lundi, novembre 28, 2022
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Une défaite incontestable du régime iranien et du Vevak – Yves Bonnet

CNRI – « Cette victoire, c’est celle de l’OMPI, celle d’une résistance qui montre depuis 30 ans qu’elle exerce à l’encontre du régime des mollahs, une capacité, une force, une cohésion dont nul n’avait idée, probablement, dans un pays comme le nôtre », a déclaré le préfet Yves Bonnet le 13 mai à Paris.

Il s’exprimait dans une conférence de presse aux côtés de Maryam Radjavi, et de grandes figures du barreau parisien – William Bourdon, Thierry Lévy, François Serres, Philippe Champetier de Ribes et Marie-Laure Barré – sur le non-lieu qui clôt le dossier judiciaire du 17 juin 2003, balayant les accusations de terrorisme portées contre la légitime Résistance iranienne.

Voici l’intervention remarquable de M. Yves Bonnet :

Depuis de longs mois, déjà, je travaille sur ces événements qui sont devenus une date, malheureusement historique dans un premier temps, aujourd’hui heureusement historique, à savoir cette journée du 17 juin 2003 où l’on a cru, dans un certain nombre de pays et de milieux, mettre un terme définitif aux activités de la résistance iranienne.

J’ai travaillé sur ce sujet et le livre qui en est issu paraîtra dans les prochaines semaines. Je ne suis pas là pour faire la promotion de ce livre, mais je pense que je suis, aujourd’hui, autorisé à souligner trois points, les trois aspects, à mon avis, fondamentaux de ce dossier. De même qu’il existe un film qui doit soit s’appeler, je crois « Trois mariages et un enterrement » (je ne l’ai pas vu), je crois que l’on peut aujourd’hui peut jouer « Deux victoires et une défaite ».

La défaite, c’est incontestablement celle du régime iranien et de son bras armé, le ministère du Renseignement, le VEVAK. C’est l’échec d’une vaste manipulation dont il faut tout de même dire un mot et qui a conduit le régime iranien, au tout début, dans les premières semaines de l’année 2003, à passer des accords, évidemment clandestins, avec deux pays : les Etats-Unis et la France.

Pourquoi les Etats-Unis ? Pourquoi la France ? Parce qu’il s’agissait de mettre un terme définitif aux activités de la résistance iranienne, d’une part, en dispersant, en annihilant cette force considérable que représente l’Armée de libération nationale de l’Iran et, d’autre part, de mettre également un terme, d’annihiler et de disperser le siège et l’état major du CNRI placé sous la présidence de Mme Maryam Radjavi.

Les premières discussions ont donc eu lieu, avec les Etats-Unis, avant l’offensive déclenchée sur l’Irak et le deal, conclu avec le gouvernement américain, consistait, ni plus ni moins, qu’à disperser l’ensemble des camps de l’ALNI, de les regrouper à Achraf et de là, ensuite, d’obtenir leur expulsion si possible vers l’Iran, mais en tout cas leur dispersion.

Cette manœuvre n’a pas réussi parce qu’il s’est trouvé des militaires américains courageux – il arrive que les militaires soient plus intelligents que les politiques –,et surtout lucides, qui ont une conscience, qui ont conclu de tout autres accords qui aboutissaient, nous le savons aujourd’hui, même s’ils ne sont pas rigoureusement appliqués, à placer les résidents d’Achraf, donc tous les combattants de l’ANLI, sous le dispositif de protection de la 4ème Convention de Genève.

Puis, il y a eu la conspiration des accords passés avec le gouvernement français qui, là, nous touchent évidemment de beaucoup plus près.

Ces accords, nous n’en aurions peut-être pas eu une connaissance très claire, très nette, si un journaliste, qui s’appelle Jean-Claude Maurice, ancien éditorialiste du Journal du Dimanche, qui a commis un livre qui s’appelle « Si vous le répétez, je démentirai », n’avait pas assisté, un peu malgré lui, à une conversation entre le Premier ministre de l’époque – qui aujourd’hui hante les prétoires mais qu’en qualité d’accusé – et le ministre iranien des Affaires étrangères, accord au terme duquel il a été décidé une opération de grande envergure, à Auvers-sur-Oise, au siège du CNRI.

Cet accord, en échange de la dispersion de l’état-major du CNRI, accordait à la France un certain nombre d’avantages, en substance économiques. D’ailleurs, nous en avons vu la traduction puisque le ministre du Commerce extérieur, François Loos, s’est rendu, dans la foulée à Téhéran et qu’un certain pétrolier français (de toute façon, il n’y en a qu’un) a obtenu des concessions supplémentaires en Iran, en particulier sur le gisement de Pars.

Cette opération a été soigneusement préparée. Là où cela me fait mal – je le dis très sincèrement et Maryam Radjavi le sait parce que, pendant de nombreuses années, je n’ai pas voulu participer aux cérémonies de commémoration du 17 juin parce qu’elle impliquait un service que j’ai eu l’honneur de diriger autrefois –, c’est qu’elles sont dans ce livre, une préparation affinée et méthodique du dossier. Le dossier qui a été présenté au juge était ni plus ni moins le dossier du VEVAK. Faire confiance à un service comme celui-là pour préparer un dossier d’accusation, c’est à mon avis déjà une grave imprudence, mais l’essentiel, le pire n’était pas encore advenu. Le pire, c’est l’opération, sur laquelle aujourd’hui je ne dirai rien, que nous avons tous en mémoire, qui a été une opération sans précédent : jamais, dans l’histoire du service de contre-espionnage français, jamais, un tel dispositif n’a été mis en oeuvre et une telle brutalité, n’a été observée quant au traitement d’un certain nombre de gens, 150 personnes, qui ne menaçaient en rien la sécurité de la France.

Aujourd’hui, l’Iran et le VEVAK connaissent une défaite cuisante. C’est même, pour eux, une déroute judiciaire parce que tout ce qu’ils avaient engagé a été évidemment non seulement annihilé, mais se retourne aujourd’hui contre eux. Comme l’a souligné très justement Me François Serres, les attendus, les considérants, en quelque sorte, de la justice sont accablants pour l’accusation d’alors. Voilà pour la défaite.

Maintenant, les victoires.

La première victoire, je n’y insisterai pas puisqu’il en a déjà été abondamment parlé, c’est celle de la justice. Je voudrais tout de même insister sur le fait que toutes les instances judiciaires engagées par le CNRI, à ce sujet, mais aussi de manière générale et en particulier sur ce sujet, depuis ce 17 juin 2003, toutes ces instances judiciaires, sans exception, ont connu une issue favorable aux thèses du CNRI.

Je commence par la justice administrative, qui a annulé un certain nombre de dispositions tendant à l’éloignement des personnes, poursuivant par la justice judiciaire. Et, ensuite, l’intervention à nouveau de la justice judiciaire dans une affaire qui a été douloureuse qui est celle des immolations suivies de trois décès de militants du CNRI, instances qui ont abouti à l’acquittement de personnes qui avaient été accusées d’avoir fomenté, favorisé, alimenté si j’ose dire, ces autodafés.

Cela s’est poursuivi, nous le voyons aujourd’hui, à travers l’ordonnance de non-lieu rendue par le juge Trévidic qui fait justice, qui fait litière d’un certain nombre de comportements sur lesquels je tiens tout de même à revenir pour bien préciser que la justice a su se démarquer de certains comportements individuels, je dirais plutôt médiatico-juridique que juridico-médiatique, de certains magistrats qu’il ne faut pas confondre avec l’ensemble de la magistrature de ce pays. Voilà pour la première victoire.

La seconde victoire, c’est celle de l’OMPI, celle d’une résistance qui montre depuis 30 ans qu’elle exerce à l’encontre du régime des mollahs, une capacité, une force, une cohésion dont nul n’avait idée, probablement, dans un pays comme le nôtre.

Cette résistance a été conduite et elle est toujours menée par Maryam Radjavi et c’est précisément pourquoi, le 17 juin 2003, la cible première, je dirais même la cible véritable de toute cette entreprise absolument abracadabrantesque, c’était Mme Maryam Radjavi. Parce que Maryam Radjavi mise au cause ou plutôt hors course, par évidemment son arrestation, sa mise d’abord en garde à vue, puis en détention avec un certain nombre de personnes de son état major, l’on pensait dans les milieux politiques, puisqu’il y avait évidemment une intrusion flagrante du politique dans le judiciaire, que la résistance ne pourrait pas montrer sa capacité à poursuivre le combat et que, très vite, les forces se déliteraient. Eh bien, il n’en a rien été : même avec sa présidente en captivité, même avec l’essentiel de son état-major sous les verrous, la résistance iranienne a continué.

Et c’est dans ces heures qui ont immédiatement suivi l’arrestation de ces militants, c’est dans ces heures-là, peut-être, que le destin de la résistance iranienne s’est joué. Il s’est joué, d’abord par la capacité des résistants iraniens eux-mêmes à montrer leur détermination, confère ces immolations par le feu que Maryam Radjavi a dénoncées en son temps et dont on a tenté, bien évidemment, de lui faire porter la responsabilité, mais elle s’inscrit aussi dans le prolongement des protestations vigoureuses qui ont été formulées par un certain nombre de non-Iraniens et en particulier un certain nombre de Français.

A cet égard, je voudrais, comme vous, madame, saluer une grande dame, une grande dame de la résistance qui est aussi une grande dame tout court, qui est Mme Danièle Mitterrand qui effectivement, comme à chaque fois qu’un combat est difficile, je dirais presque une cause est désespérée, s’est précipitée pour dire son dégoût, pour dire sa réprobation sur cette façon de procéder qui lui rappelait étrangement ce qu’elle avait connu pendant la guerre.

Il y a, bien sûr, aussi, la grande figure de l’Abbé Pierre, dont le portrait gigantesque, mon ami Gilles Paruelle le sait puisque nous l’avons vu ensemble, se trouve dans la salle d’honneur du camp d’Achraf.

Ce sont derrière ces grands français, toute foule de petites gens, ceux d’Auvers en particulier, qu’il faut aujourd’hui saluer. Parce que ces « petites gens » – le terme n’a rien de méprisant, croyez-moi, il est au contraire le plus honorable qui soit –, ces petites gens qui n’avaient rien à gagner dans cette affaire, qui n’avaient que de la sympathie à montrer et des convictions à exprimer, se sont, dès la première minute, manifestés aux côtés de la résistance iranienne. Cette symbiose entre le peuple français, le vrai peuple français, et la résistance iranienne a pesé, à ce moment-là, très lourd dans la balance.

Voilà tout simplement ces trois leçons que je vous propose aujourd’hui, que je propose à votre réflexion. Le combat n’est peut-être pas terminé, mais il est quand même maintenant très largement gagné. Et cette reconnaissance aujourd’hui, solennelle, non pas seulement du droit à la résistance – parce que la Constitution française de 1793 a même inscrit le devoir de résistance à l’oppression –, cette résistance continue de vivre. Mais je pense qu’aujourd’hui, nul ne peut plus, de bonne foi, contester sa légitimité. C’est une grande victoire. Ceux d’entre nous qui ont eu l’occasion d’y participer ou d’y assister, s’en réjouissent hautement. Et je pense qu’aujourd’hui, ce n’est pas seulement une grande victoire pour la résistance iranienne, mais c’est une grande victoire pour la démocratie française.

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