mardi, février 7, 2023
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Il était temps que cesse la criminalisation honteuse de l’opposition iranienne – William Bourdon

CNRI – « Cette procédure française est une tache un peu lugubre dans l’histoire de la justice française. En effet, il a fallu un juge d’instruction, M. Jean-Louis Bruguière, complaisant, pour que la justice française accepte d’être prise en otage par les mollahs, accepte de prendre en otage les dirigeants du CNRI, accepte de maintenir une criminalisation honteuse et de faire le jeu, sciemment, des mollahs », a déclaré Me William Bourdon le 13 mai à Paris.

Il présidait une conférence de presse aux côtés de Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, du préfet Yves Bonnet et de grandes figures du barreau parisien –Thierry Lévy, François Serres, Philippe Champetier de Ribes, Marie-Laure Barré – sur le non-lieu qui clôt le dossier judiciaire du 17 juin 2003, balayant les accusations de terrorisme portées contre la légitime Résistance iranienne.

Voici l’intervention de Me William Bourdon :

Je suis évidemment heureux, tout particulièrement, d’être à côté de Mme Radjavi, au nom des avocats qui collectivement se sont engagés avec ténacité et pugnacité depuis des années. Je voudrais partager avec vous quelques commentaires sur l’ordonnance de non-lieu qui a été rendue hier.

Premier commentaire : c’est un immense soulagement pour nos amis de la révolution iranienne. C’est un grand bonheur. Il n’y a aucune amertume en dépit du fait qu’il y a eu ces huit années de procédures iniques, inutiles, cruelles et source de souffrances. Il y a évidemment encore un peu de colère, mais qui va sans doute s’évanouir avec les mois et les années. Pour comprendre cette ordonnance de non-lieu, il faut revenir à l’origine de l’opération d’Auvers-sur-Oise, il y a maintenant huit ans.

Il faut se souvenir que lorsque les dirigeants du CNRI ont été brutalement arrêtés, ils l’ont été alors que pendant des années et des années, ils avaient été les interlocuteurs respectés, respectables, au plus haut niveau de l’État français, de sorte qu’en aucune façon, leur activité en France ne suscite la moindre critique ou la moindre observation.

Pourquoi fais-je ce rappel historique ? Parce qu’il est indispensable pour comprendre comment la politique, lorsqu’elle fait irruption dans la justice, conduit à des volte-face brutales. Et c’est évidemment uniquement parce qu’il y a eu une volte-face brutale des autorités françaises vis-à-vis de nos clients que cette opération bruyante, tapageuse, orchestrée, théâtralisée, médiatisée d’Auvers-sur-Oise est intervenue.

Pourquoi dis-je cela ? Parce que cette ordonnance de non-lieu montre que quand la politique quitte la scène judiciaire, le droit reprend ses droits, le droit prévaut. Quand le droit prévaut, quand on a en face de nous un juge d’instruction indépendant qui examine avec sérénité un dossier, la seule décision qui s’imposait depuis des années, c’était une décision de non-lieu.

Aujourd’hui, nous sommes très heureux, parce que sur les 24 personnes mises en examen, il subsiste 9 personnes pour des infractions financières absolument secondaires. Il s’agit des modalités de collecte d’argent. Cela n’a guère d’intérêt. Cela n’a guère d’importance. Cela ne nous soucie pas plus que cela même si, au fond, nous nous sommes confiants et certains que la procédure se terminera inévitablement par une ordonnance de non-lieu n° 2 qui mettra un terme définitivement à toute la procédure.

Je voudrais terminer avec quelques considérations qui sont les suivantes :

Il était temps que cesse la criminalisation honteuse de l’opposition iranienne. Cette procédure française est une tache un peu lugubre dans l’histoire de la justice française. En effet, il a fallu un juge d’instruction, M. Jean-Louis Bruguière, complaisant, pour que la justice française accepte d’être prise en otage par les mollahs, accepte de prendre en otage les dirigeants du CNRI, accepte de maintenir une criminalisation honteuse de l’opposition iranienne pendant huit ans, accepte ainsi de faire le jeu, sciemment, des mollahs pour maintenir cette campagne immonde de discrédit et de diffamation à l’encontre de Mme Radjavi, de ses alliés et de ses amis. Donc, M. Bruguière porte une part de responsabilité dans ce qui s’est passé parce qu’il a eu l’oreille trop complaisante eu égard à un certain nombre d’agendas politiques et commerciaux. Il faut le dire avec un peu de colère, et M. Bruguière devra s’en expliquer.

Deuxième considération : cette décision rendue par des juges antiterroristes qu’il faut saluer, et dont  il faut saluer l’indépendance, rappelle que comme nous l’avions dit dès le départ, le dossier était et est totalement vide de charges. Il n’existait que quelques vagues témoins repentis instrumentalisés par les services secrets iraniens, et ceci, M. Bruguière le savait dès l’origine.

Troisième commentaire important : cette décision se fonde notamment, et pas simplement, sur toute une série de développements juridiques que nous avons faits avec Me Serres, avec les autres avocats, et qui consistait à rappeler ceci : depuis les attentats du 11 septembre 2001, la communauté internationale a basculé dans une criminalisation cynique de ceux qui avant, étaient désignés comme des mouvements de résistance légitime à la barbarie et à la tyrannie. Il y en a plusieurs exemples. Ce qui s’est passé en France est un effet secondaire de cette espèce dynamique de criminalisation de ceux qui étaient avant des interlocuteurs politiquement respectables et respectés. M. Bruguière a abondé avec complaisance dans cette dynamique, et les juges d’instruction ont rappelé que cette ordonnance de non-lieu se fondait notamment parce que cette opposition iranienne que nous avons l’honneur de défendre incarne le droit légitime à la résistance à la tyrannie et à la barbarie. La tyrannie et à la barbarie, c’est évidemment les mollahs dont je veux parler. C’est sans précédent dans l’histoire judiciaire française et c’est très important.
Cela ouvre la voie à d’autres décisions et cela rétablit la force du droit.