
Pour sa 77e semaine consécutive, la campagne des Mardis contre les exécutions – un mouvement populaire sans précédent issu des prisons iraniennes – a connu une expansion significative avec l’adhésion de la prison de Yazd à la manifestation. Cela porte à 48 le nombre de prisons participantes, soulignant une vague croissante de résistance contre l’utilisation croissante de la peine de mort par le régime iranien comme outil de répression politique et d’intimidation sociale.
La campagne, menée par les prisonniers eux-mêmes et soutenue par les familles de condamnés à mort et les personnes en quête de justice à travers l’Iran, continue de remettre en question la normalisation des exécutions par le régime. Ces dernières semaines, le régime a intensifié son recours à la peine capitale, ciblant souvent les prisonniers politiques et idéologiques, notamment ceux issus de minorités ethniques.
Prisonniers politiques menacés d’exécution imminente
La dernière vague de répression a vu trois prisonniers politiques – Farshad Etemadi-Far, Masoud Jamei et Alireza Mardasi – condamnés à mort à deux reprises par la première chambre du tribunal révolutionnaire d’Ahvaz. Parallèlement, les prisonniers politiques arabes Ali Mojaddam, Moein Khanfari et Mohammadreza Moghaddam ont été transférés à l’isolement, suscitant de vives inquiétudes quant à leur possible exécution secrète. L’absence totale de communication concernant leur état a intensifié les craintes de leurs familles et de leurs défenseurs, soulignant le recours persistant du régime aux disparitions forcées.
La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits de l’homme en Iran, Mme Mai Sato, a exprimé sa vive inquiétude quant au sort des prisonniers arabes ahwazis et a appelé la communauté internationale à s’exprimer avant qu’il ne soit trop tard. « Ces avertissements doivent se traduire par des actions concrètes et collectives », a déclaré la campagne, soulignant l’urgence de mettre un terme aux exécutions autorisées par l’État.
Déni systématique des droits légaux
Conséquence d’un nouveau coup porté à l’État de droit : les demandes de nouveau procès de deux prisonniers politiques condamnés à mort, Mehdi Hasani et Behrouz Ehsani, ont été rejetées pour la quatrième fois. Leurs dossiers restent confidentiels, privant même leurs représentants légaux d’accès à des informations cruciales, en violation flagrante des garanties procédurales et des normes internationales.
Le mois de Tir en Iran (qui a débuté le 21 juin) a été marqué par une augmentation alarmante des exécutions : au moins 44 personnes, dont une femme, ont été pendues à ce jour, soit une moyenne de deux exécutions par jour. Deux d’entre elles ont eu lieu sur des places publiques dans les villes de Miandoab et de Bukan, des scènes largement perçues comme visant à semer la peur dans un contexte de montée du sentiment anti-régime.
« Ces exécutions publiques ne sont pas seulement médiévales dans leur pratique, elles constituent aussi une démonstration de force désespérée du régime, alors qu’il est confronté à des crises sur plusieurs fronts », peut-on lire dans le communiqué hebdomadaire de la campagne.
Un réseau carcéral national de protestation
Malgré les pressions croissantes, la campagne des mardis contre les exécutions continue de prendre de l’ampleur et de gagner en détermination. Des détenus de 48 établissements, dont des institutions prestigieuses comme Evin, Ghezel Hesar, le Grand Téhéran et maintenant Yazd, ont rejoint la grève de la faim et la manifestation symbolique. Les prisons participantes couvrent presque toutes les régions du pays, du Kurdistan et du Khouzistan à Téhéran et Fars, formant un réseau national de résistance qui défie les tactiques de muselage du régime.
La liste complète des prisons participantes au 15 juillet 2025 comprend des établissements majeurs dans des provinces telles que Téhéran, Ispahan, Ahvaz, Kermanshah, le Kurdistan, Fars et maintenant Yazd.
Appel à l’action
La déclaration hebdomadaire de la campagne s’achève par un appel puissant au peuple iranien :
« Noble peuple d’Iran, votre protestation peut révéler le visage criminel de ce régime et faire entendre la voix de ses victimes. Nous appelons chacun à être solidaire des familles des condamnés et à transformer chaque acte d’intimidation de l’État en un moment de résistance collective.»
Le mouvement des mardis contre les exécutions en Iran, qui approche de son 18e mois, représente l’une des contestations les plus persistantes et les plus organisées du système d’exécution iranien. En gagnant en force et en visibilité, il envoie un message clair : le peuple ne restera pas silencieux face à l’injustice, même derrière les murs des prisons.

