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Iran : Le retour de Seddiqi à la prière du vendredi alimente les luttes intestines du régime

Iran : Le retour de Seddiqi à la prière du vendredi alimente les luttes intestines du régime

Le retour controversé de Kazem Seddiqi à la chaire de prière du vendredi à Téhéran, le 18 juillet 2025, a suscité une vive réaction publique et politique, ravivant les débats sur la corruption, la responsabilité et l’impunité du régime envers ses proches. Après des mois d’absence causés par son implication dans une obscure affaire de corruption financière impliquant le transfert illicite de titres de propriété d’une luxueuse propriété avec jardin dans le quartier huppé d’Ozgol à Téhéran, Seddiqi est réapparu devant le public pour appeler à la « piété » et à l’« unité ».

Sa réapparition s’inscrit dans une tentative plus large de la dictature cléricale, gravement affaiblie par une convergence de crises ces deux dernières années, de fabriquer une façade d’« unité nationale » dans un système de plus en plus fracturé.

Un religieux avec une affaire à régler
Seddiqi s’était auparavant abstenu de diriger la prière du vendredi suite à l’arrestation de ses fils et de sa belle-fille, accusés d’accaparement de terres et de détournement de fonds dans le cadre de l’affaire immobilière d’Ozgol. Cependant, sans répondre aux accusations ni rendre de comptes, il est revenu sur la scène religieuse et a repris ses fonctions de chef de la prière du vendredi et de chef du prétendu Quartier général pour la promotion de la vertu et la prévention du vice.

Son retour intervient à un moment où le régime subit une pression immense : affaibli militairement après la guerre de 12 jours, déstabilisé intérieurement par la montée de la colère populaire et de plus en plus incapable de maintenir la loyauté de ses propres rangs. Les dirigeants religieux semblent vouloir absolument faire preuve de continuité et de loyauté, quitte à recycler des personnalités entachées de scandales.

Le contrecoup
Sa présence a été perçue par beaucoup comme une provocation. Loin d’apaiser les tensions, cette décision a suscité une nouvelle vague de critiques, non seulement de la part des figures dites réformistes, mais aussi au sein de la faction proche du Guide suprême Ali Khamenei. Même d’anciens députés et conseillers de hauts responsables, comme le président du Majlis, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont exprimé publiquement leur consternation.

« Le retour soudain de l’ancien imam de la prière du vendredi, sans aucune clarification ni explication… J’ai été surpris », a admis un conseiller proche de Ghalibaf. L’ancien député Mostafa Kavakebian a fait remarquer que cette fois, « l’indignation de la faction conservatrice est encore plus forte que celle des réformistes.» Alireza Moezi, ancien secrétaire du Conseil de l’information du gouvernement, a dénoncé la sélection de Seddiqi comme « plus qu’une simple insulte au peuple ».

Jalal Rashidi-Koochi, député proche de Khamenei, a qualifié cette décision d’« insulte délibérée à l’opinion publique » et a averti que de telles actions sapent le sentiment déjà fragile de cohésion nationale.

Ahmad Zeidabadi, commentateur politique, a souligné le double standard flagrant du régime, se demandant comment une personne dont les proches sont accusés de corruption peut prêcher la piété, tandis que d’autres sont exclus de la fonction publique pour bien moins.

Des personnalités médiatiques principausistes comme Mohsen Maqsoudi et Mohammad Salimi, tous deux proches de Saeed Jalili, se sont jointes aux critiques, avertissant que cette décision met en péril l’unité que le régime prétend préserver.

Un symbole du déclin du régime
Le retour de Seddiqi n’est pas seulement une histoire personnelle de défiance ; il est emblématique du problème plus large de la corruption institutionnalisée et de l’absence de responsabilité au sein du pouvoir. Malgré les scandales, il conserve ses fonctions officielles, protégé par son statut clérical et ses relations politiques.

Un commentaire cinglant publié dans un média lié à l’État a comparé avec sarcasme le retour de Seddiqi à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fordow, concluant que cette décision aurait pu nuire encore davantage à « l’unité nationale ». Un autre article a décrit son retour comme un exemple de la « loi de l’accrochage », une pique adressée à ceux qui refusent d’abandonner le pouvoir, quel qu’en soit le prix à payer pour la confiance du public.

Mohammad-Ali Abtahi, ancien chef de cabinet présidentiel, a déclaré que si Seddiqi avait ne serait-ce qu’une fraction de la piété qu’il prône, il se retirerait volontairement jusqu’à ce que le sort juridique de ses fils soit clarifié. Akbar Nabavi, journaliste principiste, a déploré que le refus de Seddiqi de démissionner de ses fonctions mine encore davantage la confiance du public.

Tentative de minimisation du scandale
Dans son sermon, Seddiqi a tenté de présenter l’affaire de corruption comme un simple « incident » déjà résolu, sans faire référence aux ennuis judiciaires persistants de sa famille. Il s’est plutôt concentré sur les arguments habituels du régime, tels que « éviter la division », « soutenir l’autorité nationale » et glorifier le leadership de Khamenei après la récente guerre des 12 jours. Cependant, les réactions du public, notamment en ligne, ont été beaucoup moins clémentes.

Le retour de Seddiqi n’était pas une démonstration de force, mais une mise à l’épreuve de l’emprise de Khamenei. En réinstallant l’un de ses plus proches alliés à la tribune la plus symbolique du régime, le Guide suprême cherchait à asseoir son emprise et à raviver l’image d’unité.

Loin de renforcer la cohésion, cette décision a révélé les profondes fractures internes du régime et la vacuité de sa campagne d’unité. Le retour de Seddiqi est venu rappeler que même les démonstrations de force orchestrées peuvent s’effondrer lorsque le système sous-jacent est à ce point compromis.