Des sanctions globales, pas la guerre, freineront les extrémistes et enverront un message de soutien au peuple iranien, écrit Lord Fraser*
The Scotsman En août 2002, après 18 ans de tromperies sur son programme nucléaire clandestin, les mollahs ont été dénoncés par leurs principaux opposants. Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), dirigé par Maryam Radjavi, a révélé deux sites nucléaires secrets des mollahs pour enrichir de luranium et produire du plutonium dans les villes de Natanz et Arak.
Le coup de départ a été tiré dans la course entre les mollahs pour acquérir des armes nucléaires et loccident pour tenter de les empêcher. Comment ces mollahs retors ont-ils réussi à laisser loccident dans les starting blocks, alors quils sont pratiquement touché la ligne darrivée ?
Téhéran avait un plan de jeu rusé. Une fois son programme nucléaire révélé, le régime iranien sest lancé dans la dernière ligne droite vers les armes atomiques. Avec une population agitée, dont 94 % sont opposés aux mollahs, et pris en tenailles par les troupes de la coalition à ses frontières occidentales et orientales, les dirigeants de Téhéran voient dans les armes atomiques le seul moyen de maintenir leur pouvoir dans le pays et détendre leur intégrisme islamique hors des frontières iraniennes.
Pour achever leurs projets nucléaires, cependant, les mollahs savaient que le temps serait essentiel. Ils se sont donc embarqués dans une double politique étrangère. Dune part, les mollahs, négocient avec loccident en agitant la carotte de contrats commerciaux de milliards de dollars, et dun autre, ils tapent sur loccident avec le bâton du terrorisme, de la manière la plus efficace en Irak.
La réaction de loccident a été au mieux faible une politique de « complaisance » avec Téhéran, poursuivie avec ténacité par lUnion européenne. Ses partisans espéraient quen donnant au régime iranien des concessions et en lui offrant un éventail davantages, ils renforceraient les soi-disant modérés.
Cest ainsi que lUnion européenne a offert à lIran un accord de commerce et de coopération, et quelle a promis de soutenir la candidature de ce pays à lOrganisation mondiale du commerce.
LUE a aussi accédé à la demande de Téhéran de proscrire lorganisation des Moudjahidine du peuple dIran (OMPI), la plus grande organisation membre du CNRI.
Cet engagement, parfois qualifié de "complaisance", était bien sûr voué à léchec, parce quil reposait sur deux idées fausses fondamentales : tout dabord celle que le régime iranien est capable de modération et quil le veut. Ensuite, que le régime en Iran peut être convaincu dabandonner son programme nucléaire. Cette approche erronée a plongé le monde dans la crise que nous vivons.
Plutôt que de renforcer les soi-disant réformateurs et le processus de réforme en Iran, ce sont les radicaux qui ont pris le contrôle de tout. Le président de lIran parle désormais de détruire Israël et dune guerre finale entre le monde musulman et larrogance mondiale.
Les mollahs retors ont conclu toute une variété daccords avec lUnion européenne sur leur programme nucléaire, tout en sachant quils nauraient aucune intention den respecter les termes, seulement pour gagner du temps.
Mais même lorsque lIran viole ouvertement les accords signés avec lUE en août 2005, il a fallu huit mois à pour trouver le courage denvoyer le dossier iranien au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Et même là, le Conseil a publié une déclaration présidentielle le 29 mars 2006, donnant à lIran un nouveau délai de 30 jours pour se soumettre.
Quelle a été la réponse de lIran ? Il a identifié 29 sites aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne quil a menacé dêtre la cible des kamikazes si lIran était provoqué, et a testé son premier missile furtif capable de transporter des ogives multiples et un missile sous-marin capable de détruire des sous-marins et des navires de guerre.
Le 11 avril, le président Mahmoud Ahmadinejad sest targué de ce que lIran avait rejoint le club nucléaire en ayant complété son cycle du combustible avec lenrichissement de luranium. Qui plus est, la date limite davril étant passée, lAgence internationale de lénergie atomique a rapporté que lIran avait ignoré les demandes du Conseil de Sécurité de lONU et avait à la place accéléré son programme nucléaire.
Jai été dès le départ enthousiasmé par le dialogue et la complaisance avec Téhéran, mais je me suis repenti depuis. La complaisance a misérablement échoué et nous a amené au bord dune guerre potentiellement dévastatrice.
Cependant, la guerre nest pas une réponse, pas plus que la poursuite du statu quo. A la place, la solution aux menaces des mollahs pour la paix et la stabilité dans le monde repose fermement dans les mains du peuple iranien et de sa principale opposition.
Lépoque des négociations avec Téhéran est révolue. LOccident doit immédiatement adopter une politique vigoureuse vis-à-vis des mollahs en mettant en place des sanctions générales, notamment un embargo en pétrole, en armes et en technologie, le gel de ses avoirs à létranger et des restrictions de voyages aux autorités iraniennes.
Ce serait la première étape pour envoyer le bon message aux Iraniens qui souffrent depuis si longtemps, que nous sommes de leur côté et pas de celui de leurs oppresseurs. Le second pas serait de retirer la marque injuste de terroriste de lOMPI, supprimant par là même le plus grand obstacle à un changement démocratique en Iran.
* Lord Fraser of Carmyllie, Conseiller de la Couronne, a été conseiller juridique de la Couronne et procureur général dEcosse

