AccueilActualitésActualités: EconomieL’effondrement économique de l’Iran devient un problème de sécurité pour le régime

L’effondrement économique de l’Iran devient un problème de sécurité pour le régime

L’effondrement économique de l’Iran devient un problème de sécurité pour le régime
Des manifestants dans une rue, de nuit, en Iran, lors du soulèvement de janvier 2026

Les développements les plus révélateurs survenus en Iran ces dernières 48 heures ne proviennent pas de l’actualité liée à la politique étrangère, mais des rapports du régime lui-même sur la situation économique et sécuritaire : les prix industriels augmentent à un rythme à trois chiffres, les entreprises signalent que des fermetures forcées ont engendré des pertes se chiffrant en dizaines de milliards de dollars, le marché du travail formel perd des emplois, et les autorités procèdent à des arrestations visant des personnes dont les conseils, diffusés en ligne, pourraient accélérer la fuite des capitaux.

Dans leur ensemble, ces éléments témoignent d’une crise qui dépasse la simple dégradation du niveau de vie. Téhéran perçoit de plus en plus la réaction de la population face à la situation économique comme un problème de sécurité.

Les coûts de production bondissent de 147 %
De nouvelles données, issues du Centre statistique du régime, indiquent qu’à l’été 2026, les prix à la production industrielle étaient supérieurs de 147,3 % à ceux enregistrés un an plus tôt — une hausse en accélération par rapport aux 109 % observés au trimestre précédent. L’inflation annuelle à la production a atteint 97,3 %, tandis que les prix ont encore progressé de 28 % en seulement trois mois.

Ces données sont lourdes de conséquences pour l’avenir. L’inflation à la production mesure les pressions sur les prix avant qu’elles ne se répercutent pleinement sur les consommateurs. Les chiffres officiels indiquent que cette inflation dépasse également les 100 % dans les secteurs minier et électrique ; cela montre que la pression sur les coûts se propage à l’ensemble de l’appareil productif, plutôt que de se limiter à la consommation des ménages.

L’inflation des prix alimentaires a, quant à elle, déjà atteint ce stade. Selon les données du Centre statistique, l’inflation en glissement annuel pour le mois d’octobre, concernant l’alimentation, les boissons et le tabac, a atteint 113,4 %. Il s’agit du neuvième mois consécutif où l’inflation alimentaire se maintient à un niveau à trois chiffres. Le prix des graisses et des huiles a, quant à lui, bondi de plus de 250 % par rapport à l’année précédente.

Les entreprises accusent une perte d’activité de 34 milliards de dollars
La Chambre de commerce d’Iran a chiffré le coût d’une nouvelle défaillance structurelle.

D’après sa dernière évaluation, les fermetures obligatoires et les perturbations ont engendré une perte d’activité économique d’environ 34 milliards de dollars pour l’année iranienne s’achevant en mars 2026. Les entreprises ont subi 61 jours complets de fermeture forcée, auxquels s’ajoutent 190 jours marqués par au moins une perturbation majeure — pénuries d’électricité ou de gaz, restrictions d’accès à Internet, pollution, troubles sociaux ou conditions liées à un état de guerre — entravant leur fonctionnement. La Chambre estime qu’environ 22 % du temps de travail potentiel a été perdu.

Ce chiffre ne signifie pas que le PIB a chuté de 22 % ; il mesure la perte de capacité opérationnelle. Mais l’aveu qui sous-tend ce constat est frappant : les entreprises n’ont pu fonctionner normalement qu’une infime partie de l’année, sans être confrontées à des perturbations causées par l’État ou liées aux infrastructures.

Le marché du travail subit les répercussions de ces difficultés.

Malek Hosseini, adjoint au ministère du Travail, a récemment déclaré que 1,15 million de cotisants au régime d’assurance obligatoire avaient quitté le marché du travail formel entre mars et août, alors que seuls 300 000 environ ont rejoint le régime d’assurance-chômage. Il a averti que, si cette contraction se poursuit, entre 1,2 et 1,4 million d’emplois supplémentaires pourraient disparaître d’ici la fin de l’année.

Le ministère a également reconnu que 54 % des emplois relèvent désormais du secteur informel, les crises récentes poussant davantage de travailleurs vers des emplois précaires ou caractérisés par un sous-emploi.

Anxiété économique et répression policière
La réaction du régime se fait de plus en plus coercitive. Les médias d’État ont rapporté cette semaine que quatre membres de ce qui est appelé « l’Académie Asma » avaient été arrêtés. Parmi les accusations mentionnées par cet organe lié au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) figure celle d’avoir incité la population à retirer ses fonds des banques pour acheter de l’or et des devises étrangères. D’autres personnes liées à ce réseau ont été convoquées pour être interrogées.

Ces arrestations s’inscrivent dans une dynamique plus large. La Banque centrale a précédemment transmis aux autorités judiciaires les dossiers de 271 individus impliqués dans des transactions jugées « suspectes », totalisant quelque 300 000 milliards de tomans. Parallèlement, les autorités ont bloqué des comptes bancaires, convoqué des acteurs du marché des changes et fermé des pages sur les réseaux sociaux, accusées de contribuer à l’instabilité du taux de change.

L’État fait donc face à une détérioration économique sur deux fronts : il tente de gérer les pénuries tout en contrôlant la réaction de la population face à celles-ci.

Répression et résistance se poursuivent en parallèle

La même pression est perceptible sur le plan politique. Le 3 novembre, le régime a exécuté Amir-Hossein Ebrahimi et Amir-Hossein Maleki, tous deux âgés de 20 ans et arrêtés lors du soulèvement de janvier. Deux jours plus tard, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a rapporté que des « Unités de résistance » avaient mené 30 opérations à Téhéran et dans 16 autres villes, ciblant des centres du Bassidj, du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et d’autres entités liées au régime, en réponse à ces exécutions.

Ces récentes actions font suite aux 90 opérations menées par les Unités de résistance le 2 novembre, ainsi qu’aux activités contre les exécutions qui se poursuivent dans le cadre de la campagne « Les mardis, non aux exécutions ».

Le régime est donc confronté à une situation qu’il a cherché, à maintes reprises, à éviter : une détérioration économique qui accroît progressivement le mécontentement social, conjuguée à l’existence de réseaux organisés qui cherchent à transformer ce mécontentement en une résistance politique durable.

Ce qui a changé cette semaine, ce n’est pas seulement une nouvelle hausse des prix.

C’est que les données produites par le régime lui-même révèlent désormais que la pression économique affecte simultanément la production, l’emploi et la consommation des ménages — tandis que l’appareil sécuritaire sévit contre ceux qui réagissent en retirant leur argent des banques, en manifestant ou en contestant l’État sur le plan politique.

L’économie ne se contente plus d’affaiblir la base sociale du régime ; elle devient, de plus en plus, un terrain d’affrontement au sein même de la sécurité intérieure du régime.