
Dans le cadre de l’un des mouvements de protestation les plus soutenus et coordonnés au sein du système pénitentiaire iranien, des prisonniers politiques et idéologiques de 56 établissements pénitentiaires à travers le pays ont entamé une grève de la faim le mardi 2 juin 2026, marquant la 123e semaine consécutive de la campagne des Mardiq contre les exécutions en Iran.
Selon les communiqués publiés par la campagne, cette grève coordonnée a eu lieu malgré la pression croissante des autorités judiciaires et des services de renseignement. Ces dernières semaines, les responsables des prisons auraient intensifié les menaces, les interrogatoires, les mesures disciplinaires et les privations de droits fondamentaux pour briser le mouvement. Cependant, les organisateurs indiquent que la grève n’a fait que s’amplifier, ralliant chaque semaine un nombre croissant de détenus.
Répression croissante face à une société explosive
Dans leur manifeste de cette semaine, les organisateurs de la campagne ont établi un lien direct entre la récente augmentation des condamnations à mort et l’aggravation de la crise économique et du profond malaise social qui règne dans le pays suite aux récentes manifestations antigouvernementales, notamment celles de janvier dernier.
Depuis 123 semaines consécutives, des prisonniers iraniens profitent de leurs grèves de la faim du mardi pour dénoncer les exécutions, la répression et le déni de procédure régulière.
Le communiqué précise : « Face à des crises sans issue et cherchant désespérément à empêcher l’explosion de la colère populaire et l’étincelle d’un nouveau soulèvement, le régime refuse de mettre un terme à sa machine répressive et à ses exécutions… L’État tente d’utiliser la peine de mort pour instiller la peur et prévenir de nouvelles vagues de protestations populaires.»
Les prisonniers grévistes ont souligné que les exécutions ne constituent pas une solution aux crises structurelles que traverse le pays, mais bien un instrument de terreur d’État, et ont juré de ne pas se taire.
Exécutions, condamnations à mort et exécutions extrajudiciaires
La 123e déclaration de la campagne a mis en lumière plusieurs cas récents d’exécutions, de nouvelles condamnations à mort et de répression sanglante contre des dissidents politiques :
- Raid meurtrier contre les frères Yarsani : Mojtaba et Meysam Veisi, deux frères kurdes de la minorité religieuse Yarsani, ont été tués lors d’un raid du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) contre leur refuge. Les frères vivaient cachés depuis qu’ils étaient pris pour cible en raison de leur participation aux manifestations de janvier.
- Exécutions récentes : Ashkan Maleki et Mehrdad Mohammadinia, deux prisonniers politiques arrêtés lors des troubles de janvier 2026, ont été pendus lundi à la prison de Ghezel Hesar à Karaj.
- Condamnations à mort confirmées : La condamnation à mort de la prisonnière politique Zahra Tabari, détenue à la prison de Lakan à Rasht, a été confirmée. Par ailleurs, la 26e chambre du Tribunal révolutionnaire, présidée par le juge Afshari, a condamné à mort Raouf Sheikh-Maroofi et Mohammad Faraji (originaires de Bukan), Benjamin Naqdi (détenu lors des manifestations de janvier) et deux frères, Hassan et Hossein Amiri. Les organisateurs ont averti que de nombreux autres prisonniers, dont les noms n’ont pas été divulgués, sont menacés d’exécution imminente.
Appel international et répartition géographique de la grève
Les membres de la campagne des Mardis contre les exécutions ont conclu leur déclaration par un appel urgent à la population iranienne, à leurs codétenus et à la communauté internationale. Ils ont exhorté les organisations internationales de défense des droits humains à prendre des mesures immédiates et efficaces pour mettre fin à ces « exécutions extrajudiciaires et brutales perpétrées sans procédure régulière ».
La grève de la faim a touché 56 centres de détention à travers l’Iran, notamment la prison d’Evin (quartiers des hommes et des femmes), Ghezel Hesar, la prison du Grand Téhéran, Qarchak, Adelabad à Shiraz, Dastgerd à Ispahan, Sheiban à Ahvaz et les prisons centrales de Zahedan, Mashhad, Tabriz, Urmia et Sanandaj, parmi des dizaines d’autres.

