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Conflits au sein du régime iranien : les négociations nucléaires au point mort

Conflits au sein du régime iranien : les négociations nucléaires au point mort
Photo d’illustration : L’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, s’oppose au député conservateur Hamid Rasaee lors d’un débat houleux au Parlement iranien

Les récentes luttes intestines à Téhéran ne se limitent plus à un simple différend entre « conservateurs » et « modérés ». Elles révèlent une lutte plus profonde entre des camps rivaux défendant des stratégies de survie concurrentes pour le régime, dans un contexte d’impasse nucléaire, de crise économique et de craintes d’explosion sociale.

Une faction, centrée sur des conservateurs idéologiques et des éléments étroitement liés à l’appareil sécuritaire du système, craint que les négociations avec les États-Unis n’aboutissent inévitablement à des concessions et à une soumission finale. De leur point de vue, tout recul sur le dossier nucléaire ou dans la position régionale anéantirait le moral qui subsiste au sein des forces de sécurité du régime, de ses réseaux supplétifs et de sa base idéologique déjà démoralisée.

Le camp adverse, composé de plus en plus non seulement de révisionnistes traditionnels mais aussi de personnalités longtemps associées à Ali Khamenei lui-même, soutient que le refus de compromis pourrait déclencher une situation encore plus dangereuse : la guerre, l’asphyxie maritime, l’effondrement économique et, en fin de compte, un soulèvement national.

Araghchi admet l’impasse nucléaire

Ce clivage stratégique est apparu au grand jour après que le ministre des Affaires étrangères du régime, Abbas Araghchi, a reconnu le 15 mai 2026 à New Delhi que les négociations avec Washington sur l’uranium enrichi étaient « quasiment dans l’impasse ».

Selon l’agence de presse officielle Tabnak, vendredi, Araghchi a admis : « La question de nos matières enrichies est extrêmement complexe et nous sommes presque dans une impasse avec les Américains sur ce point précis.»

Cette déclaration était bien plus qu’une simple mise à jour diplomatique. C’était en réalité un aveu que Téhéran reste pris au piège entre deux craintes existentielles : des concessions qui pourraient être perçues comme un signe de faiblesse intérieure, ou une confrontation qui risquerait d’accélérer son effondrement extérieur.

Peur de la faiblesse et de l’effondrement

Pour le noyau dur du régime, le danger réside dans le fait de paraître faible. Les personnalités proches de l’actuel Paydari présentent de plus en plus les négociations comme un chemin vers une érosion interne similaire à celle qui, selon eux, a suivi l’accord nucléaire de 2015. Malgré des années de rhétorique tonitruante, de discours anti-américains et de revendications d’indépendance stratégique, les dirigeants du régime sont désormais contraints de faire face à ceux qu’ils qualifient en interne d’« assassins du leader martyr » et à des représentants des mêmes puissances qu’ils accusent de cibler ses plus hauts gradés militaires et son personnel de sécurité en première ligne.

Le 14 mai, le député Hamid Rasaee a ouvertement averti que le Parlement avait été de facto fermé pour empêcher les parlementaires d’entraver les « négociations en cours avec l’ennemi ».

Rasaee a révélé que le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale aurait déclaré qu’« il n’est pas opportun de tenir des sessions parlementaires ». Il a affirmé que l’objectif était d’empêcher les « avertissements et le contrôle » parlementaires d’interférer avec les négociations.

La fermeture du Parlement révèle l’anxiété du régime.

La fermeture du Parlement pendant plus de deux mois est devenue le symbole de la paralysie interne qui frappe le régime. Rasaei a soutenu que le secret ne sert qu’un seul but : empêcher les partisans du régime de prendre conscience de l’ampleur des concessions potentielles. Plus tôt ce mois-ci, il a critiqué le caractère « confidentiel » des propositions de Téhéran à Washington, arguant que « l’ennemi sait tout, mais le peuple et même les représentants du Parlement l’ignorent ».

Le député Amirhossein Sabeti a fait écho à ces préoccupations, exigeant de la « transparence » de la part d’Araghchi et mettant en garde contre un nouveau compromis caché. « La condition de la confiance est la transparence et l’honnêteté envers le peuple », a-t-il déclaré lors de réunions publiques.

Révisionnisme et craintes sécuritaires face à une explosion sociale

L’autre camp fonde ses calculs moins sur des tendances modérées que sur la crainte qu’une pression prolongée – sanctions, tensions maritimes et contraction économique – ne précipite la société dans une nouvelle rupture incontrôlable. À leurs yeux, le plus grand risque n’est pas le compromis, mais la surcharge systémique : une combinaison d’épuisement économique et de paralysie politique susceptible de déclencher des troubles sociaux de masse.

Cette inquiétude transparaît clairement dans les références répétées à la crise pétrolière de 2019, lorsqu’une hausse soudaine des prix de l’essence a déclenché des manifestations nationales qui ont rapidement dégénéré en l’un des défis les plus graves auxquels la République islamique ait été confrontée depuis des décennies, entraînant des troubles généralisés et une répression sécuritaire sévère.

Dans son intervention, Hamid Rasaee a directement lié les débats actuels sur les subventions et la tarification des carburants à ce précédent, avertissant que de nouveaux ajustements des quotas et des prix de l’essence – incluant, selon certaines sources, des augmentations des prix des carburants haut de gamme pouvant atteindre 15 000 à 20 000 roupies – pourraient avoir des conséquences désastreuses.

L’intervention d’Araghchi, qui pourrait reproduire une dynamique d’instabilité similaire, présente le problème non comme un différend politique, mais comme une question de stabilité du régime face aux pressions économiques.

Le détroit d’Ormuz et le contrôle d’Internet

Les propos d’Araghchi sur le détroit d’Ormuz reflétaient également la volonté de Téhéran de maintenir son influence malgré les pressions. Il a déclaré que Téhéran coordonnait ses actions avec Oman concernant la gestion future de cette voie maritime stratégique et a insisté sur le fait que les navires transitant par Ormuz « doivent se coordonner avec la marine iranienne ».

Parallèlement, les tensions internes se répercutent sur d’autres domaines de la gouvernance, notamment le contrôle du cyberespace. Les médias d’État ont vivement critiqué le président Massoud Pezeshkian après la nomination de Mohammad Reza Aref à la tête de la gestion du cyberespace, au lieu d’assouplir les restrictions d’accès à Internet.

Le site web Entekhab, proche du pouvoir, a critiqué cette décision le 14 mai, tandis que Jahan Sanat l’a qualifiée, le 15 mai, de « mise en scène gouvernementale visant à perpétuer l’absurde farce d’Internet ». Des critiques ont averti que les restrictions d’internet paralysent les entreprises, les médias et la confiance du public dans un contexte d’instabilité croissante.

Un régime divisé sur sa survie

La conduite du régime avant et pendant la guerre de douze jours de juin 2025 et le conflit de quarante jours qui a suivi a révélé toute l’ampleur de cette angoisse existentielle. Malgré d’importantes pertes militaires et la mise en danger de la vie de hauts commandants et de dirigeants de premier plan, Téhéran a refusé tout repli visible. Pour le noyau dur du régime, préserver la dissuasion et afficher une attitude de défi sont restés essentiels pour maintenir le moral de ses forces de sécurité, de sa base idéologique et de ses réseaux de soutien.

Pourtant, les dissensions actuelles révèlent une conviction grandissante chez d’autres figures de l’establishment : une crise économique prolongée, la paralysie institutionnelle, le secret et la pression sociale pourraient déclencher le danger même qu’ils redoutent de l’intérieur. Le conflit interne à Téhéran ne porte donc pas sur la diplomatie en elle-même, mais sur la voie la moins susceptible de déclencher le pire cauchemar du régime : un nouveau soulèvement national convergeant avec les forces d’opposition organisées