samedi, février 4, 2023
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Une interview qui n’honore pas la France

 CNRI – Dans une interview avec le quotidien officiel Etemad le 5 avril, Bernard Poletti, l’ambassadeur de France en Iran, s’est penché notamment sur les relations entre la France et le régime iranien, le dossier nucléaire, l’opposition et les négociations entre l’Iran et les Etats-Unis. Dans cette interview l’ambassadeur essaie de faire parvenir un message aux mollahs sur un ton qui ne fait absolument pas honneur à la France.

Quand il parle des droits de l’homme en Iran, il ajoute immédiatement qu’en France elle n’est pas bonne non plus. Il est possible que beaucoup soient d’accord avec lui sur ce point, mais rendre des comptes à ce sujet aux mollahs criminels en Iran ne signifie que courber la tête devant eux.

Quant à l’opposition démocratique, les Moudjahidine du peuple, il assure aux mollahs que « la France considère cette organisation exactement comme l’Iran ». Il qualifie aussi de « légitime » la domination des mollahs sur le Moyen-Orient.

Quand le regard d’un ambassadeur et de son gouvernement rejoint celui d’une dictature religieuse sur ceux qui se battent pour la liberté et la démocratie, il est naturel que cet ambassadeur regrette les décisions des tribunaux européens légitimes qui garantissent l’état de droit et ordonnent le retrait de l’OMPI de la liste des organisations terroristes.

L’interview de M. Poletti contient cependant un point politique important. Avec étonnement, il se demande pourquoi, alors que le gouvernement français participe à la répression de l’opposition iranienne, les agents des mollahs viennent manifester devant l’ambassade de France à Téhéran aux cris de « mort au président français ».

Bernard Poletti explique ne « jamais » avoir compris la raison de cette situation. En fait, sans le vouloir, l’ambassadeur vient de donner une leçon importante sur la politique de complaisance : Plus les gouvernements occidentaux font des concessions au fascisme religieux, plus les mollahs deviennent extrémistes et arrogants, et les gouvernements feignent de ne plus rien y comprendre. Il lui aurait suffit de relire l’histoire de l’Europe à la veille de la seconde guerre mondiale pour ne pas être aussi surpris.

Quelques points de cette interview parue dans le quotidien Etemad du 5 avril :

– A propos de la tendance de l’Iran à jouer un rôle particulier, à nos yeux le fait que l’Iran joue ce rôle est non seulement naturel mais légitime (…) Quant aux revendications et aux aspirations politiques de l’Iran, nous, c’est-à-dire la France et nos partenaires, n’avons aucun problème avec les revendications essentielles de l’Iran (…) L’Iran à nos yeux est une puissance régionale et doit jouer le rôle qu’il souhaite dans la région, c’est tout à fait évident(…)

– En ce qui concerne les Moudjahidine du peuple, il est vrai qu’un nombre de Moudjahidine (Monafeghine / terme employé par le régime) sont venus en France et s’y sont installés mais nous aussi, nous avons pris des mesures à leur encontre. Notamment, nos forces de police ont lancé une attaque contre leur centre près de Paris et un procès a eu lieu contre eux dans notre pays. Justement, la France considère cette organisation exactement de la même façon que l’Iran, c’est-à-dire qu’elle la considère comme une organisation terroriste (…)

C’est la France qui en son temps a entrepris le plus de mesures pour faire inscrire cette organisation dans la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Malheureusement, à la suite de la décision du tribunal de première instance européen, cette organisation a été radiée de la liste et à présent la France a l’intention de la réinscrire dans les organisations terroristes et a fait appel de ce jugement. Justement nous n’avons jamais compris pourquoi il y avait eu des manifestations devant notre ambassade à Téhéran et pourquoi ils crient « à mort » pour notre président de la République et moi-même, alors que nous avons déployé le plus d’efforts pour que cela n’arrive pas à Luxembourg et que dès le début nous avions la position la plus ferme vis-à-vis de cette organisation.

– Les droits de l’homme pour l’Union européenne sont un sujet extrêmement sensible et en vérité la situation des droits de l’homme en Iran à nos yeux d’Européens n’est pas satisfaisante.  Cependant en France elle n’est pas bonne non plus et nous essayons de l’améliorer et elle n’est bonne nulle part ailleurs dans le monde.

– Le renvoi (du dossier nucléaire de l’Iran) devant le Conseil de sécurité n’a pas été un choix que nous avons fait de bon cœur. En vérité on peut dire que nous avons fait tout notre possible pour que cela n’aille pas jusqu’au conseil de sécurité.