
Alors que le régime iranien est confronté à une opposition interne croissante et à des pressions géopolitiques, l’establishment au pouvoir intensifie son contrôle sur les infrastructures numériques et les échanges en ligne. Des mesures que les analystes considèrent comme des éléments d’une stratégie de survie plus vaste plutôt que comme de simples mesures de sécurité nationale.
La nouvelle volonté du régime de créer un « Internet national » est publiquement présentée comme un mécanisme de défense contre les cyberattaques étrangères et les vulnérabilités en temps de guerre. Les responsables affirment qu’isoler l’infrastructure Internet iranienne du réseau mondial réduirait les menaces extérieures et garantirait la continuité des services essentiels en temps de crise. Cependant, les experts en sécurité contestent ce discours, évoquant la persistance des cyberattaques, même après la coupure des réseaux internes lors des récents conflits. Les piratages informatiques ciblant l’industrie sidérurgique iranienne, les installations nucléaires et même la tristement célèbre prison d’Evin suggèrent que se déconnecter de l’internet mondial ne garantit pas l’immunité.
Au cœur de cette politique se trouve la promotion d’outils de contournement des sanctions imposées par l’État, en remplacement des VPN traditionnels. La dictature cléricale insiste sur le fait que les VPN créent des failles de sécurité, mais ses détracteurs affirment que c’est la censure et le monopole imposés par l’État sur les communications qui poussent les utilisateurs à adopter des pratiques dangereuses. L’ironie est évidente : alors que le régime accuse les VPN de compromettre la sécurité, il pousse les utilisateurs à se fier à des applications obscures, approuvées par le gouvernement, souvent accusées de surveillance et d’exploitation des données.
Les preuves de surveillance de masse et d’interception de données sur les plateformes nationales érodent encore davantage la crédibilité de l’État. Plusieurs applications de messagerie iraniennes ont non seulement admis surveiller les messages des utilisateurs, mais ont également justifié cette pratique par un « contrôle moral ». La faiblesse du chiffrement, les antécédents de violations et le respect des exigences des agences de sécurité ont alimenté une méfiance généralisée parmi les Iraniens, notamment dans un contexte d’inquiétudes pour leur sécurité personnelle et de répression. Au-delà du contrôle interne, les efforts numériques de l’Iran s’étendent à l’étranger. Un rapport du cabinet d’analyse Cyabra a révélé que plus de 1 300 faux comptes, auparavant impliqués dans les débats sur l’indépendance de l’Écosse, ont refait surface pendant et après le récent conflit irano-israélien de 12 jours. Ces comptes se sont tournés vers une nouvelle mission : promouvoir le « modèle de résistance » iranien, tourner en dérision les dirigeants occidentaux et légitimer l’agression régionale de la dictature cléricale. Leur activité coordonnée a été interrompue lorsque les infrastructures iraniennes ont été touchées, pour reprendre une fois les services rétablis – une preuve supplémentaire, selon les analystes, de l’orchestration étatique.
Au cœur de ces contrôles numériques agressifs se cache une peur profonde : le soulèvement du peuple iranien. La dictature cléricale comprend qu’un accès illimité à l’information permet aux citoyens de découvrir la vérité sur la corruption systémique, la violence d’État et les échecs du régime. Cela leur permet d’entrer en contact avec la Résistance organisée, de partager leurs expériences de répression et de coordonner des manifestations dans toutes les villes et toutes les classes sociales.
Cette crainte d’un public informé et connecté, capable de se mobiliser massivement, est le véritable moteur de la répression des libertés numériques par le régime. Chaque pare-feu, chaque application approuvée par l’État et chaque campagne menée par des robots informatiques visent en fin de compte à retarder le moment où les Iraniens, forts de leur vérité et de leur unité, reprendront le contrôle de leur avenir.
Les experts avertissent que ce qui est visible – outils de censure soutenus par l’État, armées de robots informatiques et projets internet nationaux – n’est que la surface d’un dispositif plus vaste, construit pour consolider le pouvoir dans un environnement de plus en plus instable. L’autoritarisme numérique iranien, affirment-ils, reflète non pas la confiance, mais le désespoir : un régime replié sur lui-même et attaquant l’extérieur, luttant pour préserver son emprise sur une société agitée et explosive.

