre système fracturé.

