
Reza Olia, sculpteur d’origine iranienne dont les bronzes de martyrs politiques, de résistants et de manifestants tués sont devenus de puissants symboles du mouvement pro-démocratie iranien en exil, est décédé le jeudi 9 juillet 2026 en Italie. Il avait 87 ans. Son décès est dû à des complications d’une maladie rénale, selon le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dont il était membre depuis 1995.
Pendant plus de soixante ans, à travers deux dictatures et d’innombrables actes de terreur d’État, M. Olia a pratiqué un art unique, véritable acte de résistance. Dans son atelier de Fiano Romano, ville médiévale située à une quarantaine de kilomètres au nord de Rome, il réalisait en bronze les portraits des victimes de la dictature cléricale, exécutées ou torturées, et de celles qui avaient résisté. Chaque statue était un refus de laisser le régime écrire l’histoire.
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris la disparition en Italie de Maître Reza Olia, peintre, sculpteur et éminente figure de la lutte et de l’art en Iran, qui s’est éteint ce jeudi 9 juillet.
J’adresse mes plus sincères condoléances au président et aux membres du… pic.twitter.com/dbVMpguUMb
— Maryam Radjavi (@Maryam_Rajavi_F) July 9, 2026
Parmi ses sujets, on compte Neda Agha-Soltan, tuée lors des manifestations iraniennes de 2009, Navid Afkari, le lutteur exécuté en 2020, Reyhaneh Jabbari et Baktash Abtin, le poète dissident mort en prison. Il réalisa également des bustes de résistants iraniens tombés au combat, notamment celui de Mohammad Hanifnejad, fondateur de l’Organisation des Moudjahidines du peuple.
L’art de M. Olia ne se limita jamais à des considérations locales. Fiano Romano lui commanda un bronze d’Enrico Berlinguer. Il créa également des monuments aux martyrs partisans italiens et un buste de Danielle Mitterrand, militante française des droits de l’homme.
The International Gold Medal Of The Artists’ House Granted To Reza Olia
n Friday, April 13th, the #Italian Artists’ House awarded the International gold medal of the Artists to Mr. Reza Olia, sculptor and artist and a member of the NCRI. https://t.co/ZpfgzU0qtV #Iran pic.twitter.com/9ShA9NsosC— NCRI-FAC (@iran_policy) April 20, 2018
Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI, qualifia M. Olia d’« exemple rare et exceptionnel d’artiste engagé dont le nom restera gravé dans l’histoire de l’art iranien ».
Fils de peintre
Né à Téhéran en 1939, M. Olia grandit dans un foyer imprégné d’art. Son père, Mahmoud Olia (1899-1961), était un peintre renommé et un pionnier de l’impressionnisme iranien – un élève de prédilection de Kamal-ol-Molk, le père de l’art moderne iranien. Reza apprit à dessiner et à travailler l’argile avant même de savoir lire couramment.
Après des études à l’École des Beaux-Arts de Téhéran, il partit pour Rome en 1959. À l’Académie des Beaux-Arts, il obtint son diplôme de sculpture en 1964 auprès de Pericle Fazzini, puis, en 1965, un diplôme de peinture auprès de Renato Guttuso, figure emblématique du réalisme social italien. Une série d’expositions suivit à travers l’Italie et l’Europe tout au long des années 1970 et 1980.
Entre deux régimes
En 1968, M. Olia retourna enseigner à la Faculté des Arts décoratifs de Téhéran. Cependant, après avoir publiquement exprimé son désaccord avec le gouvernement du Shah concernant les techniques de restauration employées à Persépolis, il retourna en Italie. Il s’installa définitivement à Fiano Romano et obtint l’asile politique, ne retournant jamais en Iran.
Lors de la fondation du CNRI à Paris en 1981, M. Olia fut parmi les premiers à se rallier à sa cause. Il devint la figure culturelle la plus marquante du mouvement en Italie, utilisant son art pour maintenir la lutte iranienne visible aux yeux de la société européenne.
Le 16 mars 1993, Mohammad Hossein Naghdi, représentant du CNRI en Italie, fut assassiné à Rome par des agents du régime. Suite à cet assassinat, le gouvernement italien plaça M. Olia sous protection d’État – une protection qui l’accompagna jusqu’à la fin de sa vie. Il poursuivit son œuvre sans jamais atténuer son message.
L’Art de témoigner
Son œuvre considérable comprend des pièces conservées au Museo dei Bozzetti de Pietrasanta et au musée de la Résistance iranienne. En 2018, il reçut la Médaille d’or internationale de la Casa degli Artisti de Rome, une distinction qu’il dédia entièrement aux prisonniers politiques de son pays.
.@elizamparutti: All western governments must engage in dialog with the opposition to the regime, particularly the NCRI. They have fought for 40 years. The Italian government must recognize the NCRI. #IranRevolution https://t.co/M1Xc8qug2r
— NCRI-FAC (@iran_policy) December 7, 2022
Outre la sculpture, M. Olia est l’auteur de « Filles d’Iran », un ouvrage documentant la résilience des femmes prisonnières politiques, et de « Bronze et Refuge », un récit autobiographique en italien retraçant ses cinquante années d’exil.
M. Olia appartenait à une lignée artistique et morale difficilement égalable. Il a mis son immense talent au service non pour la gloire, mais pour donner une forme immortelle aux personnes que son gouvernement voulait faire oublier au monde. Reza Olia laisse derrière lui l’œuvre de sa vie et la cause qu’il a défendue.

