AccueilActualitésActualités: Iran RésistancePourquoi St Andrews doit baisser la tête de honte

Pourquoi St Andrews doit baisser la tête de honte

La plus vieille université d’Ecosse a fait une erreur en décidant d’accorder à titre honorifique à l’ancien président de l’Iran un titre universitaire, selon Lord Russel-Johnston.
 
The Scotsman, 27 octobre – Mardi, Mohammad Khatami, ancien président d’Iran, doit se rendre à l’Université de St Andrews où il doit se voir conférer le titre universitaire honorifique de Docteur en Droit. A mes yeux, cette décision est extrêmement et profondément honteuse. Il semble qu’il s’agisse d’un privilège accordé à l’ancien ambassadeur iranien en France en contrepartie d’un don de 12 000 ouvrages, dont la valeur est estimée à plus de 100 000£, à l’institut des études iraniennes.

Il est évident que je ne suis pas contre la mise en place à St Andrews d’un institut dont le but est d’étudier et d’informer les gens sur la richesse de l’histoire de la culture perse, mais pourquoi l’associer à cette dictature théocratique cruelle qui inflige actuellement tant de malheurs à tous les citoyens iraniens ?

Selon moi, le fait que la plus ancienne université écossaise agisse de la sorte défie la raison. Une université, par définition, est une institution croyant à la liberté d’expression, à l’ouverture et à la tolérance. Toutefois St Andrews est sur le point de faire honneur à un homme directement impliqué, en juillet 1999 alors qu’il était président, dans la répression des manifestations pacifiques des étudiants contre le gouvernement. A l’aube, des descentes de police dans les campus universitaires avaient fait deux morts parmi les étudiants, des centaines de blessés et des milliers de prisonniers.

Certains étudiants incarcérés ont été torturés et un grand nombre sont restés en prison dans des conditions horribles. Ahmad Batebi est l’un d’entre eux ; il a été plus tard fait vice-président honoraire de l’Union nationale des étudiants en reconnaissance de son courage dans sa résistance au régime. Son camarade étudiant Akbar Mohammadi est décédé en prison à la fin du mois de juillet de cette année, après avoir enduré sept années d’emprisonnement et de torture. Amnesty International a déclaré : « Akbar Mohammadi et d’autres étudiants ont été condamnés à mort en septembre 1999 à la suite d’un procès manifestement inéquitable. Il a été violemment torturé alors qu’il était en détention incommunicado ; son droit à une représentation en justice lui a été retiré ainsi que tout contact avec sa famille ». Ceci explique l’opposition catégorique de l’Union nationale des étudiants à cette visite et, selon moi, rend le soutien des étudiants de St Andrews inexplicable. 

Khatami a déclaré publiquement que seuls ceux qui avaient derrière eux des années de formation religieuse et de foi dans le pouvoir du régime iranien avaient le droit d’avoir une activité politique. Il a également décrit les films comme étant plus dangereux pour la Révolution islamique que la drogue et la télévision satellite comme étant une faille par laquelle la culture étrangère pouvait pénétrer dans la société iranienne.

La situation des femmes en Iran est un énorme problème pour chaque personne qui se soucie des droits humains. Selon les médias officiels du régime iranien, parce qu’ils n’en font aucun secret, sous le mandat présidentiel de Mohammad Khatami, environ 27 femmes ont été lapidées. Est-ce à ce genre de personne que St Andrews veut faire honneur ?
 
Un nombre tellement important d’événements se produisent chaque jour dans le monde que beaucoup ont peut-être oublié la pendaison en public en Iran il y a seulement deux ans d’une jeune fille de 16 ans, Atefeh Rajabi, qui a scandalisé la communauté internationale pendant le mandat présidentiel de Khatami. Elle était accusée d’avoir commis « des actes incompatibles avec la chasteté », et ce parce qu’elle s’était plainte qu’un commandant des gardiens de la révolution de 51 ans l’avait violée à plusieurs reprises. Le juge qui l’a condamnée à mort lui a personnellement mis la corde autour du cou.

C’est également pendant le mandat présidentiel de Khatami, que Zahra Kazemi, photographe en free-lance d’origine iranienne et citoyenne canadienne, a été arrêtée devant la fameuse prison d’Evine en Iran en juin 2003. Quelques jours plus tard, elle était morte. Un ancien médecin militaire qui a quitté l’Iran depuis a déclaré avoir examiné le corps de Kazemi et avoir observé des traces évidentes de torture et de viol.

Khatami est parfois qualifié rapidement par la presse de « modéré » comparé au président actuel Mahmoud Ahmadinejad. Ceci est relativement plausible mais son histoire personnelle n’indique aucune modération ni aucune touche de libéralisme. Il est au cœur du régime depuis que l’ayatollah Khomeiny a pris le pouvoir et a décidé parmi d’autres en 1988 l’exécution de 30 000 prisonniers politiques, acte absolument effroyable pour lequel il n’a jamais exprimé aucun regret.

Son mépris des droits fondamentaux de la liberté de parole et d’expression a éclaté lorsqu’il a déclaré concernant la fatwa contre Salman Rushdie : « Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, doit être exécuté en accord avec les termes de la fatwa religieuse délivrée par Son Eminence l’Imam Khomeini. Il ne peut échapper à cette fatwa… » (quotidien Kayhan – 7 mars 1989). Khatami a répété en novembre 1997 à la télévision nationale iranienne  sa position sur la liberté d’expression alors qu’il était président : « Seuls ceux qui ont foi en l’islam et dans le gouvernement ont le droit d’exercer une activité politique et de vivre en Iran ».
 
Je suis fier qu’à l’époque où j’étais président de l’Assemblée du Conseil d’Europe, le conseil est devenu une zone absente de peine capitale. Cependant, les exécutions constituent une activité régulière pour le régime dirigé encore il y a peu de temps par Khatami. Pendant les trois mois de cet été, 66 prisonniers ont été pendus en Iran, et 45 d’entre eux en public. L’événement le plus choquant a été l’exécution de délinquants juvéniles. Dix enfants ont été exécutés pendant le mandat présidentiel de Khatami, et cinq autres depuis le mois d’août 2005.

Au moment où, en réponse au soutien au terrorisme dans le Moyen-Orient du régime iranien et à son attitude de défi vis-à-vis de la communauté internationale concernant ses programmes nucléaires, le Conseil de Sécurité des Nations Unies envisage des sanctions, dont l’imposition d’interdictions de voyager pour les hauts responsables iraniens, le voyage de Khatami en Grande-Bretagne est on ne peut plus malvenu et St Andrews devrait retirer son invitation.

Aux côtés de 20 parlementaires, j’ai signé une lettre rédigée à l’initiative de Lord Corbett of Castle Vale à Dr Brian Lang, recteur de l’université, lui recommandant fortement de retirer l’invitation.

Lord Russel-Johnston est membre du parti libéral démocrate et ancien président du Conseil de l’Europe.