
Après les 40 jours de guerre menée par l’Iran contre les États-Unis et Israël, de profondes divisions internes au sein du régime ont dégénéré en affrontements ouverts quant à l’opportunité de poursuivre des négociations avec Washington. Les factions rivales s’accusent publiquement de sabotage, de capitulation, voire de complicité dans l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei.
La dernière flambée de violence a débuté le 7 mai 2026, lorsque Mahmoud Vaezi, ancien chef de cabinet du président Hassan Rouhani, a attaqué des opposants extrémistes aux pourparlers. Dans des propos rapportés par les médias proches du pouvoir, Vaezi a pris à partie le député de Téhéran Amir Hossein Sabeti et l’ancien négociateur nucléaire Saeed Jalili, les accusant d’« instrumentaliser la position du Guide » à des fins politiques. « Si le Guide s’était opposé par principe à ces négociations, il l’aurait dit clairement », a déclaré Vaezi. Il a ajouté qu’une telle opposition nuit à « l’unité nationale » et porte atteinte à l’image de cohésion interne, même si les pourparlers ont reçu l’aval du pouvoir.
Les révisionnistes s’en prennent aux extrémistes
Deux journaux pro-régime ont relayé cette attaque le 8 mai 2026. Le Jomhouri Eslami, dans ses éditions de cette semaine-là, a averti que certains députés « extrémistes » et personnalités des médias d’État, partisans de la guerre plutôt que de la diplomatie, représentaient un danger « au même titre que Netanyahu et Trump ». Le journal exigeait des « mesures décisives et concrètes » contre ceux qu’il qualifiait de « perturbateurs », dont la rhétorique affaiblissait les rassemblements pro-régime organisés chaque soir à travers le pays.
Le quotidien Sazandegi s’est joint à l’offensive, critiquant ouvertement Mohammad-Bagher Kharazi, secrétaire général du Hezbollah iranien. La publication a souligné que le récent message de Kharazi sur les réseaux sociaux était incendiaire et préjudiciable à la stabilité du régime, déjà soumis à des pressions extérieures.
La posture belliqueuse de #Téhéran masque la fracture du régime, l’étranglement économique et la fragilité sociale https://t.co/eQIdumMvgj #Iran pic.twitter.com/oJNRPTTpEL
— CNRI-France (@CNRIFrance) 4 mai 2026
Ces déclarations coordonnées témoignent d’une stratégie manifeste visant à présenter les factions rivales comme des obstacles aux intérêts nationaux, en insistant sur le fait que les négociations bénéficient d’une approbation tacite des plus hautes instances du pouvoir.
Les extrémistes ripostent par des menaces.
Mohammad Bagher Kharazi a répondu par des menaces explicites dans une publication initialement relayée, puis supprimée, par l’agence de presse affiliée aux Gardiens de la révolution. Kharazi a accusé le négociateur en chef, Abbas Araghchi, de « capitulation » et a insinué son implication dans l’attentat à la bombe perpétré contre le domicile du Guide suprême. Il a averti que si les négociations actuelles ressemblaient à l’accord de Vienne de 2015, il n’hésiterait pas à contribuer à l’organisation de manifestations de rue et à « détruire le ministère des Affaires étrangères et le gouvernement Pezeshkian ».
Mahmoud Nabavian, vice-président de la Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Majlis, a repris ces exigences intransigeantes le 9 mai 2026. Il a exigé l’éviction complète des membres de la « clique pro-JCPOA » de l’équipe de négociation dirigée par le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, affirmant que leur présence ne laissait « aucun espoir d’un accord satisfaisant ».
Son collègue, le député Esmailzadeh, est allé plus loin, déclarant que toute négociation avec les États-Unis était « irrationnelle, stupide et déshonorante », quel que soit son dirigeant. Un autre membre de la commission, Ahmad Bakhshayesh Ardestani, a rejeté les équipes composées de factions différentes, les jugeant vouées à l’échec et soulignant la profondeur de la méfiance interne.
Session parlementaire : Loyauté et difficultés économiques
Le 10 mai 2026, le Majlis a tenu sa première session à huis clos de l’année par visioconférence, en l’absence du président Ghalibaf et sous la présidence du vice-président Nikzad. Selon les déclarations du porte-parole du Parlement, Goudarzi, diffusées à la télévision d’État, les parlementaires ont renouvelé leur serment d’allégeance au nouveau dirigeant, Mojtaba Khamenei, et réaffirmé leur attachement aux « lignes rouges » du système face aux ennemis extérieurs.
Les luttes intestines au sein du régime #iranien s’intensifient, les factions rivales s’affrontant sur le thème du cessez-le-feu https://t.co/LfnU7fdsHV #IranWar #Iran pic.twitter.com/g8vYBqOx6R
— CNRI-France (@CNRIFrance) 1 mai 2026
Parallèlement, les participants ont ouvertement reconnu la vive colère de la population face à la flambée des prix des produits de première nécessité. Goudarzi a détaillé les plaintes des citoyens concernant une inflation « sans précédent », notamment sur les produits essentiels, révélant des failles dans le contrôle économique.
La session a également admis que les « actions parallèles » de quatre organismes aux compétences qui se chevauchent – le ministère de l’Industrie, des Mines et du Commerce ; le ministère de l’Agriculture (Djihad) ; l’Organisation de supervision du commerce ; et les corporations – ont engendré le chaos et affaibli la gestion globale en temps de guerre.
Le pouvoir judiciaire réprime la dissidence
Le 9 mai, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Eje’i, s’exprimant à la télévision d’État, a ordonné des poursuites « extraordinaires » contre quiconque propage le « désespoir » ou des rumeurs susceptibles d’affaiblir la détermination nationale. Il a qualifié ces individus de « soldats ennemis » dont les actions servent l’adversaire en minant la volonté nationale.
Eje’i a notamment fait référence aux poursuites déjà engagées contre Abbas Abdi et Sadeq Zibakalam, personnalités proches de l’État, ainsi que contre le journal Etemad et l’agence de presse ANA, pour avoir publié des déclarations critiques. Il a souligné que les forces de sécurité et les services de renseignement bénéficient d’un soutien total pour poursuivre et punir sans hésitation les « séparateurs de l’unité » et les infiltrés.
Cette escalade judiciaire souligne la crainte du régime que la révélation publique des divisions internes n’exacerbe le mécontentement généralisé, déjà exacerbé par le conflit et les difficultés économiques.
Intensification de la propagande
Les médias d’État ont multiplié les déclarations sur la loyauté massive, annonçant le 10 mai 2026 que 31,5 millions d’Iraniens s’étaient inscrits comme « sacrificateurs » pour Mojtaba Khamenei. Les commandants militaires, dont le chef du Quartier général central, ont informé le nouveau Guide de l’état de préparation opérationnelle complet et lui ont juré une obéissance totale.
Par ailleurs, les organes de presse du régime ont rapporté que Mojtaba Khamenei avait été légèrement blessé au dos, au genou et à l’oreille lors du bombardement initial, mais qu’il était désormais complètement rétabli, selon un responsable du bureau du Guide s’exprimant lors de rassemblements pro-régime. Hassan Khomeini, de son côté, a exhorté la population à soutenir sans réserve les « grandes décisions du système », mettant en garde contre toute remise en cause des dirigeants.
Ces efforts visent à projeter une image d’unité et de force, mais ils coïncident avec des récriminations publiques d’une rare brutalité, révélant une paralysie sous-jacente du processus décisionnel.
Ces luttes intestines se déroulent alors même que le régime n’a pas encore tranché quant à la voie à suivre : la concession ou la guerre. Une fois la décision finale prise, une fracture majeure devrait considérablement affaiblir le régime, l’exposant à la vague de colère sociale qui observe ces affrontements et guette une occasion de se révolter.

