
Dans une escalade acerbe de luttes de pouvoir au sein du régime en Iran, le parquet de Téhéran a annoncé des poursuites pénales contre Mohammad Sadr, haut responsable du Conseil de discernement et ancien vice-ministre des Affaires étrangères, après ses propos controversés qui, selon les autorités, franchissent les « lignes rouges » et portent atteinte à l’image du régime à un moment critique.
Sadr, diplomate chevronné et personnalité influente nommé au Conseil de discernement par le Guide suprême du régime, Ali Khamenei, a été vivement critiqué après une récente interview au cours de laquelle il a tenu une série de déclarations explosives. Il a suggéré que les frappes de précision israéliennes sur les défenses aériennes iraniennes au cours du récent conflit de 12 jours indiquaient la possibilité de fuites de renseignements russes, a émis des doutes quant à la version officielle du crash de l’hélicoptère de l’ancien président Ebrahim Raïssi et a averti que l’Iran risquait de déclencher le rétablissement des sanctions de l’ONU s’il refusait d’engager des négociations avec l’Occident. Il a averti qu’un tel scénario transformerait l’Iran en un « État pestiféré » isolé de la communauté internationale.
Ces propos ont immédiatement provoqué une vive réaction au sein des institutions du régime et des médias contrôlés par l’État. Le parquet de Téhéran a confirmé l’ouverture d’une procédure judiciaire, accusant Sadr de diffuser des « allégations fausses et infondées ». Le journal Kayhan l’a accusé de porter atteinte à la « sécurité nationale » et de saper la position du régime à un moment où, selon ses termes, les ennemis de l’Iran « cherchent à exploiter les discordes internes ». Un autre média pro-Khamenei, Farhikhtegan, a accusé les déclarations de Sadr d’« attiser les divisions au sein du système » et a averti que permettre une telle dissidence risquait de déstabiliser la prise de décision aux plus hauts niveaux.
Les répercussions se sont étendues à l’interview elle-même : Mohammad-Hossein Ranjbaran, conseiller du négociateur nucléaire en chef Abbas Araghchi, qui animait l’émission, a été démis de ses fonctions quelques heures après l’annonce de la justice. Si les médias contrôlés par l’État ont décrit ce départ comme une démission « pour éviter toute nouvelle controverse », des sources internes affirment que cette décision reflète une intolérance croissante envers toute plateforme perçue comme favorisant les récits non autorisés.
Quelques jours auparavant, l’état-major des forces armées du régime avait lancé une mise en garde ferme contre ce qu’il qualifiait de « récits à voix multiples », déclarant que toute remarque créant des divisions ou « affaiblissant l’unité nationale » servait les intérêts des « sionistes et de l’Amérique ». Cette déclaration a souligné les craintes croissantes au sein des dirigeants, selon lesquelles l’expression publique des désaccords internes amplifie le sentiment de faiblesse du régime, tant au niveau national qu’international.
La controverse autour des propos de Sadr intervient dans un contexte de tensions factionnelles croissantes au sein du régime. Le gouvernement de Massoud Pezeshkian a été confronté à des attaques croissantes de la part de centres de pouvoir rivaux cherchant à consolider leur contrôle.
Au cœur de cette réaction négative se trouve la crainte que les déclarations de Sadr ne révèlent les vulnérabilités que le régime a tenté de dissimuler, des revers militaires à l’isolement international croissant. En évoquant ouvertement des sujets sensibles – notamment la faiblesse des défenses iraniennes, la mort de Raïssi et le retour potentiel de sanctions onusiennes radicales – Sadr a directement remis en cause les efforts des dirigeants pour projeter force, cohésion et stabilité.
Les poursuites contre Mohammad Sadr constituent l’un des signes les plus clairs à ce jour que les dirigeants iraniens considèrent la dissidence interne comme une menace existentielle. En ciblant un membre important du Conseil de discernement, le régime souhaite envoyer un message sans équivoque : même les personnalités les plus établies ne sont pas à l’abri lorsque leurs propos sont perçus comme affaiblissant le moral, révélant des vulnérabilités ou remettant en cause la façade de l’unité.

