
Les 9 et 10 août 2026, le régime iranien a procédé à une vaste restructuration de son appareil militaire et sécuritaire sous la direction de Mojtaba Khamenei. La restructuration, qui a hissé des commandants intransigeants au sommet de l’appareil sécuritaire de l’État, témoigne de la volonté du pouvoir en place de se préparer à une confrontation étrangère prolongée afin de détourner l’attention d’un soulèvement intérieur imminent, alimenté par une grave crise économique.
Au cœur de ce réalignement se trouve la nomination, le 9 août, de Mohsen Rezaei comme représentant du Guide suprême auprès du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN). Suite à ce décret, le président du régime, Massoud Pezeshkian, a officiellement nommé Rezaei secrétaire du CSSN, consolidant ainsi son autorité sur l’organe stratégique le plus crucial du pays.
Privilégier la doctrine militaire à la diplomatie
Les médias d’État ont ouvertement reconnu cette manœuvre comme un revirement par rapport à la désescalade. L’agence de presse officielle Imna a rapporté que la nomination de Rezaei « démontre la préférence et la suprématie de la doctrine militaire sur une approche purement diplomatique dans les conclusions macroéconomiques du Conseil suprême de sécurité nationale ».
La guerre de survie de l’Iran : pourquoi la pression économique pourrait primer sur les bombardements https://t.co/shJNxeUg5a
— Afchine Alavi (@afchine_alavi) August 13, 2026
Développant ce calcul stratégique, Imna a noté : « Contrairement à certaines analyses qui présumaient une tendance à la désescalade et à la reprise des négociations, l’analyse de la situation sur le terrain montre que l’Iran se prépare à des scénarios plus difficiles. » Le média a évoqué la possibilité de nouveaux conflits avant les élections américaines et israéliennes, décrivant la nomination de Rezaei comme une mesure visant à optimiser la « coordination entre les différents piliers de l’État pour gérer ces crises ».
Le remaniement plus large du 10 août a impliqué la nomination de six hauts gradés militaires, illustrant la domination politique du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Le général de division Ahmad Vahidi, ancien commandant de la Force Qods impliqué dans l’attentat contre l’AMIA en Argentine, a été nommé commandant en chef du CGRI. Le religieux Hossein Taeb, précédemment impliqué dans la fabrication systématique de dossiers de sécurité et dans des exécutions extrajudiciaires en série, a été choisi pour diriger le Bassidj des Gardiens de la révolution afin de renforcer le réseau de renseignement face aux troubles intérieurs.
Remaniement des élites pour la répression interne
D’autres nominations soulignent une double priorité : écraser la dissidence interne et afficher une posture navale agressive. Le général de division Abdollahi, impliqué dans le massacre de prisonniers politiques de l’OMPI à Rasht en 1988, a été nommé chef d’état-major des forces armées, secondé par le général de brigade Heidari. L’amiral Ozmaei a été promu commandant de la marine des Gardiens de la révolution afin de mettre en place une « marine standard », tandis que le général de division Izadi est devenu commandant en chef adjoint des Gardiens de la révolution.
Ces nominations ont rapidement suscité l’approbation de proches du régime. Transfrontalièresr judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a déclaré à Rezaei qu’il était désormais « à l’avant-garde de la protection des intérêts nationaux et de la lutte contre les menaces transfrontalières à l’ère de la guerre hybride menée par l’ennemi ». Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé que l’Iran « met à genoux tous ses ennemis », tandis que le vice-président Mohammad Reza Aref a déclaré que ce remaniement crée « une synergie entre les capacités du pays et garantit la stabilité nationale ».
Ce remaniement a également mis en lumière des fractures institutionnelles, notamment avec le limogeage de l’ancien secrétaire du Conseil national de sécurité, Mohammad Bagher Zolghadr. Le 11 août, Nowbonyad, journal proche de la faction ultraconservatrice Paydari, a qualifié son limogeage de « changement de principe ». Le journal a souligné que ce changement témoigne d’un « profond mécontentement face à la direction prise ces derniers mois au sein de cette institution », notamment concernant les accords diplomatiques et les différends relatifs au contrôle du détroit d’Ormuz.
Effondrement économique et menace de révolte
Alors que le régime renforce son appareil sécuritaire, les responsables de l’État s’efforcent d’apaiser une société fracturée et exsangue économiquement. Dans une allocution diffusée le 10 août à la télévision d’État, Pezeshkian a détaillé une réunion de sept à huit heures avec Mojtaba Khamenei. Pezeshkian a affirmé que leur principale préoccupation était l’économie, ajoutant : « Nous aurions honte de ne pas être à la hauteur face à ces difficultés », tout en plaidant pour « l’unité et la cohésion » du pays.
Rapport sur les manifestations nationales en Iran : 20 mars 2025 – 20 mars 2026 https://t.co/rPJjq69ziv pic.twitter.com/3e1ZE9JovJ
— CNRI-France (@CNRIFrance) August 13, 2026
Pourtant, les appels à l’unité sonnent creux face à une pression économique écrasante. La décision du pouvoir en place de privilégier la démonstration de force militaire à l’aide diplomatique témoigne d’une stratégie de survie délibérée : se préparer à une guerre étrangère pour gérer et réprimer un soulèvement intérieur anticipé. Téhéran prépare le terrain à une nouvelle vague de hausses de prix sans précédent, notamment la flambée imminente des prix des carburants, qui a historiquement été un facteur majeur de troubles sociaux.
En fin de compte, ce bouleversement révèle un calcul institutionnel implacable. En maintenant une posture de crise extérieure permanente, le régime cherche à justifier son contrôle intérieur brutal et à réprimer violemment une société explosive avant que l’effondrement économique ne déclenche une révolte inévitable.

