
Le régime iranien est plongé dans l’un de ses plus violentes luttes intestines depuis des années. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi est vivement critiqué par des factions rivales au sujet de son accord secret du Caire avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La controverse a opposé le Parlement au gouvernement, révélé des divisions entre factions fidèles ou opposées au Guide suprême Ali Khamenei et même contraint ses proches collaborateurs à nier publiquement qu’il perd le contrôle.
Le secret déclenche une tempête de feu
L’étincelle a été la révélation que l’accord du Caire resterait secret. Le 14 septembre 2025, le religieux et député Hamid Rasaï s’est plaint: « Si cet accord est si bénéfique, pourquoi devrait-il rester secret ? Pourquoi le peuple ne le saurait-il pas?» Il a réfuté les affirmations d’Araghchi selon lesquelles la publication du texte mettrait sous pression le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi : « Si cet accord est si avantageux, nous devrions le porter sur nos épaules et le présenter au peuple, et non le cacher.»
Quatre-vingt-dix députés ont signé une demande de convocation d’urgence du Parlement pour convoquer Araghchi, mais le président du Parlement, Mohammad Bagher Qalibaf, a résisté. Ce refus a alimenté les soupçons de collusion. Le député Mojtaba Zarei est allé jusqu’à accuser Araghchi d’avoir soudoyé Qalibaf : « Qu’avez-vous donné à Qalibaf pour que le Parlement soit fermé et que vous et Pezeshkian puissiez livrer l’Iran ? »
Le retour de l’ombre du JCPOA
Lors d’une séance à huis clos de trois heures de la Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Majlis, le 22 septembre, Araghchi a été interrogé avec acharnement. Il a qualifié la discussion de constructive : « Les représentants avaient des questions et des préoccupations… nous avons réfléchi à la manière d’avancer et de contrer les ruses de nos ennemis.»
Mais les législateurs n’étaient pas convaincus. Rasaee a écrit par la suite : « Les étapes sont comme le JCPOA. Elles se répètent. C’est tout.» Le député chevronné Mehdi Kuchakzadeh, également présent, a déclaré que la séance n’avait pas révélé grand-chose de nouveau.
Le dignitaire religieux et député Mahmoud Nabavian a accusé le gouvernement de forcer le système à « reculer » et d’accorder « diverses concessions » à l’ennemi, faisant écho aux débats houleux sur l’accord nucléaire de 2015.
Les députés appellent à la sortie du TNP
Les organes de propagande du régime, proches de Khamenei, ont exploité ce différend pour promouvoir leur propre programme. Le 14 septembre, Kayhan a averti : « L’Europe ne lèvera pas les sanctions. Ne vous laissez pas tromper par l’AIEA. La meilleure réponse efficace est le retrait du TNP. » Le quotidien Javan Daily, dirigé par le CGRI, a qualifié le texte du Caire d’« invalide », soulignant qu’il n’avait pas été présenté aux Iraniens alors qu’il était « entre les mains de l’Amérique et d’Israël ».
Le président de la commission parlementaire de la sécurité nationale, Ebrahim Azizi, a confirmé que la sortie du TNP figurait parmi les options envisagées si l’Europe mettait en œuvre le mécanisme de snap back.
Le bureau de Khamenei sur la défensive
La férocité des attaques a forcé l’intervention de l’entourage du Guide suprême. Le 14 septembre, Mehdi Fazaeli, membre du Bureau de Khamenei pour la préservation des œuvres, a nié que des décisions soient imposées au Guide : « Quiconque présente le Guide comme passif ne le connaît pas. Il est le pilier le plus important du pouvoir.» Fazaeli a ensuite qualifié de « naïves » les suggestions révisionnistes de compromis.
La nécessité d’une telle déclaration a révélé l’inquiétude au sein du bureau de Khamenei, qui craint qu’il ne soit présenté comme une figure pouvant être ignorée ou contournée.
Crise au cœur du système
Le différend autour de l’accord du Caire n’est pas seulement une lutte entre soi-disant « extrémistes » et « pragmatiques ». Il témoigne de l’affaiblissement du régime dans son ensemble, au point que Khamenei ne parvient plus à maintenir l’unité entre ses factions. Le Majlis accuse le gouvernement de trahison, celui-ci plaide pour le secret, le cabinet de Khamenei est contraint de nier sa passivité, et les médias d’État multiplient les menaces de retrait du TNP. Chacune de ces contradictions souligne l’érosion de l’autorité centrale.
Ce qui se joue n’est pas la vitalité du débat, mais l’effondrement de la discipline au sein d’un système qui a longtemps dépendu de la parole de Khamenei comme arbitre final. Alors que les initiés reconnaissent leur échec et dénoncent les manœuvres des uns et des autres, la fragilité du régime devient évidente.
Au même moment, en dehors de l’élite dirigeante, la société iranienne cherche une étincelle. Inflation, chômage, la répression a préparé le pays à des troubles. Dans de telles conditions, chaque faux pas au sommet – un accord secret, une promesse non tenue, un message incohérent – risque de déclencher une nouvelle éruption.

