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La visite d’un haut responsable militaire iranien au Sistan-Baloutchistan révèle les véritables priorités de Téhéran

La visite d'un haut responsable militaire iranien au Sistan-Baloutchistan révèle les véritables priorités de Téhéran
Le général de division Mohammad Bagheri (au centre) s’adresse aux journalistes lors de sa visite au Sistan-Baloutchistan — le 20 mai 2025

Le 20 mai 2025, le général de division Mohammad Bagheri, chef d’état-major des forces armées du régime, a effectué une visite de haut niveau au Sistan-Baloutchistan, l’une des provinces les plus pauvres et les plus instables d’Iran. Objectif : superviser l’extension d’un immense mur frontalier le long des frontières orientales de l’Iran avec le Pakistan et l’Afghanistan.

Au cours de son voyage, Bagheri a inspecté les avant-postes militaires de Mirjaveh et Saravan et visité une usine produisant des segments de béton de 4 mètres de haut qui forment une partie du mur. Équipée de systèmes de surveillance avancés tels que des drones, des détecteurs de mouvement et des caméras panoramiques, cette structure est présentée comme un outil essentiel pour lutter contre le terrorisme, la contrebande et les passages illégaux. Bagheri a déclaré que l’Iran pourrait construire jusqu’à 600 kilomètres de mur par an.

Ce projet pluriannuel, estimé à plus de 3,25 milliards de dollars américains, est mené par les unités du génie des Gardiens de la révolution. Bien que présenté comme un impératif sécuritaire, il illustre clairement les priorités du régime clérical. Dans une province en proie à un sous-développement chronique, où de nombreux habitants n’ont pas accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’éducation, même une fraction de ce budget aurait pu améliorer considérablement la vie des habitants. Or, le régime a préféré les murs aux aides sociales.

Le moment choisi par Bagheri pour sa visite souligne encore davantage l’insécurité qui règne au régime. Cet incident s’est produit quelques jours avant l’arrivée du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif à Téhéran pour des discussions sur ce que l’État qualifie de « stabilité régionale » et de « coopération ». Tandis que le régime menait des ouvertures diplomatiques chaleureuses à Téhéran, il consolidait simultanément une barrière physique et symbolique le long de la frontière commune, révélant une profonde méfiance non seulement envers son voisin, mais aussi envers la population même du Sistan-Baloutchistan.

Lors d’une réunion stratégique provinciale organisée dans le cadre de cette visite, Bagheri et de hauts responsables militaires, religieux et administratifs se sont concentrés presque exclusivement sur la coordination sécuritaire. Il a salué la disponibilité des forces déployées et leur performance – un langage qui ignorait ostensiblement les profonds griefs socio-économiques qui alimentent les troubles dans la région depuis des années.

Il ne s’agit pas seulement de contrôle des frontières. Le mur incarne l’approche plus large du régime clérical en matière de gouvernance : sécuriser, surveiller et réprimer. Pour Téhéran, le Sistan-Baloutchistan n’est pas une région nécessitant des investissements et de l’inclusion, mais une zone vulnérable qu’il faut protéger et surveiller.

Lorsque des dalles de béton s’élèvent le long des frontières orientales, elles ne servent pas de boucliers pour la population, mais de monuments à un régime qui craint ses marges plus qu’il ne les sert.