
Le 15 juillet 2026, une nouvelle vague de frappes aériennes américaines a frappé le sud de l’Iran, touchant la ville portuaire de Bouchehr ainsi qu’une base militaire à Iranshahr. Ces attaques marquent une escalade rapide faisant suite à la reprise officielle des hostilités le 7 juillet, laquelle a mis fin à un fragile cessez-le-feu maritime et déclenché un blocus naval total. Pour les Iraniens ordinaires, qui ont survécu à un conflit brutal de 40 jours il y a à peine deux mois, cette nouvelle escalade ne constitue pas seulement un différend géopolitique ; c’est une attaque directe contre une société déjà épuisée.
Alors que les bombes tombaient, le régime s’affairait à orchestrer les funérailles nationales — tardives — d’Ali Khamenei, assassiné en février. Plutôt que de se soucier d’une population en proie à la panique, les responsables ont profité des cérémonies télévisées pour consolider le pouvoir absolu de son fils, le Guide suprême Mojtaba Khamenei. Dans une mise en scène de deuil orchestré, les fidèles du régime se sont rassemblés le 15 juillet 2026 au Mosalla de Téhéran, scandant : « L’ordre n’appartient qu’à Mojtaba ». Cette démonstration chorégraphiée visait, pour la faction belliciste du régime — étroitement liée à Mojtaba —, à afficher sa force de manière calculée et à adresser un avertissement cinglant à ses rivaux dans la lutte de pouvoir interne en cours.
Ce décalage profond a éclaté au grand jour le 14 juillet 2026, lorsque le parlement du régime s’est réuni à Téhéran sous un régime d’urgence « alerte rouge ». Tandis que les députés réclamaient à cor et à cri la « vengeance », une panique intense se dissimulait derrière cette bravade. Le parlement était resté fermé pendant cinq mois pour des raisons de sécurité, ce qui avait conduit le député ultraconservateur Hamid Rasaee à accuser la direction de précipiter l’organe législatif vers « les abysses de l’humiliation ». Le vice-président du parlement, Ali Haji-Babai, a admis que réunir 259 députés revenait à prendre « un risque énorme » pour leur vie.
Une sociologie du désespoir et de la rage
La paranoïa du régime est alimentée par ses propres données internes, qui indiquent que la population a atteint un point de rupture psychologique. Un rapport confidentiel établi en mai 2026 par Ali Rabiei, conseiller présidentiel aux affaires sociales — et qui a par la suite fuité — révèle que les indicateurs internes de l’État confirment une crise sans précédent. Le rapport de M. Rabiei indique que 64 % des Iraniens sont en proie à la « colère et à la rage », soit une hausse de 12 % par rapport à décembre 2025, tandis que la moitié du pays souffre de désespoir et que 48 % de la population est touchée par la dépression.
Cette fureur collective trouve sa source dans une privation systémique. Selon les conclusions mêmes de l’État ayant fuité, 82 % des Iraniens peinent à se procurer des denrées alimentaires de base et 75 % n’ont pas les moyens de se soigner. Cette misère est aggravée par l’effondrement écologique. Le 13 juillet 2026, le sud de l’Iran a enregistré huit des dix températures les plus élevées au monde, la ville de Bostan atteignant 51,6 degrés Celsius. À Abadan et Bandar Abbas, les habitants subissent une chaleur de 50 degrés, conjuguée à des pénuries d’eau chroniques et à des coupures d’électricité, le tout alors que des bombes explosent à proximité.
La population sait exactement qui blâmer pour cette situation. Les données de la Banque mondiale révèlent que le régime a brûlé à la torche près de 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel l’année dernière — gaspillant ainsi l’équivalent de 65 % de la consommation intérieure — alors que les citoyens étaient privés d’électricité. « Ils font payer au peuple iranien la vengeance du Guide », a déploré un habitant d’Abadan. Un docker de Bandar Abbas a exprimé un sentiment similaire : « Nous voulons du confort et du bien-être, comme tout le monde… Ici, la vie du peuple ne vaut rien. »
L’État répressif face à la défiance universitaire
Pour contenir cette poudrière intérieure, le régime a fait de son appareil judiciaire un instrument de terreur pure. Le 14 juillet 2026, le procureur de Téhéran, Ali Salehi, a annoncé que toutes les affaires liées à la guerre récente et aux manifestations avaient fait l’objet d’une procédure accélérée, aboutissant à des condamnations à mort définitives. Cette violence judiciaire a suscité une défiance immédiate : le 13 juillet 2026, les détenus de la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, ont entamé une grève de la faim pour protester contre l’exécution de prisonniers ayant basculé dans la criminalité uniquement « par pauvreté ».
Cet esprit de résistance continue de prospérer sur les campus universitaires. Des centaines d’étudiants des universités Alzahra, Sharif et Beheshti ont fait l’objet de suspensions arbitraires, d’exclusions et d’appels téléphoniques anonymes visant à les intimider. À l’université de Téhéran, les étudiants sont traduits devant des conseils de discipline pour avoir « semé le chaos », souvent sur la base de dossiers fabriqués de toutes pièces par la milice Bassidj du régime. Pourtant, la jeunesse refuse de céder, et sa défiance au sein des universités continue de fragiliser l’appareil sécuritaire du régime.
En fin de compte, la surenchère militaire du régime ne saurait masquer sa perte totale de légitimité intérieure. Le rapport Rabiei, dont le contenu a fuité, révèle qu’une proportion stupéfiante de 72 % de la population réclame un changement fondamental, voire le renversement pur et simple du régime. Alors que les températures grimpent, que l’étau se resserre et que la guerre s’intensifie, la société iranienne a franchi le seuil de la peur. Le pays ne traverse plus une simple crise ; il est devenu une véritable cocotte-minute où les citoyens ont identifié leurs geôliers et se préparent à la rupture finale et inéluctable.

