jeudi, février 12, 2026
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L’interview du média belge Humo avec deux terroristes iraniens emprisonnés

L’interview du média belge Humo avec deux terroristes iraniens emprisonnés

Dans une interview en prison accordée par Amir Saadouni et Nasimeh Naami, condamnés à 18 ans de prison et déchus de leur nationalité belge pour leur rôle dans une tentative d’attentat à la bombe déjouée en 2018 contre un important rassemblement de l’opposition iranienne près de Paris, le couple avance une défense qui relève moins du droit pénal que du théâtre politique : la « bombe » n’était pas une bombe mais des « feux d’artifice ». Et la bombe n’était conçue pour les tuer eux et personne d’autre.

« Ce n’était pas une bombe. C’était un pétard.»

Minimisant le crime, Naami affirme qu’ « On pensait que c’était des feux d’artifice… juste pour effrayer les gens avec du bruit et de la fumée », ajoutant l’absurdité, devenue virale, que « la bombe n’était pas une bombe », mais un simple « pétard ».

Cette affirmation n’est pas une simple excuse personnelle ; c’est un instrument politique. Si l’engin n’est « que du bruit », alors le complot n’est qu’un « malentendu », et une opération terroriste d’État se transforme en une tragédie amoureuse aux instructions erronées.

Pourtant, les faits montrent que l’engin était composé de TATP, un matériau « si sensible » qu’il pouvait exploser sous l’effet de la chaleur ou d’un mouvement, tout en prétendant qu’il n’était destiné à blesser que les coursiers. Les porte-parole du régime demandent au public d’accepter simultanément que cet engin était inoffensif et n’a jamais eu pour but de tuer qui que ce soit d’autre que les personnes qui le transportaient.

D’« opposant » à « royaliste »

Puis vient le tournant révélateur : la manipulation identitaire. Interrogé sur son éventuel retour en Iran, Naami répond : « Dès que les ayatollahs seront renversés et que Reza Pahlavi sera au pouvoir. » Elle ajoute : « Pahlavi est le fils du dernier Shah », et décrit un rêve d’« élections libres » et d’un « retour à la situation d’avant 1979 ».

Il ne s’agit pas d’une simple préférence politique, mais d’une stratégie de communication. Le régime clérical sait que Reza Pahlavi constitue une diversion commode : un nom familier, une histoire simplifiée et une fausse dichotomie – mollahs contre monarchistes – qui étouffe l’alternative démocratique, dont son combat a coûté la prison, la torture et la mort.

Ainsi, lorsque des individus condamnés se présentent soudainement comme des royalistes enthousiastes, il s’agit moins d’une conversion que d’une tactique : s’associer au symbole le plus bruyant et le plus clivant, avec deux objectifs :

  1. brouiller les pistes dans l’affaire de terrorisme avec des considérations politiques, et
  2. accentuer la fragmentation de l’opposition en alimentant les velléités de guerre culturelle au sein des communautés en exil.

Le régime n’a pas besoin de Reza Pahlavi pour rester au pouvoir ; il a besoin de lui pour brouiller les cartes.

La principale crainte stratégique de Téhéran ne réside ni dans les forces militaires étrangères ni dans les déclarations de la presse. Il s’agit d’un soulèvement intérieur organisé, porté par une opposition capable de transformer la mobilisation populaire en transition politique. C’est pourquoi le régime investit dans :

  • l’infiltration des réseaux d’exilés,
  • la criminalisation de la résistance organisée à l’intérieur du pays, et
  • la production d’« alternatives » politiquement déstabilisatrices.

Le diplomate et terroriste iranien Assadollah Assadi a été libéré par le gouvernement belge dans le cadre d’un accord honteux avec le régime iranien.

Il dirigeait un vaste réseau de terrorisme et d’espionnage en Europe.

L’enjeu est de taille

Il y a quelque chose de profondément comique à voir des passeurs de bombes condamnés tenter de se refaire une image en se faisant passer pour des monarchistes épris de liberté.

Le régime insiste sur le fait que l’explosif n’était qu’un simple élément de décoration. Selon la version des faits de Téhéran, la valise diplomatique n’est qu’une boîte à lunch, un demi-kilo de TATP qu’un pétard, et la tentative d’attentat de masse qu’un malentendu – avec, désormais, une apparition du « prince héritier » pour une fin heureuse.

Mais l’enjeu n’est pas comique. Il s’agit de la sécurité de l’espace public européen, de l’intégrité des systèmes d’asile et de la vie des dissidents pris pour cible au-delà des frontières.

Si la communauté internationale souhaite réduire la portée opérationnelle de Téhéran, elle doit considérer ces changements de discours. Cela signifie :

Ne pas blanchir les récits de terrorisme en les présentant comme une contrition « d’intérêt humain » sans affronter de front les conclusions des tribunaux.

Ne pas amplifier les dichotomies favorables au régime qui effacent les alternatives démocratiques et réduisent l’avenir de l’Iran à deux dictatures.

Ne pas confondre bruit et pluralisme : la polarisation fabriquée n’est pas la diversité politique ; c’est une contre-mesure. La dictature cléricale se maintient en brouillant les cartes et en rendant les alternatives impossibles. L’histoire des « feux d’artifice » vise à brouiller les pistes du terrorisme. Le royalisme soudain est censé rendre l’opposition ingouvernable. Et le véritable objectif est de maintenir le monde sous le charme des apparences pendant que le régime continue de préparer le terrain.