
La fumée des bûchers funéraires de Machhad s’est à peine dissipée que le Moyen-Orient se retrouve déjà au bord du gouffre. Après la mort récente du Guide suprême Ali Khamenei, une illusion rassurante mais profondément erronée s’est emparée des décideurs occidentaux : celle selon laquelle la nature fondamentale de la dictature cléricale aurait changé. Voyant le Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) diriger ostensiblement l’État, certains espéraient qu’une transition pragmatique était en cours.
Mais le 12 juillet, lorsque le CGRI a ouvert le feu sur des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et pris pour cible des bases américaines dans cinq pays du Golfe, cette illusion s’est brisée. Les actions du régime ont mis en lumière une réalité brutale : le système n’a pas changé, et la même doctrine de survie désespérée qui guidait Ali Khamenei dicte désormais les actes de son héritier et successeur, Mojtaba.
La promesse d’un bain de sang, et non de pragmatisme
Plutôt que de s’orienter vers la diplomatie, le nouveau Guide suprême a opté pour une surenchère dans les représailles violentes. Dans un message sans équivoque prononcé lors de la mise en scène des funérailles de son père, Mojtaba Khamenei a exposé ses intentions avec une clarté glaçante : « Nous jurons de venger votre sang pur et celui de tous les martyrs de ces deux guerres en frappant les tueurs criminels et déshonorés. » Ne laissant aucune place à une mauvaise interprétation de la part des analystes occidentaux avides de déceler des réformes modérées, Mojtaba a lancé une menace directe à ses adversaires, affirmant que « les assassins du Guide martyr… emporteront dans la tombe leur rêve de mourir paisiblement dans leur lit », et déclarant que cette vengeance constitue l’« exigence » inébranlable de « notre nation ».
Cette rhétorique publique virulente s’inscrit parfaitement dans ses manœuvres politiques internes. Lorsque le vice-président Ghaempanah a ouvertement remis en question le pouvoir absolu du Guide suprême, les tenants de la ligne dure ont laissé éclater leur fureur. Une lettre classifiée, qui a fuité, a également révélé le rejet par Mojtaba d’un projet de protocole d’accord avec les États-Unis. En déclarant sans détour : « J’avais, par principe, une opinion différente », Mojtaba a confirmé que l’identité intransigeante du régime — ainsi que le pouvoir clérical absolu — demeurent totalement non négociables.
Pourquoi la paix est bien plus dangereuse que la guerre
Pour un observateur raisonnable, provoquer un conflit militaire en pleine transition de pouvoir semble suicidaire. La guerre coûte une fortune colossale, alors que l’économie du régime est déjà en ruines. Pourtant, pour les mollahs, le prix de la paix — ou même d’un véritable cessez-le-feu — est bien plus élevé que celui de la guerre.
Privé de l’oxygène que procurent la guerre, un ennemi extérieur et un état d’urgence permanent, le contrôle du régime sur la situation intérieure s’effondrerait. La paix permettrait aux revendications sociales profondes et explosives ainsi qu’aux griefs accumulés de faire surface. De plus :
- Luttes de pouvoir internes : sans une guerre imposant une conformité totale, la vive opposition à Mojtaba Khamenei, présente à tous les échelons de l’appareil décisionnel du régime, éclaterait au grand jour. En effet, sans le paravent de la guerre, Mojtaba — défiguré, blessé et profondément impopulaire — n’aurait probablement jamais pu s’assurer la voie vers le pouvoir.
- La résistance organisée : un climat de paix offre à la résistance iranienne organisée l’opportunité d’intensifier ses opérations, en tirant parti de la colère populaire pour démanteler le régime de l’intérieur. Pour parer à cela, le régime utilise la guerre pour justifier un règne de terreur, procédant à des exécutions de prisonniers politiques et à des arrestations par milliers au nom de la sécurité nationale. Sur le plan intérieur, il érige une barrière physique contre la rébellion en organisant chaque soir des rassemblements obligatoires parrainés par l’État, afin de contrôler la rue et d’empêcher tout soulèvement spontané.
Le mirage des concessions
Cette vulnérabilité paralysante explique pourquoi Téhéran est fondamentalement incapable de tirer parti des concessions massives proposées par les États-Unis dans le protocole d’accord (MoU). Washington était prêt à offrir une bouée de sauvetage financière et diplomatique ; toutefois, le régime manquait à la fois de volonté et de capacité pour jouer le jeu. Car il est trop faible et trop fragile pour accepter une telle offre.
Contrairement à certains experts et analystes, les mollahs sont conscients de leur propre vulnérabilité. Ils savent qu’une ouverture économique, une intégration régionale et une normalisation des relations ne leur apporteraient pas la stabilité. Au contraire, la prospérité ne ferait que renforcer une population qui réclame leur chute depuis des décennies.
La seule voie réaliste
Depuis quarante-sept ans, la communauté internationale tente d’acheter la stabilité par une politique d’apaisement, ne faisant en réalité que financer la crise permanente que nous observons aujourd’hui. Il est impossible d’amener le régime à la paix par des incitations financières, car la paix équivaut pour lui à une condamnation à mort.
La communauté internationale doit abandonner ses formules diplomatiques vouées à l’échec et reconnaître le véritable moteur du changement : le peuple iranien et sa Résistance organisée. Ce n’est qu’en imposant au régime un isolement politique et économique total que le monde pourra soutenir la solution pour laquelle le peuple iranien a déjà payé de sa vie.

