
Un récent accident de voiture impliquant le fils du vice-président du Parlement iranien, Ali Nikzad, a suscité l’indignation publique, non pas en raison d’une réelle inquiétude des autorités, mais parce qu’il a mis en évidence l’hypocrisie profondément ancrée et les luttes de pouvoir internes au sein de l’élite dirigeante.
Le 25 mai, Mohammad-Hassan Nikzad a conduit son véhicule privé à contresens dans une rue à sens unique près de la place Vanak à Téhéran et a percuté le colonel Khisheh, un officier supérieur de la police de la circulation. Alors que les médias du régime tentaient de limiter les dégâts, affirmant que la collision était « involontaire » et que des poursuites judiciaires avaient été engagées, les premiers rapports de Bulletin News dressent un tout autre bilan : l’agent a été grièvement blessé et le conducteur a pris la fuite, avant d’être rapidement libéré, apparemment grâce à l’intervention de son puissant père.
Le colonel Khisheh, qui a ensuite accordé une interview à l’agence de presse de la police d’État, a semblé vouloir minimiser l’incident : « Je suis au travail, sain et sauf… le service juridique des FARAJA [Forces de sécurité de l’État] s’occupe de l’affaire.» Il a ajouté que Nikzad et sa famille s’étaient rendus à l’hôpital pour s’excuser et « insister sur les procédures légales ». Mais ces remarques ne masquent guère ce qui est devenu une routine sous la dictature cléricale : une justice sévère pour les citoyens ordinaires, l’impunité pour les proches du régime.
Selon des témoins oculaires cités par Bulletin News, le véhicule circulait illégalement sur une voie réservée aux bus, et le conducteur, le fils de Nikzad, a pris la fuite après avoir percuté l’agent. Aucune déclaration publique n’a été faite par le Parlement, Ali Nikzad ou les autorités judiciaires. En réalité, Nikzad a été réélu vice-président avec 111 voix d’avance un jour seulement après l’incident, sans prononcer un seul mot pour justifier ses actes.
Si quelques proches du régime, comme le commentateur politique Mohammad Mohajeri, ont critiqué Nikzad pour ne pas avoir présenté d’excuses publiques, ces réprimandes internes ne traduisent pas une véritable indignation : elles reflètent les rivalités factionnelles au sein d’une classe dirigeante corrompue et criminelle, chacune luttant pour l’influence, et non pour la justice. Ces soi-disant « critiques » sont restés silencieux ou complices des abus précédents et exploitent désormais opportunément le scandale à des fins partisanes.
Ce n’est pas la première fois qu’un « aghazadeh » – l’enfant privilégié d’un responsable du régime – viole la loi sans conséquence. Le souvenir d’Ali-Asghar Anabestani, un ancien député qui a agressé un policier lors d’un conflit routier, est encore vif. Dans les deux cas, le régime a démontré que les règles sont pour le peuple, et non pour ceux qui sont au pouvoir.
Le contraste est saisissant. Alors que des Iraniens ordinaires sont emprisonnés, condamnés à des amendes, voire battus pour la moindre infraction – traverser la rue lors d’une manifestation, ne pas porter le hijab obligatoire ou critiquer des responsables en ligne –, les enfants des élites du régime peuvent enfreindre la loi, nuire aux fonctionnaires et rentrer chez eux indemnes.
Aucune véritable responsabilisation n’a suivi. Aucune enquête indépendante. Aucun procès. Et certainement aucune excuse. Ce que le régime appelle « respect de la procédure légale » n’est en réalité qu’un mince voile sur l’impunité qui caractérise le double système juridique de Téhéran : l’un pour la classe dirigeante, l’autre pour tous les autres.
Ce dernier incident ne prouve pas seulement l’illégalité d’un seul individu, mais la corruption systémique d’un régime qui protège les siens à tout prix tout en punissant le peuple qu’il prétend gouverner.

