samedi, novembre 26, 2022
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Que les Etats-Unis fassent au moins le travail de protection qu’ils doivent faire à Achraf – Jacques Attali

CNRI – « Il faut bien comprendre que c’est l’intérêt du monde tout entier que l’Iran devienne une démocratie, parce que c’est un pays absolument charnière dans sa position géostratégique. C’est là que se jouera, entre l’Iran et le Pakistan, la question de la paix ou de la guerre en t l’Occident et la Chine. Il faut donc ne jamais oublier cette bataille, tout faire pour que des mouvements qui sont clairement maintenant, après bien des vicissitudes, des mouvements qui participent au développement de la démocratie soient assistés et aidés, pour que cette bataille soit maintenant protégée », a déclaré Jacques Attali à Paris le 13 avril.

L’écrivain et économiste de renom s’exprimait dans une conférence internationale en présence de hauts dignitaires américains et européens, et de Maryam Radjavi, présidente élue de la résistance iranienne. La conférence portait sur le massacre du 8 avril à Achraf commis par les forces irakiennes, à al demande du régime de Téhéran.

Voici le texte de l’intervention de M. Attali :

C’est un grand plaisir d’être avec vous ce soir, d’abord pour vous dire ma sympathie dans cette tragédie, ma sympathie pour l’extraordinaire courage de ceux qui sont là, et ma sympathie pour ce drame oublié. Je dois dire aussi mon admiration pour le peuple iranien. Il se trouve que je le connais un peu. En effet, j’ai eu le privilège d’aller en Iran plusieurs fois avant les changements de régime. J’ai eu l’occasion d’admirer, d’être éblouie par le pays, par cette civilisation, par ces lieux. J’ai parcouru le pays en long et en large — j’étais très jeune.

Et aussi mon admiration pour votre culture, pour tout ce que vous incarnez dans la civilisation humaine, qui ne doit pas être oubliée. L’Iran, c’est bien autre chose, c’est bien autre chose que l’image que le gouvernement iranien donne aujourd’hui. C’est un peuple immense qui a une importance considérable pour l’histoire du monde.

On peut dire aussi que l’on peut avoir un espoir dans la situation du monde, comme vous l’avez dit à l’instant, Monsieur le vice-président européen. Nous avons un espoir parce qu’en effet, nous voyons apparaître aujourd’hui d’immenses changements à travers le monde, qui donnent le sentiment que quelque chose est possible.

En effet, on a vu depuis 20 ans l’évolution vers la démocratie de l’Union soviétique, puis de l’Amérique latine, puis d’une partie de l’Afrique, et maintenant d’une partie du monde arabe. Beaucoup de choses bougent, et on peut être relativement optimiste.

En même temps, il faut savoir raison garder. En effet, Téhéran n’est pas Tunis, Téhéran n’est pas Le Caire, Téhéran et l’ensemble de ce pays obéissent plutôt à des contraintes qui renvoient plutôt à des expériences qu’on a vues ailleurs, dans d’autres pays ; je veux dire par là des pays qui disposent des moyens de financer une police illimitée en raison de leurs ressources naturelles.

Malheureusement, si on a vu des révolutions triompher récemment en Égypte ou en Tunisie, ou encore récemment, après bien des soubresauts, des démocraties s’installer, peut-on l’espérer, en Afrique de l’Ouest.

Cela n’est pas le cas au Venezuela, à Bahreïn, en Algérie, dans des pays qui disposent de ressources naturelles fortes leur permettant de tenir leur régime.
D’où l’importance de ne pas oublier, de savoir que ce qui se passe dans ces pays sera plus difficile parce que ces régimes disposent des moyens de tenir plus longtemps.

D’où l’importance très considérable pour l’Occident et pour le reste du monde de comprendre que cette tragédie ne doit pas être oubliée, évidemment d’abord pour des raisons morales.

Je fais partie d’une communauté dont on a oublié la tragédie pendant longtemps et qui parce qu’on l’a oubliée, a conduit au massacre. Aujourd’hui, il est donc particulièrement important de se rappeler sans cesse ce qui se joue pour faire que cette bataille ait lieu en permanence, pour ce camp, qui se trouve dans un pays dans lequel les États-Unis jouent un rôle important. J’étais moi-même hostile à l’invasion de l’Irak par les États-Unis, mais dans la mesure où ils sont là, qu’ils fassent au moins le travail de protection qu’ils doivent faire. On peut s’interroger pour savoir pourquoi cela n’a pas fait.

Il faut bien comprendre que c’est l’intérêt, comme cela a été dit avant moi, du monde tout entier que l’Iran devienne une démocratie. C’est l’intérêt du monde tout entier parce que c’est un pays absolument charnière dans sa position géostratégique. Parce que dans l’équilibre complexe millénaire entre le monde ottoman, le monde perse, et le monde arabe, qui sont trois mondes différents, l’Iran représente une force, un point de passage vers l’alliance nécessaire entre l’Occident et la Chine, absolument central. C’est là que se jouera, entre l’Iran et le Pakistan, la question de la paix ou de la guerre en t l’Occident et la Chine.

C’est le point fondamental sur lequel nous devons insister. Il faut donc ne jamais oublier cette bataille, tout faire pour que des mouvements qui sont clairement maintenant, qui après bien des vicissitudes, des mouvements qui participent au développement de la démocratie soient assistés et aidés, pour que cette bataille soit maintenant protégée.

Sans doute peut-on espérer faire en sorte d’obtenir pour ce camp, comme pour tant d’autres, qu’on lui évite le sort que l’on a vu dans des batailles récentes, très récentes, des destructions sous l’œil, en présence des forces internationales.

On l’a vu évidemment avec Srebrenica, on l’a vu encore il y a quelques jours en Côte d’Ivoire. La présence internationale ne suffit pas : il faut vraiment une présence forte et une volonté considérable.

Sans doute peut-on imaginer, et je laisse les juristes ici présents y penser, commencer à imaginer dans ce monde nouveau qui est en train de se construire un droit international pour les camps qui se trouvent enclavés dans des pays difficiles, et qui mériteraient un statut, une sorte no man’s land, et une protection qui aille au-delà de la protection qui leur est accordée aujourd’hui par les conventions de Genève, qui ne s’appliquent pas à ce cas particulier.

Mais je pense que l’on devrait définir un statut des camps, qui toucherait non seulement ceux-là, mais qui toucherait ceux qui existent aujourd’hui en Thaïlande et dans un très grand nombre de pays — c’est le cas au Soudan, et je pourrais citer une dizaine de pays dans ce cas — dans lesquels une protection internationale nouvelle devrait être accordée avec les moyens et en particulier, faire en sorte — on peut rêver de cela — que ces camps fassent partie d’une liste dans laquelle on puisse imaginer que le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies puisse être appliqué en cas de remise en cause de la protection et de l’inviolabilité de ces lieux.

Je pense que c’est un combat qui n’est que juridique, mais après tout nous voulons construire un monde du droit. Il faut commencer par là et définir ce statut et ne jamais oublier de se battre pour que la démocratie vienne là où, au fond, on trouve dans l’Iran ancien et dans l’Iran à venir, un des fondements dont nous pouvons être dignes.

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