vendredi, décembre 2, 2022
AccueilActualitésActualités: Droits humainsUn appel émotionnel du prisonnier politique iranien Afshin Baymani

Un appel émotionnel du prisonnier politique iranien Afshin Baymani

Un appel émotionnel du prisonnier politique iranien Afshin Baymani

CNRI – Le prisonnier politique iranien Afshin Baymani qui croupit dans la sinistre prison Gohardacht (Rajai – Shahr) à Karaj en Iran, a écrit une émouvante lettre ouverte au sujet de sa souffrance aux mains du régime des mollahs.

M. Baymani, âgé d’une quarantaine d’années et souffrant d’une grave maladie cardiaque, est détenu dans la cellule 4 du couloir 12 à la prison de Gohardacht à Karaj, au nord-ouest de Téhéran. Dimanche, il s’est vu refuser un traitement hospitalier par les autorités après avoir subi ce qui semblait être une crise cardiaque un peu plus tôt dans la journée.

M. Baymani, père de deux enfants, a été emprisonné pendant près de 16 ans dans la sinistre prison d’Evin à Téhéran et dans la prison de Gohardacht à Karaj pour avoir aidé son frère à échapper à une arrestation. M. Baymani a été condamné à mort le 6 Septembre 2000, mais sa peine a été commuée en réclusion à perpétuité six ans plus tard.

Ce qui suit est le texte de sa lettre ouverte qui a été clandestinement sorti de prison :

Apportez ma corde

Il y a de cela seize ans quand j’étais en isolement, après plusieurs mois d’interrogatoires, un jour, j’ai demandé à mon interrogateur : Je n’ai rien fait, pendant combien de temps serai-je encore gardé en isolement cellulaire et quand serai-je libéré ? Il a souri et a dit, « Si tu es un bon garçon et fais ce qu’on te dit, ton dossier est prêt et tu pourras bientôt être libéré.»

Le temps a passé…

Quand on m’emmenait au tribunal, j’ai demandé aux officiers dans le véhicule pourquoi il fallait si longtemps pour y être. Ils ont tous ri et dit qu’un voyage d’une heure au parc en compagnie de Haji (le responsable ecclésiastique) verrait mon cas différé d’un an.

Je ne les avais pas compris.

Au tribunal, j’ai demandé au juge quand est-ce qu’il ordonnera ma libération. Il m’a regardé et dit qu’il ne me laisserait pas croupir en prison plus de 5 ans.

Un matin, au centre de détention 209, ils m’ont emmené dans une salle d’interrogatoire où Jafari, l’homme en charge des affaires judiciaires, était présent. Il sonnait exactement 9 heures du matin quand il m’a donné un fichier de 20 pages et m’a demandé de le lire et de signer. J’ai été ravi et ai commencé à lire. Aucun des paragraphes n’était en rapport avec moi. Le nom d’un avocat y était également mentionné, mais je ne l’avais jamais vu. La fin du document notifiait que j’avais été condamné à mort. J’ai dit à Jafari que ce fichier n’avait rien à voir avec moi. Il a répondu : « Signe-le. Je suis pressé. Que cela te concerne ou non est la décision de quelqu’un d’autre. Comme c’était la première fois que je me trouvais face à une telle situation et que je ne comprenais pas le terme « exécution », sans contrôle particulier, je l’ai signé.

Après un certain temps, j’étais tellement sous la coercition que j’ai souhaité qu’ils m’exécutent. Pendant cinq ans, j’ai enduré cette souffrance pour moi et pour ma famille.

Un après-midi, on m’a dit que mon interrogateur était venu. Avec plusieurs autres prisonniers, mains et pieds enchaînés, je fus transféré à la section solitaire du quartier 204 de la prison d’Evin. Sur le chemin, j’ai appris qu’on les emmenait pour exécution; j’ai donc essayé de les réconforter. Je ne me doutais pas que j’étais moi aussi emmené dans le même but. Lorsque nous sommes arrivés au quartier 204, j’ai demandé à l’un des officiers appelé Kolivand pourquoi j’avais été amené là. Je lui ai dit qu’on m’avait annoncé que mon interrogateur était arrivé. Il a rapidement rétorqué : « Rentre dans la cellule. Tu es également ici pour être exécuté. »

Quand j’ai entendu ce qu’il a dit, j’ai tressailli de manière incontrôlable. Pendant plusieurs minutes j’étais hagard. Ensuite, pendant de nombreuses heures j’ai pleuré de manière incontrôlable pour ma femme et mes deux enfants. Je ne voulais pas les laisser seuls. Les heures qui se sont écoulées après sont indescriptibles.

Quoiqu’il en fût, il y avait un Coran là et je l’ai ramassé pour le lire. Cela m’a réconforté. Je pleurais au fur et à mesure que je lisais… enfin je me suis calmé et me suis préparé à être pendu. Trois jours se sont écoulés de cette façon et j’étais dans un état d’incertitude. Ils m’ont ramené de la cellule 204 au quartier 209. A cet instant, j’ai dit adieu à ma misérable vie et à cinq ans de prison et je ressentais tout à coup une tranquillité que je n’avais jamais connue de toute ma vie. J’ai vu mon interrogateur dans la cellule 209. Avec un sourire répugnant, il m’a dit que ma peine avait été commuée en prison à vie. Je l’ai dévisagé et lui ai demandé pourquoi ils m’ont fait souffrir pendant 3 jours en me gardant sur le point d’être exécuté.

Une fois encore pendant ma septième année en prison, j’ai vu un interrogateur et lui ai dit que je désire être exécuté pour échapper à cette vie humiliante. Il a souri et m’a dit qu’ils vont me traiter d’une telle sorte que je souhaiterais la mort une centaine de fois par jour… Je ne l’ai pas cru, mais maintenant que près de 10 ans se sont écoulés depuis cette rencontre, je sens qu’il me disait la vérité…

Maintenant, je demande à toutes les institutions internationales et iraniennes d’au moins exhorter le régime à me rendre ma peine de mort et à me pendre en compagnie de mes douzaines de codétenus qui sont pendus chaque semaine dans cet abattoir de Gohardash [Prison] pour que je puisse enfin être libéré de cette vie remplie de mensonges, d’horreur et de déception et que je n’aie plus à souffrir en assistant à l’exécution de mes amis.

Si quelqu’un doute de mon innocence – moi Afshin Baymani – alors il devrait réfléchir un instant aux deux personnes qui sont arrivées en mission [en Iran] en provenance du camp d’Achraf. L’un était mon frère Mehdi et l’autre Arash Sametipour. Mon frère a lutté jusqu’au bout pour ses idéaux et y a laissé sa vie. Arash Sametipour a été blessé et a été capturé par le ministère du Renseignement (MOIS). Comment se fait–il qu’Arash ait été libéré de prison après une courte période et passe actuellement ses journées à errer dans les rues d’Europe, alors que moi qui n’ai jamais été au camp d’Achraf, ni eu de liens formels avec de telles organisations, ai dû passer 16 ans de ma vie dans les pires conditions ainsi que ma famille ?

Si vous me posez la question, je vous répondrais simplement. Mon frère adorait l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) et il ne s’est pas rendu et a sacrifié sa vie pour son parcours et son but ; Arash Sametipour s’est vendu au ministère du Renseignement et est maintenant libre ; et moi, Afshin Baymani, qui n’étais pas un membre de l’OMPI, mais qui ne me suis jamais permis une seconde d’être un mercenaire du ministère du Renseignement non plus, suis actuellement entrain de croupir en prison.

Apportez ma corde ; je l’attends depuis longtemps

Afshin Baymani – Prison de Gohardasht (Rajai Shahr) à Karaj

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe