
Un manifestant iranien passe devant une moto des forces de sécurité en flammes, utilisée comme barricade — janvier 2026
Certains observateurs occidentaux ont interprété la survie du régime clérical iranien après sa récente confrontation avec les États-Unis et Israël comme une preuve de sa solidité. Cette conclusion confond toutefois la capacité à résister à des bombardements avec la stabilité politique.
La guerre n’avait pas pour objectif de renverser le régime, et les régimes sont rarement renversés par de simples frappes aériennes. La véritable mesure de la force de Téhéran ne réside donc pas dans la capacité de ses institutions à survivre aux missiles venus de l’étranger, mais dans sa capacité à résister aux forces qui se développent à l’intérieur du pays.
De ce point de vue, le discours du régime lui-même raconte une tout autre histoire.
Les médias d’État iraniens et de hauts responsables présentent de plus en plus l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) et ses Unités de résistance, non plus comme une relique des années 1980, mais comme un réseau adaptable et décentralisé opérant au sein d’une société profondément insatisfaite. Hawzah News, l’organe officiel du séminaire de Qom, a récemment reconnu que les Unités de résistance ont « toujours joué un rôle majeur dans les manifestations nationales ». Le média décrit la stratégie de l’organisation comme un modèle combinant des actions politiques, de renseignement, cybernétiques et opérationnelles, adapté à l’évolution de la situation.
Ce discours est loin d’être celui d’un État qui considère son adversaire comme vaincu.
La contradiction est frappante. Devant l’opinion publique, Téhéran insiste sur le fait que l’OMPI/MEK est isolée, vieillissante et insignifiante. Pour son appareil sécuritaire, en revanche, le régime met en garde contre les jeunes recrues, les réseaux étudiants et professionnels, les cellules décentralisées, l’activité sur les réseaux sociaux et la possibilité que la colère populaire, jusqu’ici dispersée, se transforme en résistance organisée.
La politique d’exécution du régime révèle la même crainte. Entre le 30 mars et le 4 avril, six membres des Moudjahidine du peuple (MEK ou OMPI) — Vahid Bani Amerian, Abolhassan Montazer, Mohammad Taghavi, Akbar Daneshvarkar, Babak Alipour et Pouya Ghobadi — ont été exécutés à la prison de Ghezel Hesar. Parmi eux figuraient des professionnels diplômés et des prisonniers politiques de longue date. Le 20 avril, le régime a exécuté deux autres membres de l’OMPI : Hamed Validi, ingénieur civil de 45 ans, et Mohammad (Nima) Massoum Shahi, technicien de 38 ans. En juillet, Mehdi Khanaki, un autre jeune prisonnier politique lié à l’OMPI, a également été pendu.
La portée de ces exécutions n’est pas seulement numérique ; elle est aussi organisationnelle et générationnelle. Après quatre décennies de censure, d’exécutions, de diabolisation et de répression, Téhéran continue de faire face à des membres engagés d’une résistance organisée, notamment à une nouvelle génération qui, selon le régime lui-même, continue de rejoindre le MEK et ses Unités de résistance.
L’histoire permet également de mieux comprendre la manière dont Téhéran évalue le danger. Durant la guerre Iran-Irak, le régime a rejeté à plusieurs reprises les tentatives de cessez-le-feu, malgré la pression internationale croissante en faveur d’une fin du conflit. Mais en 1988, après la prise de Mehran par l’Armée de libération nationale, liée à l’OMPI, et la proclamation « Aujourd’hui Mehran, demain Téhéran », Khomeiny, alors Guide suprême, a finalement accepté le cessez-le-feu auquel il s’était longtemps opposé.
La leçon à tirer n’est pas que l’équilibre des forces d’alors serait identique à celui d’aujourd’hui. Elle est que Téhéran a toujours appréhendé les confrontations extérieures à travers le prisme de sa propre survie.
C’est également là que se trompe un calcul occidental courant. L’équilibre des pouvoirs en Iran ne saurait se réduire à un simple décompte des Gardiens de la révolution d’un côté et des membres de l’OMPI de l’autre. L’équation décisive est différente : un mécontentement social massif, une jeune génération de plus en plus détachée du discours idéologique du régime, des Unités de résistance organisées, capables de coordonner et d’orienter la contestation, et une crise nationale qui affaiblit progressivement la capacité de contrôle de l’État.
Le régime iranien a beau disposer des armes et d’un puissant appareil coercitif, il demeure politiquement fragile lorsque des millions d’Iraniens le rejettent et qu’une résistance organisée est capable de transformer la colère populaire en action coordonnée.
C’est pourquoi, pour Téhéran, une guerre ou une crise prolongée peut s’avérer plus utile qu’un accord et que la paix. La confrontation extérieure permet au régime de justifier la répression, d’entretenir un discours de siège et de détourner l’attention de ses échecs internes. Sa principale crainte, cependant, ne vient pas de l’étranger. Elle vient de l’intérieur même de l’Iran : d’une population qui se soulève régulièrement contre lui et d’une résistance organisée capable de transformer la colère populaire en action coordonnée.
Pour le régime, une crise extérieure peut donc être gérée, voire exploitée, tandis que la véritable menace existentielle réside dans la perspective d’un soulèvement national soutenu par une résistance organisée.
La question n’est donc pas de savoir si le régime clérical peut survivre à une nouvelle campagne aérienne. Il s’agit de savoir s’il peut indéfiniment réprimer une société qui se soulève régulièrement contre lui, tandis qu’une résistance organisée continue de s’adapter, de recruter et de perdurer.
Le discours sécuritaire de Téhéran laisse entendre qu’il sait déjà que la réponse est loin d’être certaine.

