
Le 13 août 2026, dans un entretien exclusif accordé à Newsweek Roumanie, Dowlat Nowrouzi, représentante au Royaume-Uni du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a exposé la voie à suivre pour renverser le régime des mollahs, malgré le conflit en cours entre les États-Unis et l’Iran. Mme Nowrouzi a souligné que les frappes aériennes et les guerres extérieures ne conduiraient pas à l’effondrement du régime ; le changement doit au contraire venir de l’intérieur, porté par le peuple iranien et sa résistance organisée. Elle a mis en avant l’expansion rapide des « Unités de résistance » affiliées à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) dans les 31 provinces du pays, ces unités agissant comme une force motrice face au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Mme Nowrouzi a écarté l’hypothèse de défections massives au sein du CGRI, qualifiant cette organisation de pilier fondamental de la survie du régime plutôt que d’armée nationale. Elle a également averti que Téhéran utilise le conflit actuel comme un bouclier pour intensifier la répression interne, citant une vague d’exécutions sans précédent visant des prisonniers politiques et des manifestants depuis le mois de mars. Rejetant à la fois la guerre étrangère et la politique de complaisance, elle a réitéré le plan en dix points de Maryam Radjavi pour une république laïque et démocratique. Enfin, Mme Nowrouzi a exhorté la communauté internationale à reconnaître le droit du peuple iranien à l’autodéfense, à imposer des sanctions globales et à expulser les agents du régime des pays occidentaux. Voici la traduction de l’entretien avec Dowlat Nowrouzi :
EXCLUSIF – Résistance populaire iranienne : le régime de Téhéran ne tombera pas sous les frappes aériennes, mais de l’intérieur
International
Par Adina Mutăr
Date de publication : 13/08/2026
Dowlat Nowrouzi, représentante du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) au Royaume-Uni, répond en exclusivité à Newsweek sur les conséquences de la guerre entre les États-Unis et l’Iran pour la population. « Le régime doit tomber, mais rien ne se fera par des frappes aériennes. Cela ne peut venir que de l’intérieur. »
Dowlat Nowrouzi, représentante du Conseil national de la résistance iranienne au Royaume-Uni, a répondu en exclusivité à quelques questions de Newsweek concernant la guerre entre les États-Unis et l’Iran et les solutions envisageables pour résoudre la crise.
NEWSWEEK Roumanie : Donald Trump a déclaré, durant le conflit avec l’Iran, que le renversement du régime incombait aux forces populaires iraniennes. Quelles sont ces forces populaires capables de renverser le régime des mollahs ?
Dowlat Nowrouzi : Aujourd’hui plus que jamais, il est évident que le changement en Iran ne pourra s’opérer que par le renversement du régime par le peuple iranien, avec une résistance organisée au cœur de ce processus. C’est d’ailleurs la stratégie prônée par la Résistance iranienne.
La force de cette résistance organisée repose sur le réseau des « Unités de résistance » affiliées à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI). Malgré la répression brutale exercée par le régime, ce réseau se développe rapidement et est désormais actif dans les 31 provinces du pays.
My latest interview on #Iran with ARISE NEWS TV:
No to Appeasement, No to War
There is a Third Option presented by @Maryam_Rajavi,
Regime change by the people of #Iran & the organised Resistance movementIRAN-ISRAEL: A LOOK BACK AT 12 DAYS OF WAR https://t.co/BJcQPEL1KE via…
— Dowlat Nowrouzi (@DowlatNowrouzi) July 14, 2025
Comme l’a souligné Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne : « Le changement en Iran nécessite une force qui, tout d’abord, possède la détermination de combattre le Corps des gardiens de la révolution islamique — l’épine dorsale du régime du *velayat-e faqih* (doctrine conférant à un guide suprême un pouvoir absolu sur l’État, l’armée et les lois – ndlr) — et qui est prête à en payer le prix.
Deuxièmement, cette force doit émaner de la société iranienne elle-même et disposer de relais sur le terrain, dans les villes d’Iran. Elle ne doit dépendre d’aucun gouvernement ni d’aucune puissance étrangère.
Troisièmement, elle doit être organisée et composée d’une jeunesse consciente et militante, ayant choisi le combat et prête à consentir des sacrifices pour cette cause.
L’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran et ses Unités de résistance, qui possèdent ces caractéristiques et ces capacités, constituent une force décisive pour le changement en Iran. »
Le régime sait, par expérience, que la menace la plus grave pour son existence réside dans la synergie entre les protestations populaires et la résistance organisée. La réaction sévère du gouvernement — arrestations massives pour liens présumés avec les Moudjahidines et exécutions de membres et de sympathisants de cette organisation, en particulier ces derniers mois — confirme clairement cette réalité.
Existe-t-il une force disposant des armes et des équipements nécessaires pour agir de l’intérieur de l’Iran contre le régime ?
Le réseau des unités de résistance affiliées à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) constituent la force motrice de la résistance et du changement en Iran. Ce réseau, en pleine expansion, a joué un rôle clé et décisif dans l’organisation et la conduite des soulèvements nationaux de ces dernières années, notamment ceux de 2019, 2022 et 2026.
Au cours des années écoulées, malgré la répression et les nombreuses arrestations, les unités de résistance ont réussi à se consolider face aux Gardiens de la révolution et à la force répressive des Bassidjis, tout en commençant à s’étendre dans les principales villes d’Iran.
Lors du soulèvement du mois de Dey (22 décembre – 20 janvier), les unités de résistance ont mené 630 opérations contre des centres du régime.
Cinq jours avant la guerre récente, le 23 février 2026, 250 membres de l’OMPI — des combattants courageux et dévoués — ont attaqué le quartier général de Khamenei, situé dans la zone la plus sécurisée du centre de Téhéran.
Pourquoi le Corps des gardiens de la révolution islamique est-il si fidèle au régime ? Est-il possible que les Gardiens de la révolution « changent de camp » et rejoignent l’autre partie ?
Le Corps des gardiens de la révolution n’est pas une armée nationale créée pour défendre les frontières, l’intégrité territoriale et le territoire de l’Iran.
Il est à noter que le mot « Iran » n’apparaît même pas dans le nom de cette organisation. Dès sa création, cette institution a eu pour mission de préserver la doctrine du « Velayat-e Faqih » (la tutelle du juriste islamique) ; tout son système de recrutement, de formation, d’organisation et d’avancement du personnel repose sur la loyauté envers la direction du régime.
Depuis plus de quarante ans, les Gardiens de la révolution sont les principaux acteurs de la répression des manifestations et soulèvements populaires, des arrestations d’opposants, du meurtre de manifestants, de l’instauration de la répression, de l’exportation du terrorisme et du soutien aux forces supplétives de la République islamique.
Les commandants et la structure organisationnelle des Gardiens de la révolution ne sont pas dissociés des structures politiques et économiques du régime ; ils en constituent au contraire l’un des principaux piliers de survie.
In this episode of Frankly Speaking we speak to @DowlatNowrouzi, UK Rep. of @iran_policy about why the protests in #Iran, which first began as a reaction to the death of #mahsa_amini in police custody, have turned into a national uprising | Full episode: https://t.co/GTt3b06J5x pic.twitter.com/kS1BOqUVjo
— Frankly Speaking by Arab News (@FranklySpeaking) October 16, 2022
Par conséquent, bien que l’on ne puisse totalement exclure la possibilité de défections limitées au sein des échelons inférieurs des Gardiens de la révolution, il est illusoire d’espérer que cette organisation, dans son ensemble, change d’orientation pour rejoindre le peuple. La seule solution réside dans la destruction et le démantèlement complets de cette organisation.
En quoi les bombardements des États-Unis et d’Israël aident-ils les forces qui s’opposent au gouvernement iranien ?
La réalité est que, depuis plus de vingt ans, Maryam Radjavi affirme que la solution à la crise iranienne ne réside ni dans une politique d’apaisement et de concessions, ni dans une guerre extérieure. La seule solution est un changement de régime opéré par le peuple et la résistance organisée.
Cette réalité est aujourd’hui plus avérée que jamais : la liberté et la démocratie ne peuvent être instaurées depuis le ciel ; elles nécessitent un mouvement de résistance organisé sur le terrain.
Il faut garder à l’esprit que, depuis le début de la guerre le 28 février, le régime a manifestement utilisé ce conflit comme un bouclier pour sa propre survie. Profitant du climat de guerre qui règne dans le pays, il a arrêté des milliers de jeunes opposants et exécuté de nombreux participants au soulèvement de janvier, ainsi que des membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran.
Dans ce même contexte, le régime maintient les membres des Bassidjis dans les rues depuis des mois pour empêcher l’éclatement de soulèvements et tente, par diverses tactiques — notamment la fermeture du Parlement qu’il contrôle lui-même —, d’éviter une escalade des conflits entre ses différentes factions.
Les bombardements des États-Unis et d’Israël ont-ils détruit les arsenaux de l’armée et des Gardiens de la révolution ? Combien de temps ces forces peuvent-elles encore résister ?
Il est évident que l’appareil militaire du régime, et en particulier le Corps des gardiens de la révolution, a subi de lourds coups. Un nombre important de commandants de haut rang des Gardiens de la révolution ont été tués.
L’économie du régime est au bord de l’effondrement, et les prix des denrées alimentaires de base augmentent à un rythme alarmant. Bien que ce régime ne se maintienne au pouvoir qu’en massacrant une population mécontente et en entraînant le pays dans une guerre extérieure — situation qui, naturellement, ne peut perdurer —, le changement sera porté par le peuple et la résistance organisée.
Depuis le début de la guerre et après que le régime au pouvoir à Téhéran a été appelé à cesser les exécutions, combien de civils et combien de membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) ont été exécutés ?
Depuis le 19 mars, nous assistons en Iran à une vague d’exécutions politiques sans précédent depuis l’été 1988.
My interview with the Iranian opposition TV @simayazaditv discussing the growing international recognition & support for the Iranian Resistance & our democratic platform for #Iran‘s future.
The parliamentary majority in 84 parliaments across 50 countries has drawn significant… pic.twitter.com/JT4Q15ejjD— Dowlat Nowrouzi (@DowlatNowrouzi) August 1, 2024
Cette année-là, à la suite de la défaite du régime dans la guerre Iran-Irak, Rouhollah Khomeini, fondateur du régime actuel, a ordonné le massacre de tous les prisonniers politiques qui maintenaient leurs convictions. En l’espace de quelques mois, environ 30 000 prisonniers politiques, dont la grande majorité étaient des militants de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, ont été massacrés.
Cette année, à ce jour, près de 40 prisonniers politiques ont été exécutés, dont 9 membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran. La majorité des autres victimes sont de jeunes insurgés ayant participé au soulèvement de janvier 2026 dans le but de renverser le régime.
Actuellement, au moins 50 prisonniers politiques — dont une part importante de militants affiliés à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, parmi lesquels figurent des femmes — sont sous le coup d’une condamnation à mort.
Le régime, qui redoute vivement la perspective d’un nouveau soulèvement bien plus vaste en préparation, tente, par cette vague d’exécutions, d’empêcher l’émergence d’une révolte potentiellement bien plus ample que les précédentes, ainsi que d’éviter qu’un plus grand nombre de jeunes ne rejoignent la résistance organisée.
Quelle pourrait être la solution pour parvenir à un changement de régime en Iran ?
La solution à la crise iranienne ne réside ni dans la poursuite de la politique d’apaisement et de concessions, ni dans une guerre extérieure, mais dans un changement porté par le peuple iranien et sa résistance organisée.
Cette solution comporte plusieurs volets :
- Étendre les soulèvements et lier les protestations économiques et sociales à la revendication politique du renversement de l’ensemble du système du *velayat-e faqih*.
- Consolider la résistance organisée et les Unités de résistance à l’intérieur du pays afin que les protestations populaires puissent résister à la répression.
- Intensifier l’isolement politique et économique des institutions répressives, en particulier les Gardiens de la révolution et le ministère du Renseignement, et entraver les activités des réseaux d’espionnage et de terrorisme du régime hors d’Iran.
- Reconnaître le droit du peuple iranien à affronter les Gardiens de la révolution et les autres forces répressives, ainsi qu’à renverser le régime.
Selon le plan du Conseil national de la Résistance pour la période de transition du pouvoir au peuple, après la chute du régime, un gouvernement provisoire dirigerait le pays pour une durée maximale de six mois et organiserait des élections libres afin d’élire une Assemblée constituante. La forme définitive du gouvernement serait déterminée par le vote libre du peuple.
Le plan en dix points présenté par Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance, prône une république fondée sur le suffrage universel, des élections libres, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’autonomie des nationalités opprimées dans le respect de l’intégrité territoriale de l’Iran, l’abolition de la peine de mort, un système judiciaire indépendant et un Iran exempt d’armes nucléaires.
Selon CNN, le CENTCOM a demandé à des analystes militaires de proposer de nouveaux moyens de faire pression sur Téhéran, étant donné que les frappes aériennes n’ont pas permis d’aboutir à un accord. En tant que forces d’opposition, avez-vous des propositions ou des idées à ce sujet ?
La stratégie adéquate repose sur la compréhension du rôle particulier de la résistance organisée et sur le fait que le changement s’opérera par le renversement de ce régime, sous l’impulsion du peuple et de la résistance organisée.
À cet égard, nous proposons les mesures concrètes suivantes :
- Afficher un soutien explicite au droit du peuple iranien à changer de régime et à se défendre contre l’appareil répressif ;
- Apporter un soutien politique à la résistance populaire organisée des Moudjahidines du peuple d’Iran à l’intérieur du pays ainsi qu’aux unités de résistance ;
- Imposer des sanctions globales visant les secteurs pétrolier et financier du régime, car la majeure partie de son budget est consacrée à l’armement, à sa propre survie et aux moyens de répression interne, plutôt qu’à l’amélioration des conditions de vie et du bien-être général de la population ;
- Soutenir l’accès libre du peuple iranien à Internet et aux communications sécurisées lors des manifestations ;
- Expulser les agents du ministère du Renseignement et des Gardiens de la révolution des pays occidentaux et fermer les centres servant de couverture à des activités d’espionnage, de terrorisme ou de propagande ;
- Inscrire à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies les violations des droits de l’homme, le massacre de 1988 et les exécutions de prisonniers politiques ;
Reconnaître le gouvernement provisoire d’une république démocratique fondé sur le plan en dix points présenté par Maryam Radjavi.

