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Éditorial | La rue : le front que le régime iranien craint plus que le ciel

Éditorial | La rue : le front que le régime iranien craint plus que le ciel
Le soulèvement national en Iran — Janvier 2026

Depuis la récente confrontation impliquant les États-Unis, Israël et le régime clérical en Iran, une scène se répète presque chaque soir : le régime fait descendre dans la rue sa propre base sociale, par ailleurs limitée. Rassemblements nocturnes, convois de motos et de voitures, cérémonies de brandissement de drapeaux, chants religieux, slogans belliqueux, distributions de nourriture, mobilisation d’adolescents et de familles liés aux institutions étatiques, et même entraînements au maniement des armes diffusés à la télévision publique : tout cela fait désormais partie de ce spectacle orchestré.

À première vue, le régime veut faire croire au monde que « le peuple » se tient derrière lui. Mais la réalité politique est tout autre. Ces rassemblements ne sont pas un signe de force ; ils témoignent avant tout de la peur profonde qu’éprouve le régime à l’égard du peuple iranien et de la possibilité que la rue retombe, une fois de plus, entre les mains d’une société rebelle.

Le régime sait qu’en Iran, la rue n’est pas un simple espace public. C’est le champ de bataille politique décisif. Les soulèvements de décembre 2017, novembre 2019, 2022, 2025, ainsi que d’autres vagues de protestation, ont démontré que lorsque le peuple iranien descend dans la rue, les fondements du système au pouvoir commencent à vaciller. C’est pourquoi, au lendemain de la confrontation militaire, le régime s’est efforcé d’occuper la rue chaque nuit avec des membres des Bassidjis, leurs familles et d’autres personnes dépendantes du régime, empêchant ainsi la formation de véritables foyers de contestation.

Certains médias occidentaux, observant les foules massives à Téhéran, ont suggéré que la guerre avait incité la population à « se rallier autour du drapeau ». Cette interprétation est profondément trompeuse si elle fait abstraction du dispositif qui sous-tend ces rassemblements. Des foules mobilisées dans la rue par l’intermédiaire des Bassidjis, des Gardiens de la révolution (CGRI), des mosquées, des administrations publiques, des institutions liées à l’État, de pressions administratives, d’incitations financières, de distributions de nourriture et d’autres avantages ne sauraient être considérées comme la preuve d’un soutien populaire libre et spontané.

Il convient également d’analyser cette situation à la lumière du climat sécuritaire intense qui a prévalu au lendemain de la confrontation. Plutôt que de faire confiance à la société, le régime a immédiatement eu recours aux arrestations, aux barrages de contrôle, aux fouilles de téléphones, aux coupures d’Internet, aux accusations d’atteinte à la sécurité, aux chefs d’inculpation pour espionnage et à la répression. Ce seul fait révèle que le régime sait pertinemment que le peuple ne s’est pas rallié à sa cause. Si un soutien authentique existait, de telles mesures d’intimidation — y compris la coupure ou la restriction de l’accès de la population aux moyens de communication — ne seraient nullement nécessaires.

L’aveu récent d’Ahmadreza Radan, le chef de la police du régime, est particulièrement révélateur. Il a annoncé que, depuis le début de la guerre, plus de 6 500 personnes avaient été arrêtées en tant que « traîtres » et « espions », ajoutant que les arrestations liées aux troubles de décembre se poursuivaient toujours. Il a également déclaré que 567 des personnes arrêtées constituaient des cas particuliers liés à « l’OMPI » et à des « groupes contre-révolutionnaires » — un langage qui désigne les Unités de résistance et la jeunesse insoumise luttant contre la répression du régime.

Cet aveu met à nu la véritable crainte du régime : celle d’un soulèvement interne, bien plus que celle d’une guerre extérieure. Chaque fois que le régime est confronté à une contestation sociale, il tente de l’imputer à des ennemis étrangers afin de justifier les arrestations, la torture, les exécutions et la répression. Par conséquent, lorsque Radan évoque des milliers d’arrestations, il admet en réalité que la guerre principale du régime se déroule à l’intérieur du pays : une guerre contre une société qui a maintes fois manifesté son désir de mettre un terme à ce système.

La même logique s’applique à l’exécution des prisonniers politiques et des manifestants. Par le biais des exécutions, le régime cherche à signifier à la rue que tout mouvement organisé, toute manifestation, tout réseau de résistance et toute voix appelant à un changement de régime risquent d’être punis de mort. Pourtant, l’intensité même de cette répression démontre que le régime n’est pas confronté à un mécontentement épars et inoffensif. Il fait face à une société explosive, et il sait qu’une résistance organisée existe en son sein.

C’est la raison pour laquelle le rôle des Unités de résistance du MEK revêt une telle importance aux yeux du régime. Les autorités comprennent mieux que bon nombre d’observateurs étrangers que les soulèvements ne perdurent pas sans organisation. La colère populaire est généralisée, mais ce qui permet de transformer cette colère en un soulèvement politique, ce sont la continuité, les réseaux, les slogans, le leadership et la détermination. C’est pourquoi les responsables de la sécurité du régime, outre l’emploi d’étiquettes génériques telles que « espion » ou « contre-révolutionnaire », font constamment référence à « l’OMPI». Leur focalisation sur l’OMPI et les Unités de résistance traduit la reconnaissance d’une menace réelle : la jonction entre la colère sociale et la résistance organisée.

Une guerre extérieure peut endommager des infrastructures, mais un soulèvement interne menace l’existence même du régime ; un mouvement populaire de rue est, quant à lui, capable de frapper au cœur du système du *Velayat-e Faqih*.

Les rassemblements nocturnes doivent, par conséquent, être interprétés à leur juste valeur. Ils ne constituent en aucun cas la preuve d’un soutien populaire. Ils ne constituent pas la preuve d’un contrôle stable sur la société. Ils sont une forme d’occupation préventive de la rue. Un régime qui doit recourir à la nourriture, à l’argent, à la peur, au clientélisme, aux drapeaux, à la propagande, aux forces de sécurité et même à des entraînements au maniement des armes diffusés à la télévision pour remplir la rue.

Le régime n’a pas confiance dans le soutien de son peuple.

La communauté internationale ne doit pas confondre les foules mises en scène par le régime avec l’unité nationale. La véritable question n’est pas de savoir si le régime est capable d’orchestrer des rassemblements nocturnes, mais si le peuple iranien a le droit — et le soutien nécessaire — de se réapproprier ses propres rues. La récente vague d’arrestations et d’exécutions met en lumière un fait incontestable : le régime a identifié son principal ennemi — et cet ennemi n’est autre que le peuple iranien et sa résistance organisée. Le monde peut désormais constater avec clarté que la crise actuelle dans la région, ainsi que ses répercussions plus larges sur la sécurité internationale, ne pourront être résolue tant que ce régime restera au pouvoir. La seule véritable solution réside dans le renversement du régime clérical par le peuple iranien, dans la rue, avec le soutien et l’organisation de sa Résistance. C’est pourquoi la communauté internationale doit se tenir aux côtés du peuple iranien et de la Résistance iranienne, et soutenir leur aspiration à la liberté, au changement démocratique et à la fin de ce régime.