
Le pouvoir théocratique en Iran a commémoré le 11 février, anniversaire de la révolution de 1979, par des rassemblements officiels destinés à afficher sa résilience apès le soulèvement de janvier et la répression sanglante qui a suivi. Cependant, les événements survenus ces derniers jours – des chants anti-Khamenei nocturnes aux grèves en cours, en passant par une campagne d’information de rue de plus en plus importante – ont révélé une société qui résiste malgré l’intensification de la répression et les efforts officiels pour manipuler l’opinion publique.
Chants nocturnes, grèves et messages de protestation
Tard dans la nuit du 10 au 11 février, des habitants de Téhéran et de plusieurs villes ont scandé des slogans antigouvernementaux depuis les toits et les rues, notamment « Mort à Khamenei » et « Mort au dictateur ». Ces chants ont été entendus à Téhéran, y compris dans le quartier Patrice Lumumba/Sattarkhan, ainsi qu’à Karaj, Kermanshah, Saveh et Fardis. Selon certains témoignages, les slogans ont parfois couvert les haut-parleurs du régime.
February 11—Tehran, Iran
Residents of Ekbatan district chant anti-regime slogans on the anniversary of the 1979 revolution.#IranProtests #No2ShahNo2Mullahs pic.twitter.com/RysLFHxWFw— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 11 février 2026
Le mouvement social s’est également poursuivi. Les employés de la 10e raffinerie du complexe gazier de South Pars ont entamé leur sixième jour de grève pour protester contre leurs salaires et leurs conditions de travail. L’agence de presse syndicale ILNA, proche du gouvernement, a recensé les griefs suivants : mauvaises conditions de travail, dortoirs surpeuplés, loyers élevés, indemnités impayées (allocations de camp/dortoir) et graves problèmes de paiement des heures supplémentaires. L’agence a également fait état de menaces de retenues sur salaire et de pressions accrues en cas de poursuite des grèves.
Parallèlement, des informations en provenance du pays décrivent une prolifération de graffitis de rue, projetant des images des dirigeants de la Résistance iranienne sur les immeubles et des symboles de protestation dans de nombreuses villes, offrant ainsi un aperçu géographique de la dissidence au-delà des grands centres urbains. Parmi les villes citées figurent : Téhéran, Karaj, Mashhad, Bandar Abbas, Qazvin, Ilam, Ivan (Ilam), Ardabil, Bojnourd, Sabzevar, Saveh, Kuhdasht (Lorestan) et d’autres quartiers de Téhéran tels que Chitgar et Shahr-e Ziba.
Message officiel
Lors des commémorations, le président du régime, Massoud Pezeshkian, a profité de son discours du 11 février pour présenter des excuses filmées pour ses « manquements », se disant « honteux » de ces lacunes et promettant de s’attaquer aux problèmes « sous la sage direction » de Khamenei. Il a plaidé pour l’unité nationale, a salué les forces de sécurité (police, Bassidj, Gardiens de la révolution) et a réaffirmé que l’Iran ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire, tout en présentant la diplomatie comme se déroulant dans le cadre des « lignes rouges » fixées par Khamenei. Il a qualifié le soulèvement de janvier de « grand deuil » pour le pays.
February 11—Tehran, Iran
On the anniversary of the 1979 revolution, the people of Tehranpars are chanting anti-regime slogans:
"Down with Khamenei"
"Down with dictator"
"Bassij, IRGC, to us you are ISIS"#IranProtests #No2ShahNo2Mullahs pic.twitter.com/EybmlDydiP— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 11 février 2026
Un élément marquant de la couverture médiatique de cet anniversaire a été l’aveu du porte-parole du ministère de la Santé, Hossein Kermanpour, qui a déclaré que près de 13 000 interventions chirurgicales avaient été pratiquées sur les blessés du soulèvement de janvier. Il a ajouté qu’environ 300 personnes restaient hospitalisées et près de 100 étaient toujours en soins intensifs, citant Téhéran, Ispahan et le Khorasan-e Razavi comme les provinces les plus touchées.
Les arrestations s’étendent au secteur médical
Le secrétaire de la Chambre des infirmières, proche du pouvoir, Mohammad Sharifi-Moghaddam, a déclaré que des infirmières avaient été arrêtées à Ispahan, Téhéran et dans d’autres villes, y compris après les premiers jours de troubles. Il a exigé du ministère de la Santé qu’il divulgue le nombre et le statut des infirmières détenues.
February 11—Tehran, Iran
While the regime is trying to project power on the anniversary of the 1979 revolution, the people held protest activities, chanting, "Down with Khamenei," "Down with dictator," "Down with the terrorist IRGC," and other anti-regime slogans, rejecting all… pic.twitter.com/z9X1iBFuJz— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 11 février 2026
D’autres sources ont fait état d’une campagne de pressions coercitives menée à l’occasion de l’anniversaire, allant au-delà des arrestations : les autorités auraient exigé que les familles des personnes détenues participent à la marche officielle et « prouvent » leur présence en soumettant des photos ou des vidéos. Elles auraient également diffusé une lettre d’excuses/aveux prétendument forcée, attribuée à l’homme d’affaires Mohammad Saedi-Nia, concernant les fermetures de magasins pendant les troubles.
Par ailleurs, une autre tactique de pression a été décrite à Shiraz : les procureurs auraient conditionné l’allègement des détentions et l’acceptation des libérations sous caution au versement par les familles d’une caution sur un compte municipal – 100 millions de tomans pour les personnes arrêtées avant le 18 janvier et 300 millions de tomans pour celles arrêtées après cette date –. Le maire de la ville aurait déclaré que cette mesure avait été prise sur instruction du pouvoir judiciaire.
Le pouvoir judiciaire annonce une répression accrue et des condamnations plus rapides
Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, aurait proféré des menaces et donné des directives pour accélérer les procédures dans les affaires liées aux manifestations. Il a qualifié les chiffres des victimes rapportés de « fabrication », affirmant que les manifestants « s’étaient tués eux-mêmes » et en auraient « fait dix fois plus ». Il a également ordonné aux magistrats de ne pas « faire traîner » les dossiers relatifs au soulèvement, appelant à la rapidité et invoquant la « force de la justice ».
February 11—Kermanshah, western Iran
On the anniversary of the 1979 Revolution, Iranians are chanting "Down with the dictator" and "Down with Khamenei!"#IranProtests #No2ShahNo2Mullahs pic.twitter.com/i4xUD1kwHQ— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 11 février 2026
Parallèlement, des luttes intestines ont éclaté au sein du Parlement, où des factions rivales s’affrontaient au sujet d’informations faisant état de possibles « négociations sur les missiles ». Le député Mehdi Koochakzadeh a attaqué le site web Jamaran et exigé des mesures, avertissant que son titre pourrait « plonger le pays dans le chaos », tout en pressant Ejei d’agir contre Ali Shakourirad et en présentant les critiques internes comme une dangereuse « cinquième colonne ».
Le député Salar Velayatmadar a également mis en garde contre le fait de qualifier tous les manifestants d’anti-révolutionnaires et a présenté la colère publique comme étant ancrée dans des griefs quotidiens, demandant qui « joue avec l’argent du peuple » et avertissant le système de ne pas croire qu’il peut se soustraire à l’examen public.
Front cybernétique et de propagande
Dans une interprétation notable de l’État sécuritaire, l’ancien ambassadeur du régime en Allemagne, le cheikh Attar, a déclaré que l’une des raisons pour lesquelles les acteurs étrangers ont placé le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur les listes terroristes était le lobbying des groupes auxquels le CGRI était confronté – ajoutant qu’il était « évident » qu’il faisait référence aux Moudjahidine du peuple (MEK) – et a ensuite appelé à la création d’une « cyberarmée » qui riposterait « sans le drapeau de la République islamique » dans l’espace informationnel.
🚨 Simay Azadi EXCLUSIVE | Ahvaz
In Ahvaz, footage shows defiant youth targeting an IRGC Basij base on the eve of the anniversary of the 1979 anti-monarchic revolution.
📍 This occurs amid several anti-regime activities reported in multiple cities.#IranProtests2026 pic.twitter.com/YdsVZ3Rkci
— SIMAY AZADI TV (@en_simayazadi) 11 février 2026
Par ailleurs, des SMS à caractère politique et sécuritaire auraient été largement envoyés aux citoyens, faisant référence à l’escalade des tensions avec les États-Unis et mettant en garde contre un possible conflit. Ces messages visaient apparemment à mobiliser les partisans du régime et à créer un climat d’appréhension à l’approche de l’anniversaire.
Sur le plan économique, la bourse de Téhéran aurait enregistré une nouvelle forte baisse, l’indice principal perdant 38 000 points, dans un contexte d’incertitude politique et économique. De son côté, l’indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International classe l’Iran au 155e rang mondial (en recul de quatre places par rapport à l’année précédente), confirmant l’image d’une corruption endémique et d’une méfiance généralisée.
Un anniversaire de promesses et de contradictions
Les rassemblements organisés par le régime pour cet anniversaire étaient destinés à symboliser sa survie. Pourtant, les événements survenus durant cette même période – chants nocturnes anti-Khamenei, grèves continues, diffusion de messages de protestation dans des dizaines de villes, reconnaissance officielle des blessures massives, arrestations touchant même des infirmières, injonctions judiciaires d’accélérer les peines sévères, luttes intestines au sein de l’élite et intensification de la coercition (de la « preuve de présence » forcée à l’extorsion financière et aux SMS de masse) – ont collectivement dressé le portrait d’un régime toujours confronté à une société instable qui continue de résister même sous une pression maximale.

