mercredi, février 8, 2023
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Pour une autre politique à l’égard de l’Iran

Par Alain Vivien, Ancien secrétaire aux affaires étrangères, ancien député

Revue Parlementaire – Novembre 2007 – Alain Vivien qui a été également président de la mission interministérielle de la lutte contre les sectes, a crée en 2006, avec ses amis parlementaires et anciens députés, le Comité français pour un Iran démocratique.  Le sénateur Jean-Pierre Michel (PS, Haute Saône), le député Gérard Charasse (MRG, Allier), le député Pascal Terrasse (PS, Ardèche), l’ancien député Marc Reymann (UMP, vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’UEO), et l’ancien député François Colcombet (ancien magistrat à la cour de cassation),  l’ont accompagné dans cette initiative.

L’issue de la crise que connaissent l’Iran et le Moyen-Orient ne se trouve pas, dans l’immédiat, à Téhéran. Une solution durable ne peut aboutir ni par une politique de complaisance à l’égard du régime des mollahs ni par d’éventuelles interventions militaires dont l’engagement américain en Irak montre quotidiennement la dangereuse inopérence.

Ceux qui, par un optimisme hors de saison, comptaient sur de pseudo réformateurs comme Khatami, pour rendre plus présentable le régime iranien, l’histoire récente a montré l’inanité de cette espérance. Bien plus, les élections, largement frauduleuses, organisées sous le contrôle du pouvoir en place ont installé au gouvernement les plus extrémistes des intégristes, lui conférant une apparence de légitimité dont les «réformateurs » sont aujourd’hui dépourvus.

La mise à l’écart d’Ali Laridjani, ancien secrétaire du Conseil de sécurité national (CSN) et négociateur en chef  dans les discussions menées au nom de l’Union européenne par Javier Solana sur le programme nucléaire iranien, a démontré au plus clair une réalité : Depuis la montée au pouvoir d’ Ahmadinejad, le régime iranien, replié sur lui-même,  avance « sans frein, ni marche arrière », comme disait son Président, vers une homogénéisation d’une  politique étrangère au service de l’obtention de la bombe atomique.  N’oublions pas que le nouveau secrétaire du CSN, Saïd Jalili,  était le candidat favori d’Ahmadinejad pour le poste de ministre des affaires étrangères, autrement dit le meilleur représentant de sa politique belliqueuse.

Aujourd’hui, malgré l’évidence de l’incapacité de ce régime pour se réformer ou changer de l’intérieur, les Etats occidentaux hésitent de tourner la page pour adopter une politique ferme et adéquate à l’égard d’une sorte de fascisme religieux qui visent bien au-delà des frontières iraniennes : les tergiversations dans l’adoption d’une nouvelle séries de sanctions au Conseil de sécurité de l’ONU, les hésitations aussi bien des Etats-Unis que de l’Europe vis-à-vis de l’opposition démocratique du régime, s’abstenant  d’ouvrir un dialogue et de lui enlever l’étiquette de terroriste, sont autant de signes qui révèlent  l’efficacité des menaces et des chantages d’un régime qui a su abuser de cette attitude pour se maintenir au pouvoir.

Il est temps de mettre un terme à cette politique de complaisance ‘’passive’’ qui n’a même pas la vertu de garantir la pérennité des contrats passés avec Téhéran. Un jour viendra où l’Iran devenu démocratique s’interrogera sur les actuelles complicités affairistes. Il risque de ne pas avoir beaucoup de sympathie pour les firmes qui s’y seront risquées. Certains observateurs américains préconisent toujours la reprise de conversations avec Téhéran, manière contournée de dire aux mollahs que leur dictature n’a pas à se gêner puisque les relations commerciales, en dehors de quelques embargos plus symboliques que réels, priment aussi bien le droit international que les principes des droits de l’Homme. Ces orientations, soutenues l’année dernière par Baker, participent aux mêmes illusions que celles des Européens. Elles auront probablement le même sort, car, ainsi que l’avouait récemment le journal gouvernemental Kargozaran, « il faut tirer parti des désaccords entre les différents pays et choisir nos amitiés en fonction de nos intérêts ».

Faudrait-il pour autant recommander la manière forte et frapper militairement l’Iran des mollahs? Cette option qui revient à l’ordre du jour quand l’opinion se lasse des interminables et vaines discussions diplomatiques, n’aura d’autre effet que donner une nouvelle chance à la démagogie des mollahs pour porter un masque de nationalisme comme à l’époque de la guerre Iran-Irak  et de mettre en avant des slogans anti-occidentaux lui permettant de couvrir une répression interne encore plus féroce.  Ceci lui permettra également de conforter l’intégrisme islamique qui en constitue de nos jours l’élément fédérateur. Quant au bombardement sélectif des sites susceptibles de permettre la constitution d’un arsenal nucléaire, ils ne pourraient à eux seuls aboutir à un changement de régime. Ils déclencheraient en revanche, en faveur d’un Iran devenu martyr, les protestations les plus vives des nations du Tiers-monde, des pays émergents et des Etats islamiques.

Mais sommes-nous placés devant un choix inacceptable, voir une dictature se doter de l’arme atomique ou engager une nouvelle guerre dans une région déjà passablement explosive?

La communauté internationale n’est en rien obligée de s’enfermer dans ce dilemme.

Elle doit prendre conscience qu’un changement radical en Iran ne peut être engagé sans les Iraniens eux-mêmes: de ceux qui, sans cesse plus nombreux, osent en Iran s’opposer ouvertement à la dictature au risque de leur propre vie; de ceux qui, exilés provisoirement à l’étranger, militent pour un Iran démocratique et organisent avec efficacité la résistance populaire au système intégriste.

Il paraît nécessaire, aujourd’hui plus qu’hier, d’agir vite avant que l’arme atomique devienne un instrument de chantage à l’égard des démocraties et un moyen d’oppression durable pour le peuple iranien.

Sans doute, un consensus international serait l’acte le plus expédient. Il convient d’y travailler. Mais, sans attendre sa conclusion, des mesures peuvent et doivent être prises.

Aider concrètement la résistance iranienne et ne plus laisser se renouveler des actes scandaleux comme l’inscription de l’OMPI sur la liste des organismes terroristes, décision qui, du reste vient d’être condamnée par la Cour européenne de justice malgré les pressions de toutes sortes effectuées par Téhéran et ses soutiens occidentaux.

Faire savoir au régime des mollahs que plaintes peuvent être portées nominativement devant un Tribunal international à l’encontre des politiciens et agents du régime coupables d’atteintes graves aux droits de l’Homme et de non respect des accords internationaux souscrits naguère par l’Iran.

Privilégier parmi les mouvements de résistance ceux qui, comme l’OMPI, défendent les valeurs universelles auxquelles un pays de liberté comme la France est profondément attachée : séparation des Eglises et de l’Etat; abolition de la peine de mort, liberté de pensée, d’expression et de presse; égalité juridique et sociale des hommes et des femmes; liberté d’entreprendre, d’investir et de commercer ; respect, enfin, de la Charte des Nations Unies et du Traité de non prolifération nucléaire.

Dans un passé récent, les gouvernements qui se sont succédés en France ont été, en dépit de leurs déclarations publiques en faveur d’un ordre international respectueux des valeurs universelles, parmi les principaux soutiens de la politique de rapprochement avec l’Iran des mollahs et l’un de ses partenaires économiques privilégiés. Ils n’ont pas, sans doute, été les seuls.

L’incohérence et l’aveuglement des démocraties – qu’on se souvienne des malheurs qu’ils ont entraînés de 1933 à 1940 face à l’Allemagne nazie – doivent être récusés sans délai.

Lucidité et courage sont à l’ordre du jour.

A ceux qui en douteraient encore, rappelons les mots terribles de Churchill dénonçant la passivité des gouvernements démocratiques dans les années 1930: On vous a donné à choisir entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, vous aurez aussi la guerre.

Les paroles de fermeté soulevées par le Président de la République, devraient de traduire par des initiatives politiques ayant un message clair pour les dirigeants de Téhéran. Un effort au sein de l’Union européenne pour le respect de l’Etat de droit en appliquant l’arrêt du TPI de Luxembourg qui signifie le retrait du nom de l’OMPI de la liste des organisations terroristes de l’UE ; la clôture définitive d’un dossier judiciaire vide, monté pour des motifs politiques, par le gouvernement précédent dans le cadre d’un marchandage échoué avec les mollahs doit être prononcée.    

Face aux campagnes de désinformation suscitées ou soutenues par Téhéran, il est temps que les démocrates et les défenseurs des droits de l’Homme, au-delà de leur couleur politique, fassent entendre leur voix.

C’est dans cet esprit que nous avons décidé de créer en France un Comité Français pour un Iran Démocratique (CFID) comme il en existe déjà dans d’autres nations démocratiques (Les Amis d’un Iran Libre au parlement européen, Comité parlementaire britannique de l’Iran libre…) pour soutenir ceux qui, en Iran, luttent pour la liberté et les organisations d’opposition iraniennes qui combattent pour les mêmes valeurs.

Nous appelons au rassemblement de tous les Français pour qui la vérité et la paix internationale passent avant toute autre considération.