
Des prisonniers dans 55 établissements pénitentiaires entament une grève de la faim face à l’accélération des exécutions et à l’extension des condamnations à mort contre les détenus politiques par le régime iranien
La campagne des mardis Non aux exécutions en Iran entame sa 99e semaine consécutive. Mardi 16 décembre, des détenus ont lancé des grèves de la faim coordonnées dans 55 prisons du pays. Cette campagne coïncide avec la Journée internationale de la réconciliation, soulignant ce que les prisonniers perçoivent comme le rejet catégorique, par le régime, de la justice, du dialogue et de la guérison sociale.
Dans leur dernière déclaration, les détenus établissent un contraste saisissant entre l’appel international à la réconciliation et le recours croissant aux exécutions en Iran comme instrument de répression. La déclaration affirme :
« La réconciliation est impossible sans vérité et justice, et l’exécution est la négation de la justice et le déni absolu de toute possibilité de réconciliation sociale. »
Une campagne menée depuis les murs des prisons
Depuis près de deux ans, la campagne se poursuit sans interruption depuis 99 semaines consécutives, constituant un acte de résistance rare et coordonné au sein du système pénitentiaire iranien. Selon la déclaration, cette initiative représente : « Un effort collectif mené depuis les prisons pour défendre le droit à la vie et s’opposer à la politique de mort.»
Les participants soulignent que la campagne n’est pas symbolique, mais ancrée dans la réalité quotidienne des exécutions perpétrées dans le cadre de procédures judiciaires opaques et abusives.
Forte augmentation des exécutions et violations systématiques des droits de la défense
La déclaration fait état d’une forte augmentation des exécutions au cours de la semaine écoulée. Des prisonniers affirment qu’au moins 67 personnes ont été exécutées en une seule semaine, et environ 271 depuis le début du mois.
Ces exécutions, souligne le communiqué, sont pratiquées de manière routinière : « sans procès équitable, sans accès effectif à un avocat indépendant et dans le silence des médias.»
De telles pratiques, avertissent les prisonniers, démontrent que l’exécution est devenue une méthode institutionnalisée de contrôle politique et social, et non plus une sanction judiciaire.
Nouvelles condamnations à mort contre des prisonniers politiques
La campagne met en lumière plusieurs développements alarmants concernant des détenus politiques. Parmi eux, Ramin Zelleh, prisonnier politique incarcéré à la prison de Naqadeh, a été condamné à mort par la première chambre du tribunal révolutionnaire de Mahabad pour « baghi » (rébellion armée).
Par ailleurs, la 26e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran a confirmé les condamnations à mort de six prisonniers politiques détenus à la prison de Ghezel Hesar : Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Vahid Bani Amerian, Akbar (Shahrokh) Daneshvar-Kar, Mohammad Taghavi et Abolhassan Montazer, tous membres du mouvement « Non aux mardis des exécutions ».
Le communiqué s’inquiète également du sort d’Ehsan Rostami, figure emblématique du monde de l’édition iranien, placé à l’isolement à la prison d’Evin après avoir été inculpé de « baghi » (soumission). Les détenus avertissent que cette mesure accroît considérablement le risque de nouvelles pressions et d’une condamnation à mort.
December 9—Iran
In tandem with the 98th week of the "No to Executions Tuesdays" campaign, families of political prisoners on death row held rallies, calling for an end to executions.#StopExecutionsInIran pic.twitter.com/gA9oTYKEqu— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 9 décembre 2025
Appel à l’action et à la solidarité internationales
Condamnant ce qu’elle qualifie d’« exécutions accélérées et de répression systématique » du régime, la campagne des mardis Non aux exécutions en Iran lance un appel urgent à la société iranienne et à la communauté internationale. La déclaration appelle :
« Le peuple iranien, les consciences éveillées et les institutions internationales de défense des droits humains à se faire la voix des condamnés à mort, à republier leurs dossiers, à poursuivre leur action et à apporter un soutien concret et médiatique à leurs familles. »
Grève de la faim dans 55 prisons
Le mardi 16 décembre, des détenus de 55 prisons – dont Evin, Ghezel Hesar, la prison du Grand Téhéran, Qarchak, Adelabad Shiraz, Zahedan, Urmia, Tabriz, Sanandaj et des dizaines d’autres – ont participé à une grève de la faim coordonnée dans le cadre de la 99e semaine de la campagne.
Alors que les exécutions se poursuivent à un rythme sans précédent, la persistance de la campagne témoigne à la fois de la gravité de la crise et de la détermination des opposants à la peine capitale emprisonnés à résister, même derrière les barreaux, à ce qu’ils qualifient de politique d’État fondée sur la mort plutôt que sur la justice.

