mercredi, novembre 30, 2022
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Le viol dans les prisons en Iran : La torture la plus cruelle

Kate AllenEn l’absence d’attention internationale, l’Iran continue de recourir au viol pour torturer les opposants politiques, écrit Kate Allen.

The Telegraph (Royaume Uni) 2 novembre – « … le viol ne se limite à un coup porté à une personne ; il s’agit d’un coup porté à toute une famille. Une victime ne se relève jamais d’un viol avec le temps. A chaque regard de son père, les blessures s’ouvrent à nouveau » – (Mme) Bahareh Maghami, une victime de viol en Iran en avril 2010.

Faisant écho à des rapports précédents de groupes de droits de l’homme, les médias britanniques ont récemment mis en avant le cas d’une jeune fille d’Iran, « Leyla » qui aurait été enlevée, détenue et violée par les forces de sécurité du pays parce que son fiancé était impliqué dans les manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle contestée en Iran l’an dernier.

C’est une terrible histoire qui n’est malheureusement pas unique. A la suite des manifestations postélectorales, les autorités iraniennes ont réprimé avec une sévérité étonnante tous ceux qui étaient perçus comme impliqués dans la critique du statu quo. Des milliers de personnes ont été arrêtées : étudiants, avocats, journalistes, syndicalistes et militants des droits humains ont tous été visés. Des centaines de personnes ont ensuite été jugées dans des « simulacres de procès » dont certains ont abouti à des exécutions. Mais au fur et à mesure que des personnes étaient libérées de détention, des détails sur les exactions, y compris le viol d’hommes et de femmes, se sont répétés inlassablement.

Les autorités iraniennes ont reconnu qu’il y avait eu quelques exactions au centre de détention de Kahrizak – d’où sont sortis d’anciens détenus avec des histoires de viol, de torture et de conditions effroyables menant au moins à trois morts – mais hormis cet exemple, la réaction du gouvernement iranien a été de rejeter et de réprimer toute autre allégation d’exaction.

Ebrahim Sharifi, un étudiant de 24 ans de Téhéran, a été arrêté par des agents de sécurité en civil en juin 2009 et détenu en isolement pendant une semaine avant d’être relâché. Il a dit à Amnesty qu’il avait été attaché, les yeux bandés et battu avant d’être violé. Il a aussi enduré de violents tabassages et des simulacres d’exécutions.

Quand il a voulu déposer plainte en justice, les agents de renseignement l’ont menacé lui et sa famille. Le juge de l’affaire lui a dit : « Tu as peut-être touché de l’argent (pour dire ça) … (et) si tu continues, tu le payeras sûrement en enfer. » La commission d’enquête judiciaire a annoncé que ses allégations de viol étaient fabriquées et politiquement motivées.

Deux membre de la milice du Bassidj soutenue par le gouvernement, et aujourd’hui e Grande-Bretagne, ont aussi aux médias britanniques avoir assisté à d s viols systématiques d’hommes et de garçons dans un parc de la ville de Chiraz dans le sud. D’autres membres du Bassidj avaient fait entrer de force un jeune et sans doute des garçons dans une série de conteneurs qui se trouvaient dans le parc, où les viols ont eu lieu. Les deux se sont plaints, y compris à leurs supérieurs, ce qui les a conduits à quitter l’Iran.

Les femmes en Iran ont souvent rapporté des insultes à caractère sexuel et des menaces de viol lancées contre elles. Zahra Kamali, une étudiante arrêtée en juillet 2009, a dit à Amnesty international que ses interrogateurs l’avaient narguée disant qu’elle voulait coucher avec d’autres hommes et lui ont fait des attouchements sur la poitrine. Elle a dit que sa codétenue, une militante des droits humains a été traitée de la pire manière : « Elle a dit que ses interrogateurs lui avaient branché des câbles sur les seins et déclenché des chocs électriques. Elle était si malade qu’elle s’évanouissait parfois dans la cellule ».

Ce sont les femmes qui sont discriminées le plus généralement par la loi iranienne – un témoignage de femme au tribunal vaut la moitié de celui d’un homme, par exemple. Les militantes qui font campagne pour les droits des femmes continuent d’être harcelées, intimidées et arrêtées. Amnesty fait campagne pour Ronak Safazadeh, une militante des droits des femmes emprisonnées pour cinq ans pour ce qui semble une accusation fabrique de toute pièce.

Tous les viols sont de graves atteintes aux droits humains. Mais l’exaction prend une signification de plus quand le violeur est une autorité publique. Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture a déclaré que le viol constitue une torture quand il est pratiqué par des autorités publiques ou se passe à leur instigation. Les instances internationales et régionales des droits de l’homme ont stipulé que le viol par des autorités relève toujours de la torture et ne peut être considéré comme un simple acte criminel.

Le recours au viol comme forme de torture (ou d’arme de guerre) n’est certainement pas unique à l’Iran. Mais cela ne signifie pas qu’il faille ignorer ces informations. Un examen attentif international plus important sur les droits de l’homme en Iran a été rejeté par le gouvernement : il n’a pas autorisé quelque huit rapporteurs de l’ONU sur les droits humains à visiter le pays et a utilisé les réunions de l’ONU pour démentir les rapports sur les violations des droits de l’homme.

La situation des droits de l’homme en Iran est devenue si affligeante qu’Amnesty International, Human Rights Watch et d’autres organisations ont appelé la semaine dernière le Secrétaire général de l’ONU à nommer son propre envoyé pour enquêter et faire un rapport sur la situation dans ce pays et rédiger un rapport plus détaillé sur les droits humains en Iran.

Tout ceci ne sera pas d’un grand réconfort pour ceux qui ont été mentionnés comme Leyla, Ebrahim et Zahra. Mais la communauté internationale doit assurer, pour leur sécurité et celle d’innombrables autres Iraniens, que l’attention portée sur l’Iran ne soit pas uniquement restreinte à ses installations nucléaires mais aussi aux droits humains de son peuple.

Kate Allen est la directrice d’Amnesty International en Grande-Bretagne

 

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