
Le 31 août 2025, Ali Khezrian, député du régime iranien, a révélé un stratagème qui résume parfaitement le déclin économique du pays. Il a révélé qu’une compagnie aérienne iranienne, ne disposant que d’un seul avion en service, emploie 2 500 personnes. Dans une capitale provinciale, a-t-il souligné, 500 de ces employés ne font rien d’autre que pointer chaque jour. Il ne s’agit pas d’un cas isolé de mauvaise gestion; c’est un microcosme de la kleptocratie systémique qui a vidé l’économie iranienne et mis ses citoyens en danger.
L’absurde réalité du ciel iranien
L’état de l’industrie aéronautique iranienne est un exemple de dysfonctionnement. Malgré une population qui ne représente qu’un quinzième de celle de la Chine, l’Iran compte près de cinq fois plus de compagnies aériennes enregistrées. Alors que l’Inde, avec ses 1,5 milliard d’habitants, ne compte que quatre compagnies aériennes, le marché iranien, bien plus restreint, est saturé par des dizaines de transporteurs largement hors d’usage.
Cette prolifération de « compagnies aériennes » ne s’est traduite ni par un service ni par une sécurité optimale. L’âge moyen d’un avion de la flotte iranienne atteint le chiffre stupéfiant de 28 ans, soit près du double de la moyenne mondiale de 15 ans, certains appareils étant encore en service après 30 ou 40 ans. Alors qu’une compagnie aérienne de renommée mondiale comme Qatar Airways exploite 201 appareils d’un âge moyen de seulement cinq ans, une compagnie aérienne iranienne classique ne possède que deux à cinq avions vieillissants. Ce contraste révèle un secteur défini non pas par le service, mais par un déclin systémique.
Les quatre piliers de la corruption dans l’aviation
Cette étrange réalité est entretenue par un système de corruption visant à enrichir les membres du régime et à financer des activités illicites.
L’arnaque aux subventions sur le carburant: La principale incitation est un programme massif de subventions sur le carburant qui coûte à l’État plus d’un milliard de dollars par an. Les compagnies aériennes achètent le kérosène au prix imposé par l’État de 11 300 tomans le litre, alors que le prix réel du marché dépasse les 30 000 tomans. Cela leur permet de revendre leur quota de carburant inutilisé au marché noir pour un bénéfice de près de 19 000 tomans le litre – une activité lucrative qui nécessite de voyager le moins possible.
Prêts bon marché et mécénat : Dans une économie où l’inflation dépasse les 40 %, des personnes proches du régime bénéficient de prêts à faible taux d’intérêt, parfois même à un seul chiffre, pour créer des compagnies aériennes. Ces prêts sont essentiellement de l’argent gratuit, utilisé pour créer des sociétés fantômes servant de vecteurs de mécénat, fournissant des emplois non sollicités à des milliers de fidèles. Le prêt de 2,5 milliards de dollars accordé à Iran Air par le Fonds national de développement en est un parfait exemple.
Implication du CGRI: Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) est profondément impliqué dans ce trafic. Mahan Air, par exemple, a été créée sous couvert d’association caritative et est notoirement liée à la Force Al-Qods du CGRI, qui utilise la compagnie aérienne depuis des décennies pour transporter des armes et des agents à travers le Moyen-Orient.
Exploitation des sanctions: Le régime facilite activement la création de petites compagnies aériennes fictives, soumises à un contrôle minimal. Ces entités servent de sociétés écrans pour contourner les sanctions internationales sur l’acquisition d’avions et de pièces détachées. Selon Esmail Rabbani, responsable de l’Organisation de l’aviation civile, les licences sont accordées sans pratiquement aucun examen de l’expérience aéronautique des candidats, ce qui institutionnalise la corruption et compromet la sécurité.
Une nation exsangue, selon les propres mots du régime
Le déclin du secteur aérien reflète un effondrement économique national provoqué par la corruption, et non par les seules sanctions. Le 4 septembre 2025, le journal Kayhan, porte-parole du Guide suprême, a admis que l’Iran subissait au moins 32 milliards de dollars de fuite de capitaux par an, auxquels s’ajoutent 36 à 60 milliards de dollars de pertes dues à la contrebande. Le journal concluait que la crise monétaire du pays n’était pas due à des pressions extérieures, mais à une « faiblesse dans la gestion des ressources et des dépenses intérieures ».
Cet aveu a été repris par le journal d’État Arman Melli, qui a rapporté que les investissements en Iran étaient négatifs depuis 13 années consécutives, entraînant un arrêt complet du développement de secteurs critiques comme l’eau, l’électricité et les infrastructures pétrolières.
Les « compagnies aériennes fantômes » iraniennes sont plus qu’un simple symbole d’incompétence. Elles sont un élément fonctionnel d’un système kleptocratique conçu pour piller la richesse nationale au profit de l’élite dirigeante et de son appareil répressif. Comme le reconnaissent désormais les médias du régime, le plus grand obstacle à la prospérité de l’Iran n’est pas la pression étrangère, mais le réseau corrompu et prédateur qui le gouverne. Pour le peuple iranien, une véritable reprise économique reste impossible tant que cet appareil n’est pas entièrement démantelé.

