mercredi, décembre 7, 2022
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Shahin Gobadi : Le rôle de l’Iran en Irak

Demander l’Iran en aide revient à demander à un incendiaire d’aider à éteindre son propre feu.

Par SHAHIN GOBADI

The Orange County Register – Demanderiez-vous à un incendiaire d’éteindre son propre feu ? Bien sûr que non. Pourtant certains experts de Washington essaient actuellement d’appliquer cette même logique à l’énigme irakienne. Au cœur de débats houleux à la recherche d’une solution viable en Irak, un consensus grandit chez les supposés « réalistes » en politique étrangère autour de l’idée de négocier avec le régime iranien, sans se rendre compte que ce régime, qui fait face à une crise sévère dans son pays, a un intérêt direct à plonger l’Irak dans le chaos.

Depuis qu’il s’est emparé du pouvoir en 1979, le régime clérical d’Iran regarde avec convoitise son voisin irakien. L’Article 11 de la constitution iranienne stipule : « Tous les Musulmans ne forment qu’une nation, et la République islamique d’Iran a le devoir de baser sa politique générale sur l’unité des nations islamiques et d’entreprendre des efforts pour mettre en œuvre l’unité politique, économique et culturelle du monde islamique ».

Pour un grand nombre de raisons historiques, l’Irak constitue une cible des plus stratégiques. Les ayatollahs iraniens ne font aucun secret de cet appétit : ils veulent établir un régime fantoche en Irak, qui détient la deuxième plus grande réserve de pétrole au monde, ainsi qu’une population
majoritairement chiite.

En dépit de la guerre entre les deux pays qui a duré huit ans dans les années 1980, l’ayatollah Khomeiny n’est pas parvenu à réaliser son rêve, "libérer Jérusalem via Karbala ». Il est mort en 1989 mais ses disciples ont conservé cet objectif. Des groupes d’opposition irakiens ont été entraînés, financés et équipés pendant des années, et ce dans l’attente d’une nouvelle opportunité. Khomeiny avait même recommandé à ses successeurs de poursuivre leurs efforts pour fomenter une révolution islamique en Irak.

L’invasion de l’Irak menée par les USA en 2003 a constitué le moment idéal pour les mollahs de Téhéran. Pour la première fois depuis le cessez-le-feu entre Iraniens et Irakiens, en juillet 1988, le long de leur frontière commune de 1500 kilomètres, la théocratie iranienne a vu une occasion historique d’étendre son influence en Irak.

Plusieurs mois après la chute de Saddam Hussein, les ecclésiastiques ont défini une stratégie à deux volets sous l’autorité du guide suprême, Ali Khamenei, et ce en dépit des assurances offertes à l’Amérique dans des négociations secrètes que l’Iran se tiendrait éloigné de l’Irak.La première partie de la stratégie des mollahs était de créer de manière tout à fait bénigne des fondations caritatives, des cliniques et des centres de santé. La deuxième était d’envoyer des cellules armées pour attaquer les forces de la coalition et se tenir prêts à remplir le vide laissé au pouvoir dans le cas où les USA quittaient l’Irak.

Quatre agences iraniennes (les Gardiens de la Révolution, le ministère du Renseignement et de la Sécurité, la radio et la télévision gouvernementales et enfin le clergé) coordonnent l’ingérence du pays en Irak.La force Qods (Jérusalem) est la branche extraterritoriale du Corps des Gardiens de la Révolution, ayant pour mission d’appliquer les plans des mollahs en Irak. Des milliers de Gardiens de la Révolution ont traversé la frontière irakienne immédiatement après la chute de Saddam. Depuis, Téhéran a dépensé des milliards de dollars en Irak et a envoyé des milliers d’agents espions et de Gardiens de la Révolution. Ces agents iraniens se sont même infiltrés dans des organes de sécurité irakiens et ce, de manière significative. Téhéran finance et organise les groupes terroristes qui prennent pour cibles des intellectuels et des personnalités anti-fondamentalistes à l’intérieur de l’Irak.

Des sources militaires américaines affirment que l’Iran est la source principale d’engins explosifs improvisés tuant un nombre élevé de soldats de la coalition. Trois usines en Iran sont engagées dans la production de masse de bombes de bord de route sophistiquées. De plus, des milliers d’ecclésiastiques chiites venant de séminaires iraniens ont été envoyés dans les villes et villages d’Irak.

Dans son denier rapport sur la situation en Irak remis à la Maison Blanche, le secrétaire d’Etat sortant Donald Rumsfeld, a souligné la menace croissante que représente l’intervention de l’Iran en Irak. Afin de déjouer cette menace iranienne et son ingérence en Irak, il a suggéré ce qui suit : « Positionner de nombreux soldats américains près des frontières iranienne et syrienne afin de réduire l’infiltration et, chose plus importante encore, de réduire l’influence iranienne sur le gouvernement irakien ».

En effet, une des raisons qui ont poussé Khamenei à manigancer l’ « élection » de Mahmoud Ahmadinejad, ancien commandant des Gardiens de la Révolution, en tant que président en 2005, était de renforcer le rôle du régime en Irak avec la coopération totale de la branche de l’exécutif en Iran. L’Iran constitue le principal obstacle à la stabilité en Irak. Un Irak stable et démocratique serait un cauchemar pour le régime clérical qui fait face à une population agitée ayant mené 4100 actes de protestation et de manifestations anti-gouvernement en Iran cette année.

Si l’on envisage une solution à la crise irakienne, devenir plus sévère à l’égard de l’intervention iranienne en Irak et isoler le régime iranien serait la clé. Donner à Téhéran l’opportunité d’intervenir en s’engageant dans des négociations futiles avec ses dirigeants ne fera qu’encourager Téhéran à poursuivre ses objectifs de façon plus vigoureuse.

Le philosophe George Santayana a judicieusement déclaré: “Ceux qui ne retiennent pas les leçons de l’histoire sont destinés à les répéter". Inviter l’Iran à prendre part à des négociations sur l’avenir de l’Irak revient à inviter des renards à garder un poulailler. Inutile d’être un génie pour en comprendre l’absurdité.
 
Shahin Gobadi est membre de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne, coalition de groupes d’opposition iraniens démocratiques.

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