
Le régime clérical iranien est confronté à l’une de ses crises politiques les plus profondes depuis des années, l’activation du mécanisme de « snapback » de l’ONU déclenchant des affrontements ouverts entre factions rivales. Des législateurs radicaux exigent que Téhéran abandonne le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et accélère l’enrichissement de l’uranium à 90 %, un niveau largement perçu comme un seuil critique pour la production d’armes. Bien que ces appels soient présentés comme une défiance face aux pressions occidentales, ils révèlent la faiblesse croissante du régime et son incapacité à présenter une stratégie unifiée face à l’aggravation de l’instabilité économique et politique.
Le 3 septembre 2025, le parlement du régime a publié une déclaration appelant à un soutien budgétaire total aux programmes de missiles, de drones, de cyberguerre et de défense aérienne, sous la supervision directe du Guide suprême Ali Khamenei. Au même moment, plus de 60 parlementaires ont signé une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères et négociateur en chef sur le nucléaire, Abbas Araghchi, rejetant les négociations avec les États-Unis et appelant au retrait immédiat de l’Iran du TNP. Yaghub Rezazadeh, membre de la commission parlementaire de sécurité nationale, a déclaré : « La solution est de sortir du TNP, de rompre les liens avec l’Agence internationale de l’énergie atomique et de passer directement à l’enrichissement à 90 %.»
Plusieurs autres parlementaires ont adopté un ton tout aussi belliqueux. Rouhollah Najabat a comparé le mécanisme de « snapback » de l’ONU à « une mine conçue pour nous piéger » et a averti que « se tourner vers les négociations n’aidera pas nos forces armées.» Morteza Mahmoudi s’est montré encore plus provocateur: « Pour changer les calculs de l’ennemi, nous devons lui faire craindre pour la vie de 500 soldats américains.» Une telle rhétorique, bien que destinée à donner une impression de force, met en évidence l’inquiétude croissante des élites politiques iraniennes face à de nouvelles sanctions et à une pression interne croissante.
La crise financière du régime aggrave ces tensions. Le 3 septembre, Morteza Eslamzadeh, haut responsable de la Chambre de commerce du régime, a publiquement critiqué, ce qui est rare, la gestion de l’économie par le gouvernement. « Si nous n’agissons pas vite, nous sommes finis. C’est fini », a-t-il averti. « Les gens vivent dans la misère. Les travailleurs mendient leurs salaires et ne peuvent les obtenir. Les producteurs n’ont rien, ils ont honte devant leurs employés. Savez-vous combien de chèques sans provision nous avons ? » Ses propos reflètent un niveau de panique inhabituel chez les dirigeants d’entreprises généralement proches du régime et soulignent les tensions sociales et économiques qui érodent actuellement sa base de soutien.
Les hauts responsables ont réagi à la crise par une rhétorique de plus en plus provocatrice visant à afficher une certaine force. Le 1er septembre, le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a minimisé l’impact du renouvellement des sanctions de l’ONU, affirmant qu’elles auraient « peu d’effet sur l’économie iranienne comparé aux mesures américaines existantes ». Il a dénoncé l’activation européenne du mécanisme de « snapback », la qualifiant d’« illégale ». Le chef du Parlement a appelé à des « actions dissuasives pour faire payer le prix fort aux Européens ». De même, Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères et négociateur en chef de Téhéran sur le nucléaire, a condamné cette initiative, la qualifiant de « destructrice et dénuée de tout fondement juridique », reflétant le rejet du processus par Téhéran sans proposer de stratégie alternative concrète.
Même au sein du régime, des voix s’élèvent pour autant. Mahmoud Vaezi, haut responsable associé au bloc dit réformiste, a averti le 3 septembre que les menaces de fermeture du détroit d’Ormuz équivaudraient à une « auto-sanction », interrompant les exportations pétrolières de l’Iran et isolant davantage le pays. Ses propos reflètent le fossé grandissant entre les responsables prônant une confrontation agressive et ceux appelant à une retenue modérée afin d’éviter d’aggraver l’isolement international de Téhéran.
Derrière les déclarations enflammées et les menaces symboliques, la structure du pouvoir iranien se fragmente. La pression des intransigeants en faveur de l’enrichissement à 90 % et du retrait du TNP est moins une démonstration de force qu’une reconnaissance de l’affaiblissement de l’influence du régime dans les négociations et de sa légitimité intérieure. Les tentatives de Khamenei pour gérer ces camps rivaux en équilibrant partisans de la ligne dure, révisionnistes et forces de sécurité s’essoufflent, révélant son autorité réduite sur le Parlement et le gouvernement.
Alors que les sanctions se durcissent et que la crise économique s’intensifie, les dirigeants de Téhéran redoublent d’efforts pour militariser leur politique, non seulement pour la survie des factions, mais aussi comme stratégie délibérée de gestion du moral des troupes du Bassidj et du Corps des gardiens de la révolution islamique. Tout recul visible – sur les négociations, le TNP ou les niveaux d’enrichissement – risque d’éroder la volonté de l’appareil sécuritaire sur lequel Khamenei s’appuie pour maintenir l’ordre dans une société instable.
La pression pour le financement de missiles et de drones, ainsi que les discussions ouvertes sur l’enrichissement à 90 %, fonctionnent comme des signaux de cohésion interne et des manœuvres de bluff externes, conçues pour maintenir l’unité du régime sur le plan intérieur tout en encourageant les capitales étrangères à surestimer la capacité d’escalade de l’Iran.
C’est le paradoxe au cœur de la posture actuelle : plus les menaces se font entendre, plus il apparaît clairement que la dictature cléricale agit par faiblesse, et non par force. En mettant en scène des manœuvres de dissuasion pour empêcher un effondrement du moral des forces de sécurité, Téhéran gagne du temps au lieu de résoudre les problèmes, aggravant l’incohérence de sa politique tout en cherchant à afficher une résolution.

