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Luttes intestines au sein du pouvoir iranien : la crise s’aggrave autour du détroit d’Ormuz et des négociations nucléaires

Luttes intestines au sein du pouvoir iranien : la crise s'aggrave autour du détroit d'Ormuz et des négociations nucléaires
Image d’archive montrant le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, lors d’un échange houleux avec ses collègues députés

Une série de déclarations contradictoires de hauts responsables et religieux iraniens a révélé des luttes intestines croissantes au sommet de l’État, centrées sur le détroit d’Ormuz et d’éventuelles négociations avec les États-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclenché une nouvelle vague de tensions en annonçant que le détroit d’Ormuz resterait pleinement ouvert à la navigation commerciale pendant une période de cessez-le-feu. Sa déclaration a été rapidement contredite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a insisté sur le fait que le transit restait conditionnel et sous le contrôle de l’Iran.

Des institutions proches de l’armée sont alors intervenues, affirmant que le détroit était fermement contrôlé et que l’accès dépendait des conditions du régime iranien. Cette succession rapide de positions contradictoires souligne l’absence d’une ligne politique unifiée à un moment critique.

Les religieux les plus radicaux durcissent le ton pour empêcher toute impression de recul

Lors de la prière du vendredi 17 avril 2026, de hauts dignitaires religieux ont adopté une attitude agressive pour contrer tout signe pouvant être interprété comme un compromis.

Ahmad Khatami, un haut dignitaire religieux nommé par le Guide suprême, a enjoint les négociateurs de maintenir une méfiance totale envers les États-Unis, rejetant même les gestes symboliques.

À Yazd, Mohammad-Reza Naseri Yazdi, représentant du Guide suprême, a appelé à la fermeture du détroit d’Ormuz et l’a présentée comme une arme stratégique décisive.

Dans le même temps, Abbas Mousavi Motlagh, un autre religieux proche du pouvoir, a appelé à la répression de la dissidence, déclarant que toute voix exprimant un désaccord interne devait être réduite au silence par la force et critiquant les responsables pour leurs déclarations hors des canaux officiels.

Ces positions dépassent le cadre de la politique étrangère : elles visent à prévenir toute perception de faiblesse en interne.

Des personnalités politiques et médiatiques contestent ouvertement les négociateurs

La confrontation s’est étendue aux cercles politiques et médiatiques, où les attaques contre le processus de négociation sont devenues de plus en plus directes.

Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du Kayhan Daily, a publiquement critiqué le discours d’Araghchi sur le détroit d’Ormuz, s’interrogeant sur l’opportunité d’afficher une quelconque ouverture alors que la pression exercée sur les adversaires était censée porter ses fruits.

Au Parlement, le député Amir Hossein Sabeti a exigé des éclaircissements concernant les informations faisant état de possibles concessions nucléaires, avertissant que si ces allégations s’avéraient vraies, les responsables devaient s’adresser au public « fermement et directement ». Des appels à la destitution ont été lancés lors de son intervention.

Ce niveau de confrontation publique ne reflète pas la confiance, mais une profonde méfiance au sein même du système.

La crainte d’une érosion interne alimente la résistance au compromis

L’intensité des luttes intestines trouve son origine dans une préoccupation partagée par toutes les factions : toute concession visible risque de provoquer un effondrement du moral au sein même de la base du régime. Après des mois de revers stratégiques et de pressions soutenues, les principaux soutiens du système – notamment ses forces de sécurité, ses mercenaires étrangers, ses alliés idéologiques et son appareil institutionnel – sont déjà soumis à une tension sans précédent.

Dans ce contexte, même un signal indiquant qu’Hormuz est « ouvert », toute suggestion de compromis nucléaire, voire le ton même des messages diplomatiques, peut être interprété en interne comme un signe de recul. Par conséquent, les factions extrémistes agissent de manière préventive en durcissant leur discours, en imposant des conditions impossibles aux négociations et en s’attaquant aux responsables perçus comme trop flexibles.

Leur objectif n’est pas seulement de faire face à leurs adversaires extérieurs, mais aussi d’empêcher la démoralisation de se propager au sein même du régime.

La question nucléaire au cœur des suspicions et des enjeux de contrôle

Le programme nucléaire, ou ce qu’il en reste, a exacerbé les tensions. Des responsables, comme le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmail Baghaee, ont nié toute intention de transférer de l’uranium enrichi, le présentant comme un atout national non négociable. Pourtant, des personnalités politiques ont ouvertement mis en doute la tenue de telles discussions à huis clos.

Dans un contexte de conflits politiques et religieux, des acteurs liés à l’armée ont renforcé leur emprise sur les décisions stratégiques.

Des déclarations ont souligné que le contrôle du détroit d’Ormuz relève des forces armées iraniennes et que l’accès restera strictement réglementé tant que la situation extérieure ne changera pas.

Cette affirmation place les institutions sécuritaires au centre du processus décisionnel, éclipsant le discours diplomatique et révélant une structure fragmentée où de multiples acteurs se disputent le pouvoir.

Luttes intestines alimentées par la peur

Les déclarations et les événements de ces derniers jours témoignent d’un système soumis à une forte pression. Positions divergentes concernant un point de passage stratégique crucial, attaques publiques entre hauts responsables, escalade des tensions ; rhétorique agressive visant à étouffer la dissidence et la profonde méfiance entourant la politique nucléaire témoignent d’une crise interne croissante.

Au fond, ces luttes intestines sont alimentées par la peur – plus précisément, la crainte que tout signe de soumission n’érode davantage le moral déjà fragile des rangs du régime. Il en résulte un système de plus en plus dépendant de la coercition et des pressions, alors même qu’il s’efforce de préserver sa cohésion interne face à des tensions croissantes.