
Les appels à désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI ou pasdaran) comme organisation terroriste gagnent une audience internationale sans précédent, alors que les gouvernements d’Europe et des Amériques se rapprochent d’une action officielle contre la branche militaire et idéologique la plus puissante du régime.
Le 27 mai, le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a déclaré au parlement de son pays que les actions du CGRI, tant en Iran qu’au Moyen-Orient, justifiaient son inscription sur la liste noire des organisations terroristes de l’Union européenne. « Cela inclut leur comportement violent et totalement inacceptable dans la répression du peuple iranien », a déclaré Rasmussen, faisant référence au rôle brutal du CGRI dans la répression des manifestations nationales de 2022 qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en garde à vue. Il a également cité le soutien continu du CGRI à des groupes terroristes mandatés par lui, notamment le Hezbollah, les Houthis et le régime syrien d’Assad.
Le Parlement danois examine actuellement une proposition législative officielle qui inciterait l’UE à prendre des mesures décisives contre le CGRI.
Quelques jours plus tôt, plus de 560 membres de la Chambre des communes et de la Chambre des lords britanniques avaient signé une lettre bipartite exigeant que le gouvernement britannique désigne le CGRI comme organisation terroriste. Parmi les signataires figuraient d’anciens ministres et des personnalités politiques de premier plan comme Iain Duncan Smith et Suella Braverman. La lettre avertissait que l’apaisement envers ce qu’elle qualifiait de « régime en voie d’effondrement » en Iran ne ferait qu’encourager ses tactiques répressives et ses ambitions nucléaires.
Cette pression trouve également un écho au sein du Parlement européen, où des législateurs de tous bords politiques ont réitéré leur demande lors d’une conférence le 14 mai. Organisée à Bruxelles, cette réunion a réuni de hauts responsables européens, des analystes de la sécurité et des défenseurs iraniens des droits humains. Les participants ont souligné le rôle central du CGRI dans le terrorisme transfrontalier, les prises d’otages et la répression de la dissidence.
Si le Parlement européen a adopté fin 2023 une résolution non contraignante exhortant le Conseil de l’UE à inscrire le CGRI sur la liste, sa mise en œuvre effective nécessite une décision judiciaire d’un État membre – un obstacle que plusieurs pays s’efforcent désormais de surmonter.
Au-delà de l’Europe, le Paraguay a pris une mesure audacieuse en avril 2025, désignant officiellement le CGRI comme entité terroriste. Son président, Santiago Peña, a déclaré que cette décision était fondée sur les violations systématiques des droits humains et de la paix internationale commises par le régime iranien, alignant ainsi Asunción sur les États-Unis, qui ont inscrit le CGRI sur la liste noire en 2019, sous la présidence de Donald Trump.
Le Canada a également rejoint la liste croissante en 2024, invoquant son Code criminel pour déclarer le CGRI organisation terroriste. Cette décision permet aux autorités canadiennes de geler les avoirs et de poursuivre toute entité fournissant un soutien au Corps des gardes.
Cet alignement mondial reflète non seulement l’implication directe du CGRI dans la répression, les opérations extraterritoriales et la prolifération nucléaire, mais aussi une reconnaissance plus large de l’échec des échanges diplomatiques avec l’appareil militaro-sécuritaire de Téhéran.
Pourtant, même si ces efforts s’intensifient, le CGRI continue d’opérer en toute impunité en Iran et dans une grande partie de la région. Les critiques affirment que sans une action unifiée et contraignante, en particulier de la part de l’UE, le régime continuera d’exporter la terreur et de se soustraire à toute responsabilité par l’intimidation et l’évasion diplomatique.
Il reste à voir si l’Europe passera d’une condamnation rhétorique à une désignation concrète, mais la pression exercée par les parlements nationaux, les victimes de la répression iranienne et les milieux de la sécurité internationale est aujourd’hui plus forte que jamais.

