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Pourquoi le monde est-il si silencieux face au dossier consternant des droits de l’homme de Téhéran ?

Par Lord David Alton

The  Independent,  7 septembre – Alors qu’une grande partie de l’attention du monde se focalise sur le programme nucléaire iranien, les dirigeants du régime poursuivent leur règne de la terreur contre les opposants iraniens.

L’Iran a atteint le douteux statut de second après la Chine pour le nombre de personnes exécutées. Il a prononcé une condamnation à mort sur la personne de Gholamreza Khosravi Savajani, un partisan du principale groupe d’opposition et de résistance, l’organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI ).

Selon Amnesty International, l’exécution de Khoshravi est prévue pour le 10 septembre. Cette sentence s’inscrit non seulement  dans la continuité de la politique de répression sanglante de l’Iran, mais aussi improbable et ironique que cela semble de prime abord, elle est légitimée par les Etats-Unis et leur politique malavisée vis-à-vis de l’OMPI.
Le cas de Gholamreza Khosravi est une histoire très révélatrice de la justice selon le style des mollahs.

Prisonnier politique dans les années 1980, il a été arrêté dans la province de Kerman (dans le sud de l’Iran) en 2008 par le ministère du Renseignement. Il a été condamné à six ans d’emprisonnement, dont trois ans avec sursis. Il aurait passé plus de 40 mois en cellule d’isolement. Il était accusé d’avoir soutenu  Sima-yé Azadi,  une chaine de télévision favorable à l’OMPI qui émet hors d’Iran.

Le ministère du Renseignement ayant fait appel, la peine de trois ans avec sursis a été appliquée, portant la peine totale à six ans d’emprisonnement pleins. Durant cette période, Khosravi aurait été soumis à la torture et à des pressions extrêmes tout en étant maintenu à l’isolement. Le régime était déterminé à obtenir illégalement une confession télévisée, auto-incriminante. Cependant, il a résolument refusé de coopérer avec les autorités de cette manière.

Ainsi que c’est typique du grotesque système judiciaire iranien, Khosravi a été privé d’un procès légal ou d’un semblant de procès équitable. Après deux procès, Khosravi a été condamné à mort suite à une nouvelle accusation, celle d’ «hostilité contre Dieu» (mohareb) pour ses liens présumés avec l’OMPI, et qui a confirmé la Cour suprême le 21 avril 2012.

Selon Amnesty International, Gholamreza Khosravi, âgé de 50 ans, avait déclaré en juillet 2012 que sa condamnation à mort serait mise en œuvre le 10 septembre. C’est environ deux semaines avant que le Président des mollahs, un ultra, Mahmoud Ahmadinejad s’adresse à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Face à la montée de l’isolement régional et international, des troubles sociaux et des sanctions paralysantes, le régime iranien a recours à des mesures extrêmes pour réprimer toute velléité de dissidence dans son propre pays, en particulier contre l’OMPI, la seule opposition organisée viable.

Les autorités iraniennes continuent d’avoir recours à une vaste échelle la peine de mort, avec au moins 360 exécutions signalées dans le pays et Amnesty suggérant qu’il y a eu 274 autres exécutions de plus, dont de nombreux prisonniers exécutés en secret. Depuis le soulèvement de 2009, le régime a arrêté des dizaines de personnes affiliées à l’OMPI, les accusant de « moharebeh » et les condamnant à mort.

C’est épouvantable sur la base de n’importe quelles normes civilisées. Mais dans un étrange paradoxe, le régime iranien a désigné du doigt, à plusieurs reprises, la classification du Département d’Etat américain, de l’OMPI comme une organisation terroriste pour justifier l’exécution de ceux qui sont liés au groupe.

Le Département d’Etat, confronté à une date limite ordonnée par la justice, pour reconsidérer la classification du groupe, a continué à jouer le jeu de la politique avec la révision du cas le l’OMPI, au grand dam de ceux dont les vies en dépendent. Apparemment, l’OMPI a été privée d’un procès équitable tant en Iran qu’aux États-Unis. À ce jour, le Département d’Etat n’a pas présenté de preuve justifiant le maintien de l’inscription de l’OMPI, a ignoré des décisions de justice et a éludé une enquête judiciaire.

Comme l’horloge tourne en direction du 10 septembre, on pourrait se demander pourquoi les Etats-Unis et l’Union européenne ne se sont pas prononcé contre une violation si flagrante des droits de l’homme ; pourquoi ils n’ont pas condamné cette injustice ; pourquoi ils n’ont pas demandé que sa sentence soit annulée immédiatement. Comme le Dr Martin Luther King l’a dit un jour : « la fin de nos vies commencent le jour où nous devenons silencieux sur des choses qui comptent ».

Que ce soit à Téhéran ou à Washington, il semble que l’OMPI ait été victime d’une erreur judiciaire. Serait-ce trop d’espérer que le régime des mollahs modifie ses façons d’agir mais où sont donc passés ici les fils et les filles de Thomas Jefferson – qui pensait que la tyrannie avance quand nous reculons en un silence calculé ?

Ce silence doit prendre fin immédiatement et les courageux dissidents iraniens – cherchant à créer leur propre « pays de liberté » – devraient être protégés, non pas marginalisés, par l’étiquette terroriste injustifiée qui jour après jour est utilisée comme un jouet par les responsables de tant de misère, de souffrance et de peur.

Lord Alton of Liverpool est membre du Comité parlementaire britannique pour la liberté en Iran.

http://www.independent.co.uk/voices/comment/why-is-the-world-so-silent-in-face-of-irans-appalling-human-rights-record-8117379.html