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L’arrestation d’un mollah iranien en Arabie saoudite met en lumière l’hypocrisie et la fragilité de la position régionale de Téhéran

L'arrestation d'un mollah iranien en Arabie saoudite met en lumière l'hypocrisie et la fragilité de la position régionale de Téhéran
Gholamreza Ghasemian, un religieux iranien proche de Khamenei

L’arrestation de Gholamreza Ghasemian, un dignitaire religieux iranien influent proche du cercle intime du Guide suprême Ali Khamenei, par les autorités saoudiennes pendant le pèlerinage du Hajj a révélé non seulement la politique de deux poids, deux mesures du régime, mais aussi la fragilité de ses récentes ouvertures diplomatiques envers Riyad.

Selon plusieurs médias d’État iraniens, Ghasemian a été arrêté alors qu’il accomplissait le Hajj après la diffusion en ligne d’une vidéo dans laquelle il critiquait sévèrement le gouvernement saoudien. Dans ce clip, il comparait La Mecque et Médine à des lieux d’immoralité, accusait le royaume de revenir à l’« usine omeyyade » et mettait en garde les pèlerins contre ce qu’il qualifiait de diplomatie superficielle.

Bien qu’aucune raison officielle n’ait été donnée par Riyad, de nombreuses spéculations circulent selon lesquelles l’arrestation du religieux serait directement liée à cette vidéo incendiaire.

Ghasemian n’est pas un religieux ordinaire. Autrefois surnommé le « Rossignol de Ghalibaf » pour ses chants religieux, notamment devant le Guide suprême du régime, Ali Khamenei, il était une figure importante des médias du régime et un fervent défenseur de politiques sociales radicales comme la polygamie. Il était également impliqué dans des programmes sociaux controversés qui auraient travaillé avec des travailleuses du sexe dans le cadre de cadres religieux soutenus par l’État – une ironie qui n’est pas passée inaperçue après son attaque moralisatrice contre l’Arabie saoudite.

Plus important encore, Ghasemian était présent lors des rassemblements qui ont dégénéré en 2011 et 2016, lors des attentats contre les ambassades britannique et saoudienne à Téhéran – des incidents qui ont gravement endommagé les liens du régime avec les deux pays. Aujourd’hui, alors que les relations n’ont été rétablies que récemment grâce à un accord négocié par la Chine en 2023, son arrestation menace de rompre le fragile lien diplomatique que le régime peine à maintenir.

Pourtant, la réaction de Téhéran a été étonnamment déférente. Le porte-parole du pouvoir judiciaire, Asghar Jahangir, a qualifié l’arrestation d’« injustifiée et illégale », tandis qu’Abdul-Fattah Navab, représentant de Khamenei pour les affaires du Hajj, a minimisé les propos de Ghasemian, les qualifiant d’« opinion personnelle » et a appelé à sa libération au nom du service coranique.

Le plus révélateur, cependant, fut la déclaration du ministre des Affaires étrangères du régime, Abbas Araghchi, qui a salué la gestion du Hajj par l’Arabie saoudite et souligné l’engagement de l’Iran à préserver ses « relations fraternelles ». Ses propos, dénués de toute protestation, ont souligné la réticence de Téhéran à compromettre un rapprochement qu’il ne peut se permettre de perdre.

Cet incident n’est pas sans précédent. En mai 2024, les autorités saoudiennes ont expulsé un groupe de journalistes iraniens liés au cabinet de Khamenei pour avoir filmé sans autorisation à Médine – un acte largement perçu comme s’inscrivant dans la stratégie de Téhéran consistant à utiliser les pèlerinages religieux à des fins politiques ou pour des activités clandestines. Cette expulsion est intervenue peu après que le Guide suprême a qualifié le Hajj de cette année de « Hajj de répudiation », reprenant une rhétorique rappelant les affrontements de La Mecque en 1987, qui avaient fait des centaines de morts.

L’épisode récent révèle une contradiction familière : un régime qui provoque régulièrement des troubles régionaux par des postures agressives se retrouve désormais réduit au silence pour préserver des liens extérieurs fragiles. Si les relations diplomatiques avec Riyad sont tendues par cet incident – ​​comme le préviennent certains observateurs – le régime ne pourra s’en prendre qu’à lui-même, pris une fois de plus entre son héritage conflictuel et son besoin désespéré de prétendre à une légitimité régionale.