jeudi, février 2, 2023
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Le droit de résister face aux régimes dictatoriaux, comme celui de l’Iran ‘ Jean-Pierre Brard

CNRI – « La communauté internationale historiquement a reconnu le droit de résister face aux régimes dictatoriaux, faire face, résister, avec les moyens dont on dispose, est légitime. On ne peut pas mettre sur la même voie des actes commis par une dictature et des actes pour s’opposer aux agents d’une dictature. Et ce droit de résister est inscrit dans le préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme », a souligné le député maire de Montreuil, Jean-Pierre Bard qui intervenait lors d’une conférence sur la peine de mort en Iran, à la Maison de la Chimie à Paris le 5 octobre, à l’initiative du Comité français contre les exécutions en Iran.

 

Il était entouré de juristes et de défenseurs des droits de l’homme, comme le Bâtonnier Gilles Paruelle, Mgr Jacques Gaillot, le Dr Saleh Radjavi représentant du CNRI en France, Me Daniel Jacoby ancien président de la FIDH, Me Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH, Pierre Bercis, président des Nouveaux Droits de l’Homme, Mme Anissa Boumediene,  écrivain et islamologue, et Me Reza  Rohani, président de la commission des Minorités au CNRI.

Voici un extrait de son intervention :

Evidemment le film que nous avons vu est terrible. Je sus le maire d’une ville où la solidarité face à la barbarie et la dictature n’est pas d’aujourd’hui. Nous avons soutenu les anti nazi, nous les avons cachés. Nous avons soutenus les anti mussoliniens, nous les avons cachés. Nous avons eu, jusqu’à la chute de la dictature franquiste, cachées dans notre ville les commissions ouvrières, les syndicats clandestins qui combattaient Franco. Et nous avons caché jusqu’au bout Alvaro Cunhal, le secrétaire  général du parti communiste portugais qui évidemment ne s’appelait pas chez nous Alvaro Cunhal mais qui portait un autre nom.

Je pense que nous, fils et filles de la révolution française, il ne nous suffit pas de communier, si vous me permettez ce termes religieux, je suis tout à fait laïque, de communier dans le respect de ces valeurs qui forment notre identité, il n’est pas de valeur qui reste platonique et il faut pratiquer et il faut donc des actes concrets. La communauté internationale historiquement a reconnu le droit de résister face aux régimes dictatoriaux, faire face, résister, avec les moyens dont on dispose, est légitime. On ne peut pas mettre sur la même voie des actes commis par une dictature et des actes pour s’opposer aux agents d’une dictature. Et ce droit de résister est inscrit dans le préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme qui a été approuvée  le 10 décembre 1948 par l’AG de l’ONU. Je rappelle ce que dit la déclaration : il est essentiel que le droit de l’homme soit protégé par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraints en suprême recours à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. Et ce rappel au droit international dont les Etats sont coutumiers, devrait être systématique, si les citoyens puissent préserver et acquérir le droit à la liberté de pensée, d’expression ou encore à la liberté d’assemblée. Quand ces droits élémentaires sont niés, la résistance devient le seul recours de ceux dont les droits ont été violés. Et dans notre pays, le mot de résistance doit signifier quelque chose.

J’ai été frappé par ce jeune qui dit au revoir, qui va mourir. Il sait pourquoi il va mourir, il sait qu’il ne va pas échapper au supplice, mais il assume parce qu’il sait que son sacrifice ne sera pas vain. On parle beaucoup de Guy Moquet en ce moment. Dans ma ville j’ai eu un jeune de l’âge de Guy Moquet et qui avait 17 ans et qui a fait partie des 27 avec Guy Moquet qui ont été fusillés. Et on pense à d’autres, à Jean-Pierre Thimbault, qui au moment où il allait être fusillé par les nazis, à l’instant où il avait les soldats face à lui et les fusils qui allaient le tuer, leur a dit une dernière chose avant de s’effondrer sous les balles des nazis.

Dans notre pays, je pense que si on sait faire la liaison entre le combat qui est mené contre la dictature des mollahs et les combats qui ont été menés chez nous, il est possible d’élargir le soutien.

Parce que votre combat n’est pas bien connu encore. Il a été obscurci par des campagnes d’opinion, y compris l’inscription sur la liste des organisations terroristes. Notre résistance contre le nazisme chez nous et le gouvernement de Vichy est l’illustration de l’application de ce droit sacré à résister. Et le régime d’Ahmadinejad est un régime barbare qui peut être combattu.

J’ai le sentiment que parfois il en fait trop, par exemple quand il est allé à l’université Columbia aux USA. Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée de l’avoir invité. Parce que évidement on sait comment fonctionne les dictatures. Il y avait des gens des médias iraniens j’imagine qui n’ont pas du tout rendu compte du débat mais qui ont montré qu’il était accueilli dans une université qui est célèbre et qu’il avait un soutien à l’étranger y compris d’intellectuels. Donc il ne fait pas permettre des actes comme cela.

En même temps il ne faut pas pactiser. Je suis très frappé en ce moment on parle beaucoup de la Birmanie. Les journalistes y vont nombreux mais ne se risquent pas l’aller à Rangoon mais vont prudemment à la frontière, en attendant que quelqu’un la franchisse pour recueillir les dernières impressions.

Comme vous le savez, comme en Iran, Total a des intérêts puissants et toutes ces affaires ont évidemment une odeur de pétrole.  Les valeurs de ces gens là ne sont pas au Panthéon mais sont dans les bourses et leur idole c’est le veau d’or. Celui que pour adorer, on n’hésite pas à sacrifier les libertés. Et peut être vous a-t-il échappé qu’à propos de la Birmanie depuis quelques jours on ne parle plus de Total. Que s’est-il passé? Je ne veux pas outrager Mgr Gaillot, mais était-ce une manifestation du St Esprit? Pas du tout c’est une intervention de l’Elysée, parce qu’il avait été demandé le retrait de Total et on ne demande plus le retrait de Total de Birmanie et parce qu’on échange ses convictions contre des pétro-dollars. Il n’y a pas de doute. Qui peut nier que pour l’Iran c’est la même chose? Et on sait bien que la contrepartie de la présence de Total  en Iran, c’est une tolérance certaine vis-à-vis du régime dictatorial et les pressions contre ceux qui le combattent et les Moudjahidine du peuple sont bien placés pour savoir de quoi il s’agit.

Comme toutes les dictature, elle s’attaque à l’ennemi intérieur. Ce n’est pas nouveau. Mais ce qui montre qu’il est en difficulté, ce régime, c’est l’exhibition de la cruauté dans les châtiments qui sont infligés au peuple iranien. Et l’opinion internationale en est même incrédule. Toutes ces pendaisons publiques ou en groupe par exemple, ou en série, exactement comme dans les camps de concentration nazi et les nazi avait le souci du rendement dans la multiplication de la mort. Je crois que c’est le bâtonnier ou Pierre Bercis qui a parlé de la guerre.  Faire la guerre avec la peau des autres c’est un exercice assez aisé et certains ne se privent pas de le pratiquer. Je pense que de la part des Moudjahidine du peuple, c’est extraordinairement responsable de dire pas d’intervention étrangère ou militaire. On sait sinon comment ça finit. Et si l’on veut que ce régime barbare puisse se victimiser et enfin de compte essaie de reconstituer une certain de solidarité autour de lui, c’est que l’intervention étrangère, la guerre c’est la meilleure solution. On voit hélas de tristes exemples y compris à la frontière iranienne. Et comme vous l’avez dit, la première victime sous les bombes ce ne sera pas Ahmadinejad, ce sera les Iraniens qui eux n’ont pas de quoi se protéger  (…)

Pour ma part je reste convaincu que c’est en soutenant sous toutes les formes adéquates, chacun à sa manière et dans tous les lieux pertinents – moi j’ai l’assemblée nationale et puis j’ai ma ville et puis pour d’autres c’est d’autres formes. Il est très important de multiplier le soutien au mouvement d’opposition. C’est comme ça que la dictature franquiste a été isolée et que la dictature de Salazar, il y a eu une sorte de conjonction entre la résistance intérieure dans des formes extraordinairement difficiles et intelligentes et le soutien extérieur qui a fini par faire tomber le régime. Et rappelez-vous le régime d’apartheid, l’isolement relatif. D’ailleurs qui était en Afrique du sud du temps de l’apartheid ? Total ! On retrouve toujours les mêmes, qui avait toujours les mêmes soutiens avec des positions complètement schizophrènes au sens cynique. Une schizophrénie parfaitement gérée. On a un discours publique parce qu’on ne veut pas affronter son opinion publique et on a une pratique qui renforce ceux qu’on prétend combattre. C’est ce qui passé en Afrique du sud, mais là encore la convergence du combat difficile à l’intérieur et de la solidarité internationale est venu à bout de la dictature. Et c’est au sein du peuple iranien que sont les forces principales pour venir à bout de cette horrible dictature, tant il est vrai qu’historiquement une dictature n’est jamais parvenue à s’imposer durablement à un peuple qui a décidé de vivre debout.

Mais c’est clair qu’avec toutes ces barbaries il est important d’abréger ces souffrances pour la démocratie, pas la démocratie d’importation, mais la démocratie dans les formes décidées par le peuple iranien conformément à son histoire plurimillénaire. J’espère que je réussirai à entraîner d’autres collègues dans l’expression et dans le soutien au combat courageux que vous menez; jusque là où chacun et chacune souhaitera s’engager mais à chaque petit pas, c’est déjà une petite évolution du rapport de force absolument nécessaire à l’évolution de la situation.

 

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