
La dictature iranienne mène une opération de renseignement sophistiquée et à plusieurs niveaux, conçue pour infiltrer les sociétés démocratiques, exploiter les dispositifs d’asile humanitaire et diffamer, déshumaniser et neutraliser systématiquement sa principale opposition organisée, en particulier l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK). De récentes révélations en provenance de Suède révèlent comment des agents du régime, sous couvert d’asile et de conversion religieuse, orchestrent des opérations psychologiques, des menaces et des campagnes d’influence, mettant en danger la diaspora iranienne et la sécurité nationale dans les pays d’accueil.
Contexte :
Ayant perdu des dizaines de milliers de ses membres sous la répression brutale de l’Iran – pelotons d’exécution, chambres de torture et exécutions de masse –, l’OMPI est devenue un symbole pour de nombreux Iraniens demandant l’asile politique en Occident. Elle a joué un rôle crucial dans la dénonciation des violations des droits humains commises par le régime, aboutissant à plus de 70 condamnations par l’Assemblée générale des Nations Unies. Fort de cet héritage, Téhéran instrumentalise désormais sa notoriété auprès de la communauté iranienne en exil en déployant des agents pour associer les véritables demandeurs d’asile à un extrémisme fabriqué de toutes pièces.

Mohammad Heidari (à droite) et Shayan Tousynezhad (à gauche), photographiés avant une manifestation anti-MEK à Stockholm.Deux individus, Mohammad Heidari et Shayan Tousynezhad, se sont d’abord présentés comme des chrétiens convertis persécutés afin d’obtenir l’asile en Suède. Des enquêtes ultérieures, corroborées par les informations détaillées de Doku, ont révélé leur profonde implication dans les réseaux de renseignement iraniens. Leurs actions illustrent la stratégie plus large de Téhéran consistant à intégrer des agents au sein des communautés en exil afin d’espionner, d’intimider, de manipuler le discours public et de discréditer la résistance iranienne.
Analyse de cas :
Heidari et Tousynezhad opéraient simultanément sous une double identité. En public, ils affichaient ouvertement leur foi chrétienne, gagnant la sympathie et le soutien des institutions et des communautés suédoises. En privé, ils ont mené des campagnes de propagande pro-régime sur les réseaux sociaux, célébré les membres assassinés du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI), menacé de mort les dissidents politiques et organisé des manifestations contre l’OMPI devant les tribunaux suédois lors du procès très médiatisé d’Hamid Noury, ancien responsable iranien condamné pour crimes contre l’humanité.
Leurs activités n’étaient pas isolées. Ils ont collaboré avec le réseau « Be Ma Bepayvand », financé et dirigé depuis Téhéran, et ont amplifié les discours par l’intermédiaire de l’Association Habilian, une ONG mandataire liée au ministère iranien du Renseignement et aux unités de renseignement du CGRI. Leurs propos reflétaient systématiquement la rhétorique officielle du régime, désignant les dissidents iraniens comme des ennemis et légitimant les actes terroristes.
Violation du statut d’asile :

L’une des violations les plus graves révélées est le retour volontaire de ces personnes en Iran après avoir affirmé avoir été persécutées par les autorités iraniennes, menaçant leur vie. Cet acte contrevient directement au principe fondamental de l’asile politique, qui exige que le retour dans le pays d’origine soit impossible en raison de craintes crédibles de persécution.
Le rapport Doku indique : « Nous soupçonnons depuis qu’il [Mohammad Heidari] est de retour en Iran ; selon les informations que nous avons reçues, les services de sécurité suédois (Säkerhetspolisen) ont expulsé la famille lors d’une nuit dramatique il y a plusieurs mois. Lors de notre conversation téléphonique, il a confirmé qu’il se trouvait désormais en Iran.»
Confirmer la véritable identité de Mohammad Heidari est difficile. Bien que le registre de la population suédois l’indique comme Mohammad Heidari, Doku a trouvé quatre variantes de nom dans les registres de l’Office des migrations. Sur Facebook, il apparaît sous le nom de « Heidari Behnam », tandis que d’autres sources le désignent sous les noms de « Behnam Haidari » ou « Behnam Hidari ». Il a également utilisé l’adresse courriel « behnam.himan » pour déposer une demande de financement étudiant.
Par ailleurs, Shayan Tousynezhad : « Après que la Cour d’appel a confirmé la condamnation à perpétuité d’Hamid Noury fin 2023, Shayan Tousynezhad s’est rendu en Iran. Il y a participé à une réunion dans une université de Téhéran avec le fils d’Hamid Noury et à un documentaire.
« Aker associé à la direction suprême du régime. »

À gauche : Annonce sur les réseaux sociaux annonçant une table ronde à l’Université Sharif de Téhéran, à laquelle participaient Shayan Tousynezhad et Majid Noury, ainsi que d’autres personnes liées au VEVAK. Au centre : Shayan Tousynezhad et Majid Noury photographiés ensemble. À droite : Shayan Tousynezhad et Majid Noury participant à une réunion.
Ces aveux remettent non seulement en cause les demandes d’asile initiales, mais apportent également des preuves matérielles de duplicité et de collaboration directe avec des éléments du régime. Le système d’asile repose sur le principe selon lequel le retour dans le pays d’origine est incompatible avec la sécurité personnelle. Leur retour révèle une utilisation abusive et délibérée des systèmes humanitaires démocratiques.
Objectifs stratégiques du régime iranien :
- Déshumanisation Dissidents : En présentant les membres exilés du MEK comme des « terroristes » et des « ennemis de l’Iran », les agents cherchent à les isoler socialement et politiquement.
- Opérations psychologiques : Le régime cherche à instaurer un climat de peur au sein de la diaspora par des menaces ciblées, la désinformation et l’intimidation violente.
- Guerre narrative : L’Iran produit systématiquement du contenu légitimant sa répression, à la fois pour semer la confusion auprès du public international et pour affaiblir la volonté politique de sanctions ou de pressions.
- Collecte de renseignements : Des agents intégrés collectent des informations sur les militants exilés, leurs réseaux et leurs vulnérabilités.
- Opérations d’influence : En infiltrant des organisations religieuses et civiques, le régime sape la confiance au sein des sociétés démocratiques et utilise les lois d’asile comme bouclier contre toute détection.

Gauche : Shayan Tousynezhad (face caméra) portant un emblème du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) lors d’un rassemblement public. Centre : Emblème officiel du CGRI. À droite : Shayan Tousynezhad pose avec une arme à feu dans une publication sur les réseaux sociaux, louant ouvertement le CGRI et utilisant des hashtags soutenant le Guide suprême du régime iranien.
Schémas de complicité avérés :
Des dizaines de cas documentés montrent que des individus ou des groupes consacrant des ressources disproportionnées à attaquer l’OMPI, plutôt qu’à affronter le régime lui-même, ont, par inadvertance ou intentionnellement, favorisé les objectifs de Téhéran. Les faits révèlent souvent que de telles actions sont étroitement liées aux opérations psychologiques du régime et, dans de nombreux cas, ont révélé une collaboration directe avec les services de renseignement iraniens.
L’instrumentalisation des procédures d’asile et l’infiltration des communautés d’exilés par le régime iranien illustrent une menace profonde et délibérée pour les droits humains et la sécurité nationale dans les pays démocratiques. La façon dont certains agents se livrent à des attaques incessantes contre le principal groupe d’opposition au régime, tout en négligeant de s’opposer à ses crimes, n’est pas une coïncidence. Il s’agit d’une tactique. Comprendre et combattre ce phénomène est crucial pour préserver l’intégrité des protections d’asile, défendre les sociétés démocratiques et soutenir les véritables victimes de l’oppression.

