jeudi, décembre 11, 2025
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La position intransigeante de Khamenei sur le programme nucléaire et la fragilité du régime iranien

La position intransigeante de Khamenei sur le programme nucléaire et la fragilité du régime iranien
Ali Khamenei prononce un discours à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Ebrahim Raïssi

Le 20 mai 2025, lors d’une cérémonie marquant le premier anniversaire de la mort de l’ancien président des mollahs Ebrahim Raïssi, le Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, a fait des déclarations contrversées sur le programme nucléaire du pays.

Ses propos, empreints d’une rhétorique agressive envers les États-Unis, ont instantanément ébranlé la confiance des marchés, provoquant une forte chute du rial et un plongeon de la Bourse de Téhéran, révélant la fragilité de l’économie du pays et la précarité du régime.

S’adressant à un auditoire composé notamment de membres de la famille de Raïssi et de responsables du régime, les propos de Khamenei sur les négociations nucléaires indirectes ont pris une tournure tranchante. « Ils [les Américains] devraient s’efforcer de ne pas dire de bêtises … dire que nous ne permettrons pas à l’Iran d’enrichir est une grave erreur.» Il a affirmé : « Personne n’attend la permission de qui que ce soit. La République islamique a sa propre politique, sa propre méthode, et elle poursuivra sa politique.»

Signalant peut-être le besoin de justifier cette approche conflictuelle auprès d’une opinion publique inquiète, il a ajouté qu’il expliquerait ultérieurement au peuple iranien « pourquoi les Occidentaux, les Américains et d’autres insistent tant sur l’interdiction de l’enrichissement en Iran ».

La réaction du marché aux propos de Khamenei n’a pas été celle de la confiance, mais d’une inquiétude immédiate. En quelques heures, le rial iranien, déjà malmené par les sanctions et la mauvaise gestion, a de nouveau plongé. Les rapports du marché libre ont montré que le taux de change du dollar américain, qui s’établissait autour de 81 795 tomans avant le discours, a fortement grimpé à plus de 83 675 tomans, certains chiffres dépassant même les 85 000 tomans.

La Bourse de Téhéran n’a pas fait mieux : son principal indice, le TEPIX, a plongé de 58 000 unités, soit une chute significative de 1,82 %, pour s’établir à 3,167 millions d’unités. Cette contagion financière s’est propagée aux métaux précieux : le prix d’une pièce d’or Emami aurait bondi de 1,11 million de tomans pour atteindre 72,495 millions de tomans, et celui d’un gramme d’or 18 carats aurait augmenté de 110 000 tomans. Ces conséquences économiques immédiates et drastiques témoignent d’un profond manque de confiance dans la direction prise par les dirigeants.

Cette instabilité économique auto-infligée s’est produite dans un contexte international marqué par des lignes rouges concernant les activités nucléaires de l’Iran. Les responsables américains, de l’ancien président Donald Trump au sénateur Marco Rubio en passant par le négociateur en chef Steve Witkoff, ont constamment affirmé que l’Iran ne pouvait être autorisé à enrichir de l’uranium. Witkoff, pas plus tard que le 18 mai 2025, soulignait que l’arrêt de l’enrichissement iranien constituait une « ligne rouge très claire » pour Washington, et que « nous ne pouvons autoriser ne serait-ce que 1 % de la capacité d’enrichissement ».

Les inquiétudes internationales sont également alimentées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont les rapports indiquent que l’Iran possède suffisamment d’uranium enrichi pour potentiellement alimenter plusieurs armes nucléaires s’il est traité jusqu’à atteindre une pureté de 90 %. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a récemment réitéré ses inquiétudes quant à l’accumulation par l’Iran d’uranium hautement enrichi sans activité pacifique spécifique, soulignant ainsi la trajectoire nucléaire de plus en plus isolée et douteuse du régime.

Dans son discours, Khamenei a également mis en doute les négociations très indirectes dans lesquelles son régime est engagé. Il a souligné que ces discussions se sont déroulées sous Raïssi « sans résultat », avant d’ajouter, de manière inquiétante : « Aujourd’hui encore, nous ne pensons pas qu’elles aboutiront à un résultat, et nous ignorons ce qui va se passer. »

Ce pessimisme affiché publiquement par la plus haute autorité, surtout lorsqu’il est contrasté avec les récentes déclarations de son propre vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, qui avait confirmé le même jour que l’Iran examinait une nouvelle proposition américaine pour un cinquième cycle de négociations, n’a fait qu’amplifier l’impression d’un régime en déroute.

Loin de projeter une image de force ou de défi résolu, le discours de Khamenei du 20 mai et ses suites immédiates ont mis en lumière les profondes vulnérabilités du régime iranien.

La décision de redoubler d’efforts publiquement dans une politique nucléaire controversée, au détriment direct et visible de la stabilité économique du pays, suggère un leadership de plus en plus acculé ou déconnecté des réalités auxquelles sont confrontés ses citoyens. La panique financière qui s’ensuit témoigne clairement d’une crise de confiance, indiquant que les déclarations idéologiques du régime ne suscitent pas le soutien populaire, mais la crainte d’un avenir économique déjà sombre, ébranlant encore davantage son emprise fragile.