Par Sabrina Tavernise
The New York Times Larmée américaine a déclaré mardi quelle avait en sa possession des preuves crédibles établissant un lien entre des Iraniens et leurs associés irakiens, détenus depuis des raids menés la semaine dernière, et des activités criminelles, en particulier des attaques contre les forces américaines. Ces preuves révèlent également que certains détenus étaient responsables dapprovisionnement darmes destinées à des groupes clandestins armés en Irak.
Dans le premier communiqué officiel confirmant les raids de la semaine dernière, larmée a annoncé avoir confisqué des cartes, des vidéos, des photographies et des documents dans un des raids à Bagdad. Larmée a confirmé larrestation de cinq Iraniens et déclaré que trois dentre eux avaient été libérés.
Le gouvernement de Bush présente les deux Iraniens encore détenus mardi soir comme de hauts officiers militaires. Le général William Caldwell IV, porte-parole en chef du commandement américain, a affirmé que pendant le raid, larmée avait « obtenu des informations spécifiques de sources très crédibles établissant un lien entre les individus et les sites et des activités criminelles contre des civils irakiens, les forces de sécurité et les membres de la force de coalition ».
Le général Caldwell a fait ces commentaires par e-mail en réponse à une interview sur ces raids qui ont été annoncés lundi dans le New York Times. « Certaines des ces informations spécifiques, a-t-il dit dans son e-mail, portaient explicitement sur des questions de protection, et même dattaques contre les forces MNF-I. »
MNF-I veut dire Force multinationale Irak, nom officiel donné aux forces étrangères menées par les Etats-Unis et présentes dans le pays.
Les dirigeants américains ont toujours pensé que le gouvernement iranien intervenait en Irak, mais ces arrestations, ayant eu lieu dans lenceinte dun des leaders politiques chiites les plus puissants dIrak, étaient les premières depuis linvasion américaine fondées sur des preuves établissant un tel lien.
Ces raids menacent de déstabiliser léquilibre délicat de la relation à trois entre les USA, lIrak et lIran. Ces derniers mois, le gouvernement irakien a entrepris dénormes efforts pour obtenir la coopération de lIran en matière de sécurité et ces arrestations dIraniens ont des chances de gâcher ces efforts.
Certains Irakiens mettent en question le moment choisi pour ces arrestations, suggérant que ladministration Bush avait des motifs politiques. Ces arrestations ont eu lieu à peine quelques jours avant que le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte une résolution imposant des sanctions contre lIran pour son refus de suspendre lenrichissement duranium.
Ladministration Bush refuse douvrir des négociations avec lIran sur lIrak.
Le gouvernement irakien reste silencieux à propos de ces arrestations, mais mardi soir, des hauts responsables ont parlé dintenses négociations secrètes menées par le gouvernement irakien et son élite politique fragmentée sur la manière de gérer la situation.
Le président irakien, Jalal Talabani, avait invité ces deux Iraniens lors de sa visite à Téhéran, a affirmé son porte-parole dimanche, mais mardi, plusieurs officiels irakiens ont commencé à mettre en doute le fait que M. Talabani ait bien lancé cette invitation. Son bureau nétait pas disponible pour des commentaires mardi soir.
« Nous savons quand ils les ont arrêtés quils étaient en train de faire quelque chose », a affirmé un haut responsable irakien, qui a ajouté que les Iraniens ne semblaient pas officiellement faire partie du gouvernement.
Certains dirigeants politiques ont suggéré que ces arrestations avaient pour but de saboter les efforts des Irakiens pour traiter avec lIran de manière isolée en faisant passer les Irakiens pour des gens faibles.
Mais larmée semblait certaine de qui elle avait trouvé, et quoi.
A environ 7 heures du soir mercredi, larmée a stoppé une voiture à Bagdad et appréhendé quatre personnes, trois Iraniens et un Irakien. Larmée a relâché deux dentre eux vendredi et les deux autres dimanche soir, selon le général Caldwell. Lambassade iranienne a confirmé ces libérations.
Mais le raid le plus significatif a eu lieu avant laube le matin suivant, lorsque les forces américaines ont fait une deuxième descente à un autre endroit, a affirmé le général. Larmée la décrite comme « un site à Bagdad », mais a refusé de fournir plus de détails sur sa localisation exacte.
Les dirigeants irakiens ont affirmé la semaine dernière que ce site était le repaire dAbdul Aziz al-Hakim, un des plus puissants leaders politiques chiites en Irak, qui a rencontré le président Bush à Washington il y a trois semaines. Le porte-parole de M. Hakim a déclaré quil nétait pas informé de ce raid.
Une lecture attentive du communiqué du général Caldwell indique clairement cependant que la localisation elle-même revêtait une importance capitale. Larmée a réuni « des informations spécifiques de sources très crédibles établissant un lien entre les individus et les sites et des activités criminelles ». Les victimes de ces crimes étaient des civils irakiens, les forces de sécurité et les Américains.
Dans ce raid, les forces américaines ont appréhendé dix hommes, deux dentre eux étant des Iraniens. Ils ont saisi des documents, des cartes, des photographies et des vidéos sur le site, selon larmée. Mais celle-ci a refusé de dire précisément ce que ces objets montraient et na pas non plus spécifié si les Iraniens eux-mêmes étaient suspectés davoir attaqué des Américains, ou si les Irakiens arrêtés avec eux étaient suspectés, ou si les deux groupes létaient.
Certains Irakiens ont mis en doute les motifs des Américains, affirmant que lopération semblait destinée à embarrasser M. Hakim, force motrice dun nouveau groupe politique soutenu par les Etats-Unis, afin déloigner les militants du processus politique.
Un dirigeant irakien a suggéré que le tuyau à lorigine du raid ait été donné par une source interne au propre parti de M. Hakim, connu sous le nom de Sciri, dans le but de laffaiblir ou de le sortir.
Bien que le raid ait eu lieu à cet endroit, larmée affirme avoir trouvé des preuves de méfaits. En interrogeant les détenus et en enquêtant sur les objets saisis, larmée a trouvé la preuve liant certains des prisonniers à « des cargaisons darmes livrées à des groupes armés en Irak », selon le général Caldwell.
Larmée na pas spécifié de quels types darmes il sagissait.
Ces allégations, si elles sont vraies, feraient de ce raid le premier incident depuis linvasion américaine dans lequel des officiers militaires iraniens sont découverts en pleine préparation dune action à lintérieur de lIrak. Les dirigeants américains les ont toujours accusés de fournir des armes et des fonds provenant dIran, mais jamais de venir en Irak et dy orchestrer des actes violents.
Les dirigeants américains ont accusé lIran à lété 2005 de concevoir et livrer en Irak de nouvelles bombes puissantes capables de percer les blindages.
Les hauts responsables américains ont à plusieurs occasions fourni la preuve de limplication du gouvernement iranien : une cargaison darmes portant des numéros de série qui appartiendraient à un fabricant iranien officiel a été interceptée lannée dernière. Ces accusations plus récentes, si vraies,
montrent directement lIran du doigt.
Le général Caldwell a déclaré que les détenus étaient toujours sous garde américaine et que larmée « était engagée dans des discussions avec le gouvernement », à propos de leur statut. Un haut responsable de lambassade iranienne à Bagdad a affirmé que ses diplomates avaient tenté de voir les prisonniers mais que lautorisation leur avait été refusée, refus en violation des règles internationales, selon le haut responsable.
James Glanz a contribué à la rédaction de cet article depuis Bagdad, ainsi que Michael R. Gordon depuis Washington.

