dimanche, mars 8, 2026
AccueilUncategorizedL'Iran commémore l'anniversaire du soulèvement de 2022

L’Iran commémore l’anniversaire du soulèvement de 2022

L'Iran commémore l'anniversaire du soulèvement de 2022
Les commerçants de Saqqez célèbrent le troisième anniversaire du soulèvement de 2022 par des grèves et des manifestations — 16 septembre 2025

À l’occasion du troisième anniversaire du soulèvement de 2022, déclenché par l’assassinat par l’État de Mahsa (Jina) Amini, 22 ans, l’Iran a été le théâtre de manifestations et de grèves dans plusieurs villes. Des villes rebelles du Kurdistan au cœur de la capitale, Téhéran, en passant par les champs pétroliers vitaux du pays et les rues de ses capitales provinciales, les Iraniens de tous horizons se soulèvent contre la tyrannie et la corruption systémique du régime clérical. La réponse du régime – violence brutale, militarisation de masse et intimidation ouverte – ne révèle pas sa force, mais une peur profonde et croissante de son propre peuple.

L’épicentre de la défiance : le Kurdistan assiégé
Le régime a préparé le terrain pour cet anniversaire par un bain de sang. Le 15 septembre, veille de la commémoration, des forces en civil ont ouvert le feu dans le village de Pir Omran, dans la province de Saqqez, sur des habitants qui protestaient contre les activités destructrices d’une mine d’or locale. L’attaque a été meurtrière : Mohammad Amin Rashidi, 22 ans, a été tué et deux autres blessés. Dans une paranoïa extrême, les forces de sécurité ont refusé de rendre le corps de Mohammad à sa famille et ont empêché les blessés d’accéder aux hôpitaux. La cruauté du régime s’est intensifiée après le meurtre. Le gouverneur de Saqqez et le commandant local du CGRI sont intervenus personnellement, emmenant le père et le grand-père de la victime dans des centres de sécurité afin de contraindre la famille à un enterrement clandestin, de nuit. En privant leur droit fondamental à faire leur deuil et à des funérailles dignes, les autorités ont révélé leur terreur de voir des martyrs devenir des symboles de la résistance.

Le 16 septembre, les commerçants de Saqqez, ville natale de Mahsa Amini, et de Divandarreh ont lancé une grève générale massive, paralysant une grande partie des marchés de la ville, dans un puissant acte de désobéissance civile. La réaction du régime a été de transformer Saqqez en zone militaire. L’accès à la tombe de Mahsa Amini, au cimetière d’Aychi, a été entièrement bloqué par un important déploiement de troupes du CGRI. Tandis que des hélicoptères militaires patrouillaient dans le ciel, les forces de sécurité patrouillaient dans les rues, plongeant la ville dans un climat d’occupation.

La capitale s’élève : Téhéran et Karaj défient la répression
À la tombée de la nuit du 16 septembre, l’esprit de défiance a enflammé les rues de la capitale. Dans le quartier de Sadeghieh (Ariashahr) à Téhéran, devenu un important foyer de tensions, des rassemblements spontanés ont éclaté, les manifestants scandant le slogan emblématique du soulèvement : « À bas le dictateur !» Les manifestations ont pris des formes multiples, les citoyens créant des « embouteillages de protestation » pour bloquer les forces de sécurité. Alors que des agents en civil s’avançaient pour attaquer les manifestants, la foule les a affrontés aux cris unanimes de « Bisharaf, Bisharaf !» (Déshonorant !).

La contestation a résonné dans toute la capitale. Dans les quartiers de Téhéran, les habitants sont descendus dans les rues pour des manifestations nocturnes, leurs slogans de « À bas Khamenei, maudit Khomeini ! » perçant l’obscurité. Dans le district de Jordan, au nord du pays, la manifestation s’est déroulée sur les toits, les citoyens exprimant leur opposition depuis la relative sécurité de leurs domiciles. Juste à l’extérieur de la capitale, à Karaj, s’est déroulé l’un des événements les plus poignants et symboliques de cet anniversaire. À Gohardasht, une femme seule a grimpé sur une grande poubelle publique, sa voix résonnant avec un message qui a exprimé le sentiment de millions de personnes : « Vous avez transformé l’Iran en prison !»

L’écho de la protestation : le cri d’une nation pour ses droits et ses moyens de subsistance
La défiance politique au Kurdistan s’est accompagnée d’une vague de protestations économiques à travers le pays, mettant en lumière une population mise à rude épreuve par la corruption et la mauvaise gestion du régime.

Les manifestations ont frappé au cœur de l’économie iranienne. Les travailleurs formels de la société de production pétrolière et gazière d’Aghajari ont organisé des rassemblements prolongés, s’inscrivant dans une vague continue d’actions qui a également touché le complexe gazier spécial de Pars et les plateformes offshores. Leurs revendications sont précises et ciblées : suppression des plafonds salariaux restrictifs, réforme de leur fonds de pension et application intégrale de l’article 10 de la loi sur l’emploi, qui régit leurs droits et leurs indemnités.

Simultanément, les piliers de la société iranienne sont descendus dans la rue. À Kermanshah, des enseignants retraités ont organisé leur septième grand rassemblement de protestation, scandant : « Notre douleur est votre douleur, rejoignez-nous !» Un enseignant retraité a exprimé le désespoir de la nation en déclarant : « Nous sommes devenus un amas de malheurs et de difficultés : pauvreté, corruption, prostitution, chômage, fuite des cerveaux, affaissement des terres… Je ne sais plus ce qu’il en reste.»

La crise a paralysé tout le pays. Dans les services essentiels. Dans la province de Fars, des médecins généralistes se sont rassemblés pour protester contre quatre mois de salaires impayés, alertant sur le risque d’effondrement du système de santé national lié à l’incompétence du régime. Ces manifestations du 16 septembre ont été précédées par une journée de troubles généralisés le 15 septembre, marquée par des manifestations de retraités des télécommunications dans cinq villes, d’internes en médecine à Téhéran et d’éducateurs du Mouvement pour l’alphabétisation exigeant la sécurité de l’emploi.

Les événements des 15 et 16 septembre ne sont pas des incidents isolés ; ils illustrent la dangereuse convergence entre l’indignation politique vive face à la brutalité du régime et le profond désespoir économique engendré par des décennies de corruption institutionnalisée. Du meurtre d’un jeune homme à Saqqez au désespoir des médecins impayés à Fars, en passant par les slogans de défiance « Mort au dictateur » dans les rues de Téhéran, un seul et même récit émerge : un régime qui a trahi son peuple sur tous les fronts.

Face aux grèves, aux manifestations et aux commémorations, les dirigeants de Téhéran ont démontré que leurs seuls outils sont les balles et l’intimidation. Ils ne peuvent ni payer les salaires, ni gérer les ressources, ni assurer la sécurité de base, mais ils peuvent déployer le CGRI pour sceller un cimetière et contraindre une famille endeuillée au silence. Ce recours à la force brute est l’aveu ultime d’illégitimité.

Le combat pour un Iran libre, démocratique et prospère se poursuit, nourri par la mémoire de ses martyrs et la lutte quotidienne pour sa survie. La répression effrénée du régime ne peut éteindre cette flamme ; elle ne fait que prouver que ses fondements s’effondrent sous le poids de ses propres échecs.