
Les divisions croissantes au sein de l’appareil dirigeant iranien ont dégénéré en un conflit ouvert, portant sur les négociations avec les États-Unis, la stratégie nucléaire du régime et la responsabilité des conséquences, de plus en plus lourdes, de la confrontation menée par Téhéran sur la scène régionale et internationale.
Alors que le gouvernement de Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, tentent de gagner du temps pour le régime en laissant entendre qu’ils sont prêts à négocier, des factions rivales les accusent de capitulation. Ces dernières réclament le limogeage d’Araqchi et appellent ouvertement au retrait du Traité sur la non-prolifération nucléaire, ainsi qu’à l’acquisition de l’arme nucléaire.
Cette escalade des attaques révèle un régime pris au piège entre deux options périlleuses : céder face à la pression internationale ou poursuivre une confrontation qui a déjà engendré des coûts militaires, politiques et économiques considérables.
Les partisans de la ligne dure accusent Araqchi de favoriser Washington
La controverse s’est intensifiée après la diffusion d’informations suggérant que Téhéran, par l’intermédiaire d’intermédiaires, aurait fait savoir qu’il était prêt à entamer des négociations.
Le 1er novembre, l’agence Reuters a rapporté que les prix du pétrole avaient chuté de plus de 7 %, après que Masoud Pezeshkian a déclaré que le Guide suprême du régime avait accordé au gouvernement une certaine marge de manœuvre pour engager des pourparlers. Le cours du pétrole brut Brent a reculé de 8,66 dollars pour atteindre 104,77 dollars le baril, les marchés ayant interprété les déclarations de Téhéran comme un signe de réduction des risques d’une escalade accrue.
La réaction au sein du régime a été virulente.
Le média ultraconservateur *Nobonyad* a accusé Araqchi de prêter main-forte à Washington en envoyant des signaux favorables à des négociations ; ces signaux auraient fait chuter les cours du pétrole, offrant ainsi au président américain Donald Trump un avantage économique et politique, peu avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.
Le média a qualifié, avec sarcasme, Araqchi de « ministre des pertes étrangères » du régime, exigeant son éviction et qu’il rende des comptes. Il a également pris à partie le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, lui reprochant de faire obstacle aux tentatives visant à destituer Araqchi.
Deux motions de destitution contre Araqchi ont déjà été déposées au Parlement. Parmi les griefs figurent ses déclarations publiques, leur impact supposé sur les cours mondiaux du pétrole, ainsi que son insistance à prôner des négociations avec Washington comme porte de sortie face aux crises que traverse le régime.
Le ton employé s’apparente de plus en plus à des accusations de trahison, bien au-delà d’un simple désaccord politique.
Les appels en faveur de la bombe nucléaire se font plus pressants
Alors qu’une faction cherche une issue par la négociation, une autre réclame une escalade.
Vahid Ahmadi, membre de la commission de la sécurité du Parlement, a plaidé pour un retrait du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), affirmant que si la survie du régime était menacée, l’acquisition de la bombe nucléaire pourrait devenir une « exigence populaire ».
Reza Nouri, représentant de Khamenei dans la province du Khorasan-Nord, est allé plus loin en appelant à une révision de la doctrine nucléaire du régime ; il a soutenu que les interdictions religieuses en vigueur jusqu’ici pourraient être réexaminées dans le contexte actuel, si le Guide suprême en donnait l’autorisation. D’autres parlementaires ont tenu des propos similaires, affirmant ouvertement que Téhéran devrait se retirer du TNP et se doter d’une force de dissuasion nucléaire.
Iran : Manifestations d’étudiants, de retraités, de chauffeurs, d’agriculteurs, de pharmaciens et de victimes spoliées https://t.co/3ZfwCZHjCN
— CNRI-France (@CNRIFrance) November 2, 2026
La portée de ces déclarations ne fait aucun doute. Alors que les diplomates du régime continuent d’assurer, à l’étranger, que Téhéran ne cherche pas à acquérir l’arme nucléaire, des responsables au sein même du système évoquent de plus en plus ouvertement cette option.
La bataille porte sur la question de savoir qui paiera le prix de la crise
Derrière la rhétorique se joue une lutte plus profonde.
Si des négociations pouvaient offrir au régime un répit économique ou militaire temporaire, tout recul comporterait des risques politiques considérables pour un système qui, pendant des décennies, a martelé à ses partisans qu’un compromis avec les États-Unis équivalait à une capitulation.
Mais, au-delà de ce jeu des responsabilités, se cache une crainte plus fondamentale. La base sociale du régime s’est rétrécie, rendant le moral et la cohésion de ses derniers fidèles plus cruciaux que jamais pour sa survie. Tout recul manifeste, après des années de confrontation, de sacrifices et de propagande, risque de démoraliser cette base même sur laquelle l’État s’appuie comme première ligne de défense face à une société qui, malgré la répression, renoue régulièrement avec la contestation. Pour Téhéran, le danger d’une concession n’est donc pas seulement diplomatique ; il est aussi intérieur : une base partisane affaiblie, confrontée à une population de plus en plus défiante, pourrait laisser le régime vulnérable, tant sur le plan politique que sur celui de sa capacité de coercition.
L’impasse stratégique du régime : aucune issue en vue
Les contradictions deviennent de plus en plus difficiles à dissimuler.
Une faction soutient que des négociations sont nécessaires pour alléger la pression et éviter une nouvelle confrontation destructrice.
Une autre insiste sur le fait que les négociations ne font qu’attirer davantage de pressions, et que seule une escalade nucléaire permettrait de rétablir la dissuasion.
Le régime iranien appelle à l’unité face à la menace de manifestations étudiantes et de tensions dans le détroit d’Ormuz https://t.co/wHTSZR4r74 https://t.co/jp4nNK0CnO
— CNRI-France (@CNRIFrance) November 4, 2026
Pourtant, les deux camps évoluent au sein du même système et défendent la même structure de pouvoir.
C’est pourquoi les luttes intestines actuelles sont particulièrement révélatrices. Les factions ne débattent pas de visions divergentes pour l’Iran ; elles se disputent sur la manière de préserver un régime confronté à une accumulation de revers militaires, de pressions économiques, d’isolement international et d’un mécontentement intérieur croissant.
Plus la situation se dégrade, plus les accusations de capitulation se font entendre. Le régime se retrouve de plus en plus pris au piège : entre un recul qui menace son autorité, et une escalade qui risque d’aggraver la crise ayant précisément conduit à ce recul.
L’intensification des luttes entre factions est l’expression politique de cette impasse.

