Par Noël Labelle
Le Quotidien (Luxembourg) – La ligne TGV reliant Luxembourg à Paris menacée par une attaque terroriste, menée par des Iraniens… c’est l’incroyable scénario qui a tenu les autorités luxembourgeoises et françaises en haleine hier. Récit d’une journée particulière.
Tout commence mardi. Entre 22 et 23 heures, les services de police luxembourgeois font part à leurs homologues français d’une nouvelle inquiétante : la ligne TGV entre Luxembourg et Paris est sous la menace imminente d’un attentat à la bombe. L’attaque terroriste serait même prévue pour le mercredi 8 août.
Les alertes de ce type sont très fréquentes en France. Si elles sont toujours vérifiées avec beaucoup de soin, elles ne débouchent que rarement sur la mise en place d’un dispositif d’alerte. Mais cette fois, c’est différent. La police luxembourgeoise tient son information d’un indicateur jugé fiable. D’autant que celui-ci aurait parlé de cinq hommes et en aurait nommé quatre. Bref, c’est du concret…
Dans la nuit, le niveau d’alerte augmente des deux côtés de la frontière. À Paris, à quatre heures, on réveille même le responsable de la lutte antiterroriste. De la direction de surveillance du territoire (DST) aux renseignements généraux (RG), tout le monde est sur le pont.
Du coup, les suspects nommés sont très rapidement identifiés par les services français de renseignement. Il s’agit de ressortissants iraniens, tous nés à Téhéran. Mais un détail semble gêner les policiers français : l’un de ces individus gravite autour de l’Organisation des Moudjahidin du peuple iranien (OMPI), principaux opposants au régime iranien actuel. Ce qui ne correspond pas au profil d’un potentiel terroriste. En effet, ce groupe est établi depuis 17 ans en France où il jouit actuellement d’une situation favorable. Et, il y a quelques mois, de nombreux parlementaires luxembourgeois se sont prononcés pour le retrait de l’OMPI de la liste des organisations terroristes. Pourquoi alors vouloir briser cette situation en commettant un acte horrible? Les enquêteurs français commencent alors à afficher leur circonspection sur les révélations de l’informateur.
Évidemment, ce doute ne remet pas en question les dispositifs de sécurité. À Luxembourg, on renforce les contrôles policiers à la gare. Tous les accès du bâtiment, à l’exception d’un, sont fermés afin d’établir un filtre efficace des voyageurs.
En France, des contrôles poussés sont aussi effectués en Lorraine, à Metz, Pagny-sur-Moselle et Nancy. Et bien que l’«indic’» n’ait parlé aux policiers luxembourgeois que de la ligne Luxembourg-Paris, le principe de précaution étend les mesures jusque sur la ligne Luxembourg-Bâle.
Au fur et à mesure que la journée progresse, le dispositif est adapté aux différents renseignements glanés par les enquêteurs. Peu à peu, l’affaire semble se dégonfler. Au point que certains policiers français n’hésitent pas à la comparer à un simple exercice grandeur nature.
Un simple communiqué de la police
En fin d’après-midi, la police luxembourgeoise se fend d’un communiqué succint : «Aujourd’hui, la police a été occupée par une possible alerte à la bombe sur la ligne ferroviaire entre Luxembourg et Paris. Les mesures nécessaires ont été prises en collaboration avec les autorités françaises et les compagnies de chemins de fer pour assurer la sécurité des trains». Étonnant. Le matin même, le service de communication de la police grand-ducale assurait qu’il ne se passait rien du tout… Cependant, la nature même de l’alerte peut expliquer la discrétion dont les forces de police ont fait preuve des deux côtés de la frontière.
L’alerte était maintenue jusqu’à ce matin. Mais les risques d’attentats n’apparaissent plus aussi élevés qu’hier. On souffle…
Aujourd’hui, de cette affaire ressortent surtout un constat et une grande question. Le constat : mise à l’épreuve, la coopération en matière de lutte contre le terrorisme entre la France et le Luxembourg s’est montrée particulièrement efficace, agissant avec une précision telle que le trafic ferroviaire n’a pas été perturbé. La question : pour quelles raisons un informateur jugé fiable par la police grand-ducale a-t-il donné les noms de quatre Iraniens, identifiés par les services de renseignement français? Affabulation? Manipulation? Règlement de comptes? La réponse est primordiale pour mesurer avec exactitude la menace qui a pesé hier sur la ligne de TGV Est.

